Pourquoi l’alcool peut autant nous rassembler que nous déchirer


Dr François Richer
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L’alcool est notre drogue festive préférée, un baume apaisant et un liant social. Cependant, il rend aussi plus émotif et affaiblit les inhibitions.
Il peut amplifier notre joie et notre compassion ou plutôt faire resurgir nos fragilités, ce qui produit des moments embarrassants, des conflits inutiles ou des séquelles plus graves.
Depuis des millénaires, l’alcool fait partie de nos rituels d’échange, de célébration et de gestion du stress. Cependant, tout le monde a été témoin de dérapages liés à l’alcool:
- Des amis qui s’amusent et s’entendent parfaitement au premier verre et qui s’engueulent au cinquième verre parce qu’ils se sentent peu compris ou insultés;
- Des collègues de travail qui se rapprochent un peu trop lors de fêtes bien arrosées;
- Des jeunes qui ont des comportements téméraires et qui mettent leur vie en danger.
Un liant social
L’alcool est un liant social. Les premières gorgées apaisent notre stress général et notre anxiété sociale.
En plus, selon nos traits et nos habitudes, l’alcool peut rendre plus sensible émotionnellement.
L’hypersensibilité liée à l’alcool peut stimuler notre imagination et nous rappeler nos désirs. Quand le contexte social est favorable (échanges, retrouvailles, célébrations...), il génère une légère euphorie qui se propage par contagion. Il délie les langues. Il peut aussi amplifier notre empathie et notre compassion, nous rappelant que nous n’avons pas que des urgences et des priorités personnelles, mais aussi des liens sociaux qui sont une source de soutien, de chaleur et de plaisir.
Pas que des bienfaits
Cependant, quand le contexte est plus sombre (deuil, souffrance, frustration), l’alcool peut aussi amplifier notre tristesse, notre détresse ou notre colère. En plus, il peut diminuer notre capacité de reconnaître et interpréter les signaux émotionnels, les nôtres et ceux des autres (ex., les expressions faciales, les tons de voix).
Un perturbateur de jugement
En plus de rendre hypersensible, l’alcool réduit le contrôle émotionnel. Nous perdons en partie la capacité d’évaluer les situations sur le plan affectif. Nous évaluons moins bien si un commentaire ou un événement est plus ou moins grave, approprié, dangereux, drôle ou insultant, ce qui nous fait perdre une part de nos inhibitions et de notre jugement.
Notre confiance en nos intuitions augmente, même si nos intuitions sont moins brillantes. En plus, les normes sociales perdent une part de leur influence sur nous, car l’euphorie et la confiance leur font une forte compétition. Des impulsions telles que sauter du balcon ou dire une monstruosité en public peuvent nous apparaître appropriées ou même géniales.
Quand l’alcool gratte nos bobos
Notre jugement est très sensible à notre état émotionnel. Il est plus faible quand nous sommes euphoriques, stressés ou fatigués. Il est aussi plus faible quand notre sensibilité fait resurgir nos fragilités, nos manques d’affection ou d’estime. Dans ces moments, nos filtres et nos modérateurs de perception sont trop faibles pour tempérer nos réactions et le moindre mot mal interprété peut déclencher une crise de détresse, de paranoïa ou de colère qui est hors de proportion avec l’événement déclencheur.
Des dommages au cerveau
Selon la dose et les fragilités de la personne, l’alcool peut aussi générer des crises de panique, des états de confusion graves, des amnésies, des comas ou des accidents qui produisent souvent des séquelles à long terme.
L’alcool n’est pas seulement une gâterie ou un divertissement banal. C’est une expérience de modification de notre état mental qui a des aspects imprévisibles et qui nécessite une attention proportionnelle à ses effets.