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Pourquoi le Canada régresse aux Jeux olympiques

Photo portrait de Laurent Dubreuil

Laurent Dubreuil

2026-02-24T05:00:00Z

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Si mon bilan personnel est hyperpositif, on peut dire cependant que ce ne furent pas de bons Jeux olympiques pour le Canada. Les prévisions étaient plus près des 30 médailles que des 21 qu’on a obtenues.

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Ce qui n’est pas une surprise pour moi. Sans être un spécialiste du financement, je sais que le montant n’a presque pas augmenté depuis 15 ans, surtout quand on considère l’inflation. Même chose pour notre brevet d’athlète, qui augmente de temps en temps. 

Quand tu coupes dans le sport, que des fédérations n’ont plus d’argent, il ne faut pas s’attendre à autre chose que de reculer par rapport aux pays qui investissent plus. Le Canada a remporté 29 médailles à Pyeongchang et 26 à Pékin. 

Évidemment que l’athlète qui se rend aux Jeux, il tente de gagner sa médaille que tu lui donnes de l’argent ou non. Il reste que les ressources financières qui sont en place pour l’aider peuvent avoir un gros impact dans son développement.

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Ça fait trois fois que je participe aux Olympiques. Chaque fois, quand on revient au pays, il y a une célébration du gouvernement. On se rend à Ottawa, les politiciens sont fiers.

Mais... pour une médaille de bronze, on reçoit 10 000 $. Pour une médaille d’or, c’est 25 000 $. En Italie, l’or rapporte 287 000 $ (180 000 euros) (à voir dans le tableau au bas).

C’est bien beau de dire qu’on est fier, mais les babines doivent suivre les bottines. On reçoit moins de financement qu’il y a 20 ans.

Pendant ce temps, le prix des billets d’avion pour aller à une Coupe du monde a doublé. Je ne suis donc pas surpris des résultats obtenus à Milan.

Ça va prendre un miracle

En patinage de vitesse longue piste, on a surperformé. On a dépassé les attentes et l’on est un des rares sports où ce fut le cas, au Canada.

Je ne crois pas que grand monde nous prédisait cinq médailles. Mais elles ont toutes été gagnées par des trentenaires. Valérie Maltais en a trois, dont deux individuelles, à 35 ans. Ivanie Blondin en a une individuelle, à 35 ans aussi. J’en ai une à 33 ans.

AFP
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Isabelle Wiedemann, qui a gagné l’or à la poursuite avec Maltais et Blondin, a aussi plus de 30 ans.

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Il n’y a pas de jeunes de 20 ans là-dedans. Ça me semble assez évident qu’en longue piste, ça n’ira pas bien dans quatre ans. Ça va prendre un miracle.

Donc, on a bien beau dire que ce ne furent pas les Olympiques que l’on souhaitait comme Canadiens, mais ce n’est pas réaliste de vouloir continuer à gagner des médailles sans changements.

Quand on n’investit pas dans le sport, dans le développement des jeunes, dans leur santé...

Ce n’est pas une question de bassin de population. C’est vrai qu’on est moins nombreux qu’aux États-Unis, mais le grand Toronto est plus populeux que la Norvège, qui a récolté 41 médailles, dont 18 d’or.

AFP
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On a aussi des hivers extrêmement longs. Plus longs qu’en Norvège : en fait, ils ont de la neige dans le nord, mais à Oslo, presque pas.

La vérité, c’est qu’il y a des sports dans lesquels le Canada était bon, traditionnellement, et dans lesquels ce n’est plus le cas. Comme le bobsleigh, par exemple. Il n’y a pas eu d’investissements. Les athlètes peinent à s’entraîner à la maison.

Si tu coupes le financement d’un sport, tu vas couper dans les résultats. Ce ne sera peut-être pas à court terme, mais ça va finir par arriver.

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Célébrer, mais se questionner

Oui, on aurait pu gagner plus de médailles. Mais ç’aurait juste masqué le problème, qui est assez évident.

En même temps, se désoler de n’avoir gagné que 21 médailles, ce n’est pas juste envers les 21 histoires que l’on doit célébrer. Et même celles des athlètes qui n’en ont pas gagné, mais qui ont dépassé les attentes, qui ont inscrit des marques personnelles.

On doit célébrer Courtney Sarault et ses quatre médailles, Valérie Maltais et ses trois podiums, Mikaël Kingsbury, qui est l’athlète le plus médaillé de sa discipline aux Jeux, lui qui avait déjà écrit toutes les autres pages du livre des records.

MEGA/WENN
MEGA/WENN

Mais on a les plus longs hivers au monde, les plus belles montagnes pour skier. On est un pays où, traditionnellement, les sports d’hiver étaient plus populaires que les sports d’été.

Il faut maintenant se demander, comme société, si on veut investir dans le sport ou si on se satisfait de continuer à perdre des médailles à chaque Jeux, parce que c’est ce qui risque de continuer à se produire.

–Propos recueillis par Jessica Lapinski

Comment fonctionne À nous le podium ?

Jessica Lapinski

Le programme À nous le podium est né en 2006, à quatre ans des Jeux olympiques de Vancouver. Le but était de maximiser le nombre de médailles remportées aux prochains Jeux, disputés en sol canadien.

Son financement provient de principalement Sport Canada, un ministère fédéral, et du Comité olympique canadien, dans une moindre mesure.

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Il est variable et dépend de plusieurs facteurs : la probabilité de médailles aux prochains Jeux, le nombre d’athlètes, les résultats aux Championnats du monde, par exemple.

Les sommes servent à l’embauche d’entraîneurs spécialisés, à développer la science du sport ainsi qu’à financer les compétitions des athlètes.

Le montant est versé aux organismes nationaux de sport, qui chapeautent chacune des disciplines.

Financement accordé par sport par À nous le podium en 2025-2026

Ski acrobatique – 4,54 M$ | 5 médailles à Milan

Surf des neiges – 2,77 M$ | 1 médaille

Patinage de vitesse sur longue piste – 2,19 M$ | 5 médailles

Ski cross – 2,06 M$ | 0 médaille

Patinage de vitesse sur courte piste – 2,03 M$ | 5 médailles

Ski alpin – 1,85 M$ | 0 médaille

Curling – 1,85 M$ | 2 médailles

Hockey sur glace (féminin) – 1,68 M$ | 1 médaille

Patinage artistique – 1,4 M$ | 1 médaille

Hockey sur glace (masculin) – 650 000 $ | 1 médaille

Luge – 500 000 $ | 0 médaille

Bobsleigh – 450 000 $ | 0 médaille

Saut à ski – 450 000 $ | 0 médaille

Ski de fond – 380 000 $ | 0 médaille

Skeleton – 350 000 $ | 0 médaille

Biathlon - 200 000 $ | 0 médaille

Combiné nordique – 0 $ | 0 médaille

Source : Site officiel de À nous le podium

Financement accordé par sport par À nous le podium dans le dernier cycle olympique (2022-2026)

Ski acrobatique – 18,1 M$ (+3,3 %*) 

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Patinage de vitesse sur longue piste – 11 M$ (+13 %)

Surf des neiges – 10,8 M$ (+28 %)

Ski cross – 7,9 M$ (+13 %)

Patinage de vitesse sur courte piste – 7,4 M$ (+17 %)

Curling – 7,1 M$ (-3,8 %)

Ski alpin – 7 M$ (+27 %)

Hockey sur glace (féminin) – 6,6 M$ (+8 %)

Patinage artistique – 5,4 M$ (-17,8 %)

Bobsleigh – 2,9 M$ (-55 %)

Luge – 2,5 M$ (-36 %)

Ski de fond – 1,7 M$ (+3,5 %) 

Hockey sur glace (masculin) – 1,4 M$ (-22 %)

Saut à ski – 1,4 M$ (+140 %)

Skeleton – 1,4 M$ (-21 %) 

Biathlon – 1,3 M$ (+1,2 %)

Combiné nordique – 0 M$ (0 %)

*Variation par rapport au cycle olympique de Pékin (2018-2022)
Source : Site officiel de À nous le podium

Combien une médaille d’or vaut-elle ici et ailleurs ?

Jessica Lapinski

Une médaille d’or rapporte moins au Canada que dans beaucoup de pays. Il est à noter que le modèle de la Norvège, qui a récolté 18 médailles d’or en Italie, en première place, est particulier. Selon Forbes, les médaillés d’or toucheront désormais 17 000 $ annuellement.

Kazakhstan : 342 245 $
Pologne : 289 244 $
Italie : 287 236 $
Corée du Sud : 284 000 $
Tchéquie : 161 276 $
Espagne : 153 084 $
France : 130 037 $
Finlande : 81 303 $
États-Unis : 51 337 $
Allemagne : 48 840 $
Pays-Bas : 48 840 $
Japon : 45 176 $
Autriche : 32 513 $
Canada : 25 151 $
Danemark : 21 808 $
Norvège : 17 000 $
Sources : Forbes et USA Today

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