Pourquoi autant de parité dans la LNH cette saison? On a posé la question à deux agents de joueurs

Kevin Dubé
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En date de dimanche, 14 des 15 formations dans l’Est présentaient des dossiers au-dessus de la barre des 500. Qu’est-ce qui explique que l’écart soit si mince cette saison? Est-ce simplement une coïncidence ou une tendance qui est vouée à continuer?
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Parce que c’est du jamais-vu, littéralement. Normalement, à ce stade-ci de la saison, le portrait des séries commence déjà à se dessiner et l’écart entre les puissances et les équipes de bas de classement, à se creuser.
Pourtant, c’est tout le contraire cette saison, surtout dans l’Est.
À titre comparatif, à pareille date, l’an dernier, il y avait 20 points d’écart entre la première position dans l’Est, détenue par les Capitals de Washington, et la 14e position, occupée par les Rangers de New York.
Cette année, l’écart est de 14.
Dans l’Ouest, c’est un peu différent. Il y a 29 points d’écart entre l’Avalanche du Colorado, qui sont les premiers de l’Association, et les Blackhawks de Chicago, 14e. L’Avalanche vient toutefois brouiller les cartes avec sa saison exceptionnelle. Parce qu’au fond, c’est serré dans l’Ouest aussi. Les Jets de Winnipeg, avant-derniers de l’Association, sont à sept points d’une place en séries.
Alors, pourquoi est-ce si serré?
On a tenté d’y voir clair en faisant appel à deux agents de joueurs de la LNH.
L’effet d’un plafond stable

Pour l’agent Olivier Fortier, vice-président chez Wasserman, la raison principale est le fait que le plafond salarial n’a que très peu augmenté dans les dernières années dans la LNH. Rappelons qu’il n’a augmenté que de deux millions en cinq ans, de 2019 à 2024, passant de 81,5 M$ à 83,5 M$. La hausse a été un peu plus marquée au cours des deux dernières saisons, alors que le plafond salarial était de 88 M$ la saison dernière, puis de 95,5 M$ cette saison.
Mais l’effet de cette hausse ne se fait pas encore sentir, croit Fortier.
«Le plafond salarial stable a fait en sorte de rendre ça beaucoup plus difficile de se bâtir une superpuissance. Les alignements sont beaucoup plus homogènes et les équipes ont dû se tourner vers les joueurs de profondeur pour se différencier. On le voit dans nos négociations de contrat, ces joueurs ont la cote.»
Ce faisant, les jeunes vedettes encore sur leur contrat d’entrée sont devenues un véritable luxe, et un avantage stratégique non négligeable.
«Avant, les équipes qui rebâtissaient devaient attendre longtemps, mais ce n’est plus le cas parce que les jeunes sont tellement bons et peuvent avoir un impact à 18, 19 ou 20 ans. Le Canadien de Montréal en est un excellent exemple.»
Les statistiques avancées

Pour un autre agent, qui a préféré conserver son anonymat, le plafond est une raison, mais pas la seule.
Il y a quelques années à peine, la simple évocation des statistiques avancées venait avec son lot de scepticisme. Le hockey, sport des plus conservateurs, a mis du temps à comprendre que les statistiques avancées n’avaient pas servi uniquement à réaliser le film Moneyball et que son personnage principal, Billy Beane, était davantage un précurseur qu’autre chose.
«Il n’y a pas longtemps, plusieurs équipes ne prenaient pas ça au sérieux. Maintenant, tout le monde les regarde parce que ça vient confirmer ou pas ce que tu vois sur la glace. Avant, tu voyais un joueur, un beau patineur fluide, tu le trouvais bon. Mais il y a des choses que tu ne pouvais pas toujours voir. Les stats avancées, ce n’est pas 100% précis, mais ça ment rarement.»
D’ailleurs, elles sont devenues cruciales dans la négociation des contrats.
«Avant, c’était difficile d’établir des comparables pour des joueurs de troisième ou de quatrième ligne. On travaillait avec le nombre de parties jouées, le temps de glace, etc. Mais c’était souvent la parole de l’agent contre la parole de l’équipe. Maintenant, plus personne ne peut passer de petites vites. Chaque argument est vérifiable avec les statistiques avancées.»
L’arrivée de la vidéo

Il s’agit là d’un autre aspect qui s’est grandement développé au cours des dernières années, particulièrement depuis la pandémie, et qui offre aux équipes plus d’outils.
Durant la période de la COVID-19, la vidéo est devenue un outil indispensable pour le recrutement, qu’il soit amateur ou professionnel. Et c’est resté, depuis. Les recruteurs continuent de regarder des matchs via certaines plateformes web, qui leur permettent d’isoler les séquences impliquant les joueurs qu’ils veulent examiner. Le CH, d’ailleurs, a embauché un recruteur vidéo, il y a quelques années, en Yannick St-Pierre, un recruteur indépendant dont la chaîne YouTube était devenue fort populaire.
Bref, plus rien n’est laissé au hasard, constate notre intervenant.
«Maintenant, tout le monde dans l’organisation peut s’impliquer dans le recrutement, que ce soit amateur ou professionnel. Avant, tu te fiais sur tes recruteurs et tu espérais avoir les meilleurs. Maintenant, même les directeurs généraux peuvent regarder quatre ou cinq matchs d’un joueur dans une journée et faire leur propre évaluation.»
«Tous ces outils technologiques font en sorte que ça crée de la parité. Et là, avec l’intelligence artificielle qui arrive, ce sera encore plus vrai. Je ne sais pas comment elle sera utilisée, mais c’est certain qu’elle le sera.»