Pourquoi certaines conversations vous épuisent

Dre Christine Grou, psychologue
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Pourquoi certaines conversations sont-elles aussi exigeantes, voire épuisantes ? Au terme d’un échange, certaines personnes peuvent rencontrer de la difficulté à identifier la source de cette fatigue... et peut-être plus encore à admettre un tel épuisement.
Vous l’avez peut-être déjà vécu : après une discussion avec un proche ou un collègue, on se sent « vidé », comme si on venait de finir un marathon, sans vraiment comprendre pourquoi. Ce constat est d’autant plus surprenant lorsque ce sentiment d’épuisement survient au terme d’une conversation avec des personnes que l’on apprécie particulièrement ou qui, habituellement, nous réconfortent ou nous divertissent. Autant de raisons pouvant amplifier le sentiment d’inconfort ou d’incompréhension face à cette fatigue.
Quand notre état intérieur entre en jeu
Si les causes de cet épuisement lié aux discussions sont multiples et variées, il est d’abord important de reconnaître que notre propre état intérieur, par exemple le stress, la fatigue ou le manque de sommeil, peut rendre une conversation plus énergivore qu’elle ne le serait autrement. Lorsque nous ne sommes pas nous-mêmes dans les meilleures dispositions, mais aussi lorsque nous traversons une épreuve dans notre vie, certains échanges peuvent s’avérer encore plus drainants que d’habitude.
Surcharge cognitive, surcharge émotionnelle... et manque de réciprocité
Cela dit, on peut penser à trois grandes catégories de facteurs pouvant provoquer un épuisement certain. La première est la surcharge cognitive : certaines conversations requièrent une attention soutenue en raison de la quantité d’informations à traiter. Qu’il s’agisse de gérer un nouveau projet ou de s’adapter à un nouvel emploi, notre cerveau est alors constamment sollicité, parfois submergé par des données, des instructions ou des expressions nouvelles que l’on reçoit lors de tous ces échanges. Dans ces situations, on pourrait dire que le cerveau « surchauffe ».
La deuxième catégorie correspond à la surcharge émotionnelle. Les conversations plus émotives chargées de sentiments — frustrations, conflits interpersonnels ou disputes — sollicitent plus intensément nos capacités d’écoute et d’empathie. Même en faisant preuve d’une grande sensibilité émotionnelle, nos ressources psychologiques ont des limites. Lorsque de telles discussions ont lieu, plus l’interlocuteur nous est cher et proche, plus une intense fatigue de nature émotionnelle est susceptible de surgir.
La troisième catégorie est l’absence de réciprocité : vous arrive-t-il d’avoir l’impression de fournir beaucoup plus d’efforts que la personne avec qui vous échangez pour soutenir la conversation ? Lorsqu’un interlocuteur ne montre aucune disposition à répondre de manière réciproque ou réfléchie, on perçoit une absence de soutien dans l’échange. Entre deux réponses creuses ou se résumant à « oui » ou « non », ou encore lorsqu’on ne nous relance jamais la balle, on finit par avoir l’impression de parler seul, comme si nous devions travailler pour deux personnes au lieu d’une. Cette asymétrie dans la communication peut grandement mobiliser nos ressources cognitives et émotionnelles, et ainsi engendrer de la fatigue.
Quand le sujet lui-même est épuisant
À ces trois catégories, j’aimerais en ajouter une quatrième, légèrement différente des autres : celle où le thème ou l’enjeu de la conversation devient le facteur principal contribuant à la fatigue, et ce, surtout avec les personnes que l’on apprécie le plus et avec qui on se sent le mieux ou quand les enjeux sont d’importance. Il peut s’agir d’une conversation entourant un achat coûteux, un dilemme complexe à trancher ou encore un projet commun à réaliser, par exemple. Dans ce cas, ce sont les enjeux et la charge cognitive de la discussion qui génèrent fatigue, stress et anxiété, et non la personne avec qui l’on dialogue.
Mieux comprendre l’origine de cette fatigue
En somme, plusieurs facteurs peuvent expliquer le sentiment d’épuisement que l’on ressent au terme d’une conversation, et ce, sans que notre interlocuteur en soit la cause. Savoir mieux identifier l’origine de cette fatigue peut nous aider à mieux comprendre et accepter notre état, à mieux choisir quand et avec qui parler, quand écouter, mais aussi, quand il devient nécessaire de prendre du recul pour nous préserver.