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Pourquoi les Québécois disparaissent-ils de la crème du hockey?

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Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2026-01-03T05:00:00Z

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Pour la première fois de l’histoire de la LNH, en 108 ans, aucun Québécois ne risque de se retrouver parmi les 100 meilleurs pointeurs de la ligue.

C’est pourtant arrivé 101 fois qu’un Québécois réussisse à se hisser parmi les 25 meilleurs pointeurs. Depuis trois ans, personne n’a atteint le top 50.

Pierre-Luc Dubois a terminé au 87e rang en 2023; Jonathan Marchessault, au 53e en 2024; puis Dubois, encore, au 64e rang l’an dernier. Avant ça, Jonathan Drouin avait été le meilleur Québécois en terminant au 77e rang en 2017. Cette année risque d’être la pire de l’histoire. Personne ne sera dans le top 100. Rappelons qu’il y a seulement un Québécois avec Équipe Canada junior. Aux Jeux olympiques à Milan, il n’y aura pas de Québécois. Et ce n’est pas une injustice.

Historiquement, il y a presque toujours eu un Québécois qui se faufilait parmi les joueurs les plus productifs au monde.

80 fois, il y avait même un Québécois dans le top 10.

Photo AFP
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Ce top 10, il y a seulement Jonathan Huberdeau qui l’a rejoint lors des 10 dernières années.

On peut imaginer qu’avec les Joe Malone, Maurice Richard, Guy Lafleur, Mario Lemieux, Marcel Dionne, Luc Robitaille et Martin St-Louis, c’est un peu normal que le Québec ait toujours réussi à se hisser au sommet.

D’autres prenaient le relais

Mais on réalise que, même lors de certaines périodes creuses ou lorsque les plus grands joueurs étaient blessés, d’autres venaient s’imposer, comme Claude Provost, Éric Dazé, Patrice Bergeron, Simon Gagné ou même Mike Ribeiro.

Photo AFP
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Comprenez-moi bien, ce n’est pas parce qu’un joueur de hockey n’est pas dans le top 50 des meilleurs pointeurs de la LNH qu’il n’est pas un hockeyeur d’élite.

Ce serait malhonnête de dire que les Québécois ne sont plus parmi l’élite mondiale. Ils continuent de réussir à jouer dans les meilleures ligues au monde aux quatre coins de la planète. Mais parmi la crème de la crème de la crème de la crème, c’est là que l’on constate qu’on disparaît, et ça, de façon assez fulgurante.

Mon opinion est aussi valable que la vôtre pour expliquer tout ça. Je crois que la mondialisation du hockey permet à plusieurs pays de s’inviter dans la fabrication de meilleurs joueurs au monde. Aux États-Unis, en Allemagne et en Suisse, notamment, le hockey est en très forte progression, par exemple.

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On l’échappe?

Mais il faut aussi se regarder dans le miroir. Est-ce qu’on l’a échappé au Québec? Est-ce seulement la faute des autres? Pas sûr.

J’ai fait le même exercice avec l’Ontario. En 108 ans, un Ontarien s’est hissé parmi les 50 meilleurs pointeurs de la ligue... 108 fois.

99 fois, un Ontarien a été dans le top 5. La pire année pour l’Ontario, ç’a été en 1999-2000, lorsque Brendan Shanahan a terminé au 11e rang. Autrement dit, les Ontariens nous sacrent une volée à ce chapitre.

Voyant très bien que le problème s’aggrave, Hockey Québec lancera, à partir de l’année 2027-2028, une ligue comprenant les 200 joueurs les plus performants de 14 et 15 ans dans la province. On veut ainsi mieux développer l’excellence et permettre aux meilleurs de jouer contre les meilleurs.

Il faut aussi soulever que de nombreux jeunes Québécois choisissent d’autres sports que le hockey de nos jours et nous font briller sur la scène internationale. Mais il y a quand même près de 90 000 joueurs ou joueuses de hockey au Québec. C’est autant qu’en Russie et c’est beaucoup plus qu’en Suède, en Finlande ou en Tchéquie.

Cela dit, la disparition des Québécois de la crème du hockey demeure très complexe à expliquer. J’ai donc demandé à des intervenants d’un peu partout dans le hockey et dans le monde pour essayer de comprendre. J’ai posé à tout ce beau monde deux questions simples: pourquoi est-ce rendu comme ça, et est-ce inquiétant pour notre hockey?

 
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Douglas Boulanger

Cet entraîneur de Québec s’est exilé en Suisse il y a une quinzaine d’années. En plus d’avoir dirigé plusieurs équipes en Suisse et en Lituanie avec leur programme national, il s’est rapidement imposé parmi les meilleurs entraîneurs d’habiletés en Europe. Il travaille avec plusieurs joueurs professionnels, notamment de la LNH.

Photo tirée de FACEBOOK, DOUGLAS BOULANGER
Photo tirée de FACEBOOK, DOUGLAS BOULANGER

«Est-ce que c’est alarmant? Oui, ça peut commencer à l’être. Moi, je vois deux raisons à tout ça. D’un côté, c’est qu’on a rendu le hockey beaucoup plus accessible, et veut veut pas, ç’a peut-être nivelé le hockey vers le bas. Juste à Québec, il y a 20 ans, il y avait trois [programmes] sport-études. Maintenant, il y en a quatre par quartier. [...] Ça fait que les meilleurs sont moins avec les meilleurs. Même chose pour les clubs de printemps. Avant, il y en avait trois dans toute la province. Là, il y en a un par paroisse. Ç’a certainement un impact. C’est aussi comme ça en Europe, mais moins qu’au Québec. Le deuxième niveau s’améliore, mais les joueurs avec un haut potentiel ont tendance à être ralentis, car ils ne jouent pas avec les meilleurs.»

«L’autre point, c’est qu’en Europe, la grosse différence, c’est que ce sont des entraîneurs professionnels qui gagnent leur vie avec ça. Le bénévolat a ses limites. Même s’il y a plein de bonnes choses qui se font au Québec, ça ne remplacera jamais un professionnel qui fait ça à temps plein. Il y a de l’argent investi dans le développement. En Suisse, il y a des fonds pour le sport et des rétributions du gouvernement qui aident les équipes qui embauchent des entraîneurs qui ont des diplômes. Ça force les programmes de hockey à embaucher des coachs compétents.»

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Jonathan Deschênes

Entraîneur adjoint et assistant du directeur général avec le Phœnix de Sherbrooke, il fait déjà partie, à 33 ans, des plus brillants cerveaux du hockey québécois. Diplômé en intervention sportive à l’Université Laval, il est même sollicité par Hockey Canada et la Victoire de Montréal pour son savoir-faire.

Photo fournie par VINCENT L-ROUSSEAU
Photo fournie par VINCENT L-ROUSSEAU

«C’est sûr que le hockey s’est internationalisé, donc, c’est un peu normal. Un autre facteur aggravant, selon moi, c’est le coût du hockey qui a explosé. Est-ce que ce sont les meilleurs athlètes qui le pratiquent ou ce sont les athlètes qui peuvent se le permettre?»

«Mon troisième point, c’est concernant notre pyramide de développement. [...] L’identification de talent se fait trop jeune, comme dans le novice. Et il arrive quoi? L’écart va se creuser [entre les meilleurs et les moins bons]. Les meilleurs auront un meilleur coach, de meilleures heures de glace, etc. [...] C’est prouvé, la spécialisation appropriée pour le hockey, c’est à l’adolescence.»

«Est-ce que c’est inquiétant? Pas nécessairement. Je pense qu’on a de bons intervenants sur le terrain. On l’aime, notre hockey, et on lui donne beaucoup d’amour. Depuis que Jocelyn Thibault est passé à la direction de Hockey Québec, il a amorcé un changement de culture qui se poursuit encore. Et le point de remettre le plaisir au centre de l’apprentissage du hockey, je crois que ça va beaucoup aider à long terme. [...] Je pense qu’un changement de culture aura beaucoup plus d’impact que [de] nouvelles politiques vides. Est-ce que ce sera réglé dans 5 ans? Je ne sais pas. Mais dans 10 ans, j’ai espoir que oui.»

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«Mais si on veut aider et identifier le hockey comme notre sport national, c’est sûr qu’un coup de main financier pourrait aider. [...] La répartition de l’argent dans nos structures sportives est bien différente qu’en Europe. Des jobs à temps plein dans le hockey mineur, il n’y en a pas tant que ça ici. Qui coache les 6 à 10 ans chez nous? C’est l’âge d’or du développement. Ça prendrait des gens spécialisés, des pros! Ça ferait une énorme différence. Ça permettrait aux enfants de mieux tomber en amour avec le hockey et de mieux les développer.»

Jocelyn Thibault

Après près de 600 matchs dans la LNH, il s’est impliqué à plusieurs niveaux dans le hockey amateur notamment avec le Phoenix de Sherbrooke. Réformateur, il a été nommé directeur général de Hockey Québec en 2021, mais a quitté en 2024 avant la fin de son mandat. Il avait dit avoir « l’impression d’être dans un champ de mines » et qu’il n’y a aucune prévisibilité » et que l’organisation était et «constamment en gestion de crise».

Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

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« Ce sont des bonnes questions. Avant la mondialisation du hockey, la majorité des joueurs avec beaucoup d’habiletés venaient du Québec. Ici on jouait un style de hockey plus axé sur les habiletés qu’ailleurs en Amérique du Nord. Il y avait quelques Européens qui arrivaient sporadiquement en Amérique du Nord dans la LNH, comme Mats Naslund, mais ils étaient peu nombreux. Maintenant, à peu près tous les pays où on joue au hockey font du bon travail de développement. La compétition est mondiale. On n’est plus les seuls. On s’est fait rattraper et on a été très lents à réagir...on l’est encore ».

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André Savard

Si vous avez déjà jasé avec lui, c’est difficile de trouver quelqu’un de plus passionné par le hockey que lui. Celui qui a été un des meilleurs joueurs de l’histoire du hockey junior québécois a connu une carrière de près de 800 matchs dans la LNH. Mais il a aussi été entraîneur des Nordiques, des Sénateurs et des Penguins. L’Abitibien a évidemment été aussi directeur général du Canadien. À 72 ans, il ne passe pas sa vie sur les terrains de golf. On le voit plutôt encore dans les arénas alors qu’il est dépisteur pour les Devils du New Jersey.

Photo Agence QMI, SÉBASTIEN ST-JEAN
Photo Agence QMI, SÉBASTIEN ST-JEAN

«Moi, je trouve qu’on joue la trappe beaucoup, beaucoup, beaucoup trop tôt dans le hockey mineur. On en voit dès l’atome. Je suis tellement contre ça. Je comprends que des coachs veuillent gagner, veuillent avoir une structure et [...] des stratégies, mais je pense que ça nuit au développement des jeunes joueurs. Quand un joueur n’a pas un bon patin, le coach va le garder en retrait et ne pas lui demander de faire de l’échec avant. Je pense que ça devrait être l’inverse. C’est en faisant de l’échec avant que tu améliores ton coup de patin et tes mains aussi, car tu touches plus souvent à la rondelle. Avant le junior, personnellement, je pense que c’est trop vite de jouer la trappe. Ce n’est pas comme ça qu’on développe des joueurs de hockey.»

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Martin Pouliot

Peu de dépisteurs peuvent se targuer de rester plus de 25 ans avec la même équipe. C’est ce qu’a fait le Québécois Martin Pouliot qui roule sa bosse comme dépisteur professionnel pour les Capitals de Washington. Pour repérer et projeter le talent, c’est un des maîtres.

Photo tirée de FACEBOOK, MARTIN POULIOT
Photo tirée de FACEBOOK, MARTIN POULIOT

«Je crois qu’il y a un plus grand choix de sports pour les jeunes maintenant. Dans mon temps, c’était le baseball l’été et le hockey l’hiver. Rien de plus. Parmi les causes, il y a aussi les coûts astronomiques [pour un] joueur [dans le] hockey élite. Ce ne sont pas tous les parents qui peuvent subvenir à un jeune qui évolue dans une catégorie espoir ou AAA, avec le voyagement, les tournois, etc. Finalement, je crois que le système québécois dilue le calibre. Avec la guerre entre le hockey scolaire et civil, on se retrouve que les bons joueurs ne jouent pas contre les bons joueurs. À mon avis, il n’y a pas de place pour les deux. Aux États-Unis, les Américains ont une équipe des 17 ans et moins et une équipe des 18 ans et moins. Ils jouent ensemble contre du gros calibre.»

Stéphane Auger

Directeur général de Hockey Québec

Photo MARTIN CHEVALIER
Photo MARTIN CHEVALIER

Pourquoi nos Québécois disparaissent-ils de la crème de la crème?

«Ça dépend de la position du joueur dans l’équipe, de la qualité du temps de jeu [exemple: s’il joue ou non sur un PP], de la cuvée. Du fait que le hockey est pratiqué de plus en plus à travers le monde [comparativement à autrefois – mondialisation du hockey]. [Cela] étant dit, nous travaillons sur des opportunités pour faire connaître et développer nos hockeyeurs québécois (comme cette nouvelle ligue annoncée pour les meilleurs 14 et 15 ans).»

Est-ce inquiétant pour notre hockey?

«C’est certain qu’on s’en préoccupe. Nous sommes en constante amélioration et recherche de solutions.»

Avec la collaboration de Charles Mathieu.

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