Pourquoi François Papineau a le goût du risque
Michèle Lemieux
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Lorsqu’il était étudiant en sciences pures, François Papineau a choisi d’écouter son cœur et d’emprunter une voie que d’aucuns trouvent difficile. Son talent et son besoin de se renouveler lui ont permis de toucher à plusieurs disciplines et de mener une carrière toujours en mouvement.
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François, parmi les nouveautés professionnelles, vous serez de la série Annie et Joey ?
Oui, c’est un beau projet. Je joue le père de Joey, avec qui mon personnage est en conflit. J’avais de belles scènes à tourner et de beaux défis à relever, entre autres, faire une chanson de karaoké dans un petit bar. Cette scène m’a donné un petit stress supplémentaire, mais j’ai adoré l’expérience. Joey fréquente Annie, un personnage neuroatypique qui amène une belle fraîcheur. Mon personnage porte sur elle un regard extrêmement défavorable, mais il se rend compte que parfois, les enjeux viennent avec de grandes capacités. Nous sommes tous là pour une raison. Nous devons tous trouver notre place. Moi, j’ai choisi un travail qui me permet de me renouveler et de faire des choses différentes, sans tenir pour acquis le François que j’étais hier. Il y a quelque chose d’évolutif dans mon parcours. On m’offre souvent de participer à des projets qui me demandent de plonger dans des mondes et des psychologies différentes. J’adore ça. Peut-être que ma participation au monde, c’est de personnifier des trucs qui donnent un éclairage différent sur les humains.
Explorer l’âme humaine, c’est une belle façon de mieux en apprendre sur soi ?
Complètement. J’ai été chanceux d’incarner des personnages qui m’ont éclairé sur des enjeux survenant à des moments précis de ma vie, c’est comme s’ils m’apportaient des réponses à ce que j’avais à vivre ou à comprendre, une sorte d’avant-goût de ce qui m’attendait, notamment avec les enfants.
Avez-vous assez de recul pour dire que vous avez une carrière très satisfaisante ?
Oui, je suis extrêmement satisfait. J’ai été un mauvais archiviste de ce que j’ai fait. J’aurais dû les collectionner. J’aurais vraiment une grosse collection de programmes, de photos, de trucs. Mais c’est correct. Je n’ai pas tant besoin de ça. Ma vie, c’est maintenant.
Revenons aux origines de votre métier. Qu’est-ce qui vous avait donné envie de devenir acteur ?
Certains professeurs m’ont marqué, notamment un professeur de français en troisième secondaire et un autre en cinquième secondaire. La littérature m’a ouvert sur tout un monde. Je ne viens pas du tout du milieu artistique, sinon que tout le monde chez nous s’adonnait à la danse sociale. En cinquième secondaire, j’ai fait de l’impro et un show de théâtre. Le directeur de l’école était venu me féliciter après un spectacle et m’avait dit : « Vos yeux. Vos yeux. » Puis, j’ai aidé une amie à préparer ses auditions en lui donnant la réplique. On attendait dans le corridor quand le directeur de l’école s’est arrêté devant moi et m’a dit : « Si tu veux, j’ai une place pour toi l’année prochaine. » Ce n’était pas mon plan de carrière. Je voulais terminer mes études en sciences pures. Par la suite, j’ai fait une seule audition, et c’était à l’École nationale de théâtre. Je n’avais pas de plan B.
Quand notre enfant étudie en sciences pures puis s’inscrit à l’École nationale de théâtre, est-ce que ça crée une commotion ?
Mon choix de carrière n’a pas bien passé chez moi. Le théâtre, ce n’était pas populaire. Quand ton enfant choisit ce domaine, tu n’as pas idée du chemin qu’il empruntera pour réussir. Moi, je ne faisais pas ça pour être populaire, mais plutôt par plaisir. Après l’école, je me suis rapidement lié d’amitié avec d’autres jeunes comédiens, qui sont encore mes amis aujourd’hui. Nous avons formé des troupes de théâtre expérimental. J’ai été chanceux, parce qu’on m’a souvent demandé de faire des trucs que je ne savais pas faire. C’est presque devenu un critère pour embarquer dans un projet. J’avais envie d’adrénaline et le goût du risque. Si je courais le risque de me casser la gueule, je prenais ça comme un incitatif. Ça me motivait.
Avec vos parents, ça s’est apaisé avec le temps ?
J’aurais aimé que mon père soit plus apaisé, mais je faisais encore du théâtre expérimental quand il est parti. Malheureusement, il n’était pas rassuré sur ma carrière. Je comprends très bien l’inquiétude des parents, mais, pour ma part, c’est autrement avec mes enfants. Je les encourage à faire ce qui leur tente et je serai toujours là pour les soutenir. Mon parcours n’était pas évident. Mais, même sans expérience, j’avais l’impression d’avancer vers où il fallait que j’aille. Ma première année à l’École nationale a été super anxiogène. Après tout, ce n’était pas mon plan de départ.
Veniez-vous de l’extérieur de Montréal ?
Je vivais à Laval. C’était à 14 kilomètres.
À l’époque, je trouvais que c’était loin... (rires) Le plus étonnant, c’est que c’est mon père qui avait bâti la nouvelle annexe de l’École nationale. Il travaillait dans la construction : il était contremaître sur ce chantier. J’ai donc joué dans la partie moderne que mon père avait bâtie. Je ne sais pas ce que ça lui faisait d’y penser, mais c’est un peu comme s’il me l’avait offerte.
Votre mère, quant à elle, était-elle derrière vous ?
Oui, absolument. Elle m’a beaucoup suivi et a toujours été fière de mon parcours. Encore aujourd’hui, à 99 ans, elle est curieuse du prochain projet dans lequel elle pourra me voir.
Auriez-vous pu avoir un autre parcours ?
Je suis certain que si j’avais fait autre chose dans la vie, j’aurais eu autant de plaisir. J’aime le travail, quel qu’il soit. J’aime le monde. J’aime faire équipe. J’ai toujours vu la vie comme une expédition. Il faut penser, réfléchir, préparer son bagage. On ne sait pas comment ça va se passer, mais il faut partir, embarquer dans l’aventure.
Et votre blonde doit avoir trois mille talents ?
Ma blonde est tellement incroyable ! Tout ce qu’elle touche se transforme en or. Elle coud et dessine super bien, et fait une merveilleuse pizza ! C’est une personne extrêmement empathique, qui est très ouverte, curieuse et engagée. Ça fait 15 ans que nous sommes ensemble. Ça fait 15 ans, et nous sommes encore en train de chercher des défis. En fait, ils viennent à nous.
Ce qui tient les couples, ce sont les projets...
Et être complémentaires, tout en acceptant d’être différents. Nous avons tous deux eu envie de vivre à la campagne. C’est une aventure qui date d’il y a quelques années à peine. Ça a commencé pendant la pandémie. Même si nous avons fait des allers-retours après pour nous rapprocher — pensant que c’était la solution —, nous nous sommes finalement installés là-bas.
C’est un privilège pour les enfants de grandir à la campagne ?
Oui, ils tripent. Mais c’est sûr que lorsque nous venons à Montréal, ils adorent. C’est fascinant, la ville ! Ça se peut que nous soyons confrontés à quelque chose plus tard. Nous verrons rendus là. Les enfants ont 10 et 8 ans. Présentement, tout est correct : ce que nous leur proposons leur plaît.
Vous avez beaucoup participé à la construction de votre maison, si je ne m’abuse ?
Oui, beaucoup. On l’a dessinée, mais c’est une maison préfabriquée qu’on a fait faire par Profab. C’est moi qui fais toutes les finitions.
Alors finalement, vous avez beaucoup hérité de votre père.
Complètement ! Parfois, je fais des trucs et je me reconnais à travers lui. Ça me donne un choc, car c’est lui que je vois. Parfois, je me rends compte que je ne percevais pas sa sensibilité. Je ne me sens pas tout à fait comme lui, mais il y a des attributs de sa personnalité qui me ressemblent beaucoup.
Le fait d’être devenu papa sur le tard vous rend-il plus conscient du temps qui passe ?
Je ne sais pas, je n’ai pas d’autre référence. Parfois, c’est beaucoup d’action. Je pense que je suis plus fiable que je l’étais il y a 20 ou 30 ans. Aujourd’hui, je suis plus présent. Je suis aussi plus relax et moins anxieux. De toute façon, mes enfants ne connaîtront pas d’autres sortes de papas que moi. Ils me disent souvent qu’ils sont contents... (sourire)
C’est satisfaisant de sentir que vous faites la bonne chose ?
Oui, même si nous nous questionnons beaucoup. Si quelque chose est mieux en matière d’éducation, nous essayons de l’appliquer. Nous travaillons sur l’évolution de nos enfants, et même de notre couple. Nous devons rester à l’écoute des améliorations possibles, tout en acceptant de ne pas toujours être d’accord.
Outre la vie familiale et professionnelle, qu’est-ce qui vous occupe ?
L’agenda est bien rempli. Quand je vais tourner sur Les Armes, ce sont des moments privilégiés. Les Forces armées, c’est un monde que je ne connaissais pas du tout et que j’ai appris à apprécier. C’est un engagement, un don, un choix d’être en équipe pour aider la patrie. Mon personnage n’est pas nécessairement représentatif de ce monde. Il est très intense, mais notre spécialiste, qui veille à ce que tout soit crédible, m’a dit qu’il avait connu un gars qui avait tout à fait le même type de profil.
Avez-vous d’autres projets au programme ?
Oui, ma famille et moi avons participé à une série documentaire que nous avons initiée et qui nous suit de notre départ de la banlieue jusqu’à notre arrivée en forêt. Cela a nécessité tout un apprentissage. C’est vraiment un projet de cœur. C’est un lieu que nous connaissons depuis un bout de temps, mais nous nous sommes entourés de spécialistes qui nous permettent une plongée dans une connaissance plus approfondie de la forêt. Parmi eux, il y a la botaniste Joanie Bélanger, de l’Atelier de cueillette, qui nous montre ce qui est comestible dans la forêt, et l’agroforestier Philippe-Franck Imbeault, qui enseigne l’agriculture biologique et avec qui on fait une espèce d’inventaire forestier pour mieux connaître les arbres.