Pour Serge Savard, Hutson est le joueur numéro un du Canadien

Marc de Foy
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Il y a longtemps qu’un joueur du Canadien, autre que son gardien, n’a soulevé autant d’intérêt que Lane Hutson. On peut toujours nommer P.K. Subban, mais son étoile a pâli au fil du temps.
Le bon P.K. était fait d’un autre bois. Ses intérêts personnels passaient avant l’équipe. Sa personnalité détonnait dans le monde encore très conservateur du hockey. P.K. se voyait comme un entrepreneur.
Hutson est l’antithèse. Il ressemble aux recrues des temps anciens qui se faisaient petites dans le vestiaire et qui ne disaient pas un mot plus haut que l’autre à leurs débuts. Il laisse le plancher aux vétérans et se concentre à laisser parler ses réussites sur la patinoire.
Il est le genre de joueur que tout entraîneur aime. Il va changer avec les années, mais même pour le peu que je connaisse de lui, ce n’est pas le type qui va jouer à la vedette.
Un coup de circuit!
Au nombre de ses admirateurs, on retrouve Serge Savard, qui s’est taillé un chemin jusqu’au Panthéon du hockey comme joueur. Savard était reconnu comme un défenseur à caractère défensif, mais il serait plus juste de dire qu’il excellait dans toutes les facettes du jeu.
Il a connu ses heures de gloire à l’offensive. Lors de la saison 1974-1975, il a marqué 20 buts et totalisé 60 points. Il est l’un des quatre défenseurs du Canadien à avoir connu une saison de 20 buts, les autres étant Guy Lapointe (2 fois), Mathieu Schneider et Sheldon Souray.
Le nom de Hutson s’ajoutera peut-être à ce quatuor un jour, mais Savard est déjà conquis par son jeu.
«C’est un joueur exceptionnel! lance l’ancien directeur général du Canadien.
«En termes de talent, personne ne se compare à lui chez le Canadien. Il est le meilleur joueur de l’équipe, il est le numéro un du club.»
Venant d’un homme comme Savard, cette affirmation a du poids. Il en remet quand il souligne que Hutson a été un 62e choix au repêchage.
«C’est un coup de circuit!», s’exclame-t-il encore.
Émule de Phil Housley
Lorsqu’on demande à Savard si Hutson lui rappelle un joueur en particulier, il évoque une récente conversation avec Scotty Bowman, avec qui il s’entretient deux ou trois fois par semaine.
«L’autre jour, on parlait de Phil Housley à l’époque où il avait été repêché par les Sabres», raconte Savard.
Bowman était directeur général à Buffalo quand ils ont sélectionné Housley au sixième rang en 1982. L’ancien défenseur originaire du Minnesota évoluait alors avec l’équipe d’une école secondaire de Saint Paul, au Minnesota.
«Il était de la même stature que Hutson à 18 ans, se rappelle Savard.
«Plusieurs personnes entretenaient les mêmes préjugés à son sujet que Hutson quand il a été repêché par le Canadien. On le disait petit, mais il transportait la rondelle en tabarouette!
«C’est le plus loin que je peux aller en matière de comparaison. Mais c’en est une belle puisque Housley fait partie du Temple de la renommée. Martin St-Louis, que l’on trouvait aussi trop frêle, en est membre lui aussi, et ce, sans avoir été repêché.»
Carrière sans trophées
À défaut d’avoir gagné la Coupe Stanley, le trophée Norris ou une autre distinction personnelle, Housley a inscrit 338 buts et amassé 1232 points en 1495 matchs dans la Ligue nationale de hockey.
Sa plus grande production fut de 97 points avec les Jets de Winnipeg, en 1992-1993. Son différentiel de -14 le fit toutefois glisser au cinquième rang au scrutin pour le trophée Norris derrière Chris Chelios (73 points et fiche de plus 14), Raymond Bourque (82 points et fiche de plus 38), Larry Murphy (85 points et fiche de plus 45) et Kevin Hatcher (79 points et fiche de moins sept).
Le hockey qui se pratiquait alors était fort différent de celui que l’on observe maintenant.
«L’accrochage était toléré et le tempo était moins rapide, c’est sûr, enchaîne Savard.
«Housley arrivait du programme américain et personne ne croyait qu’il connaîtrait une telle carrière.»
Supérieur à P.K.
C’était tout le contraire dans le cas de Subban à son arrivée à Montréal. Il était vu comme un messie et le successeur d’Andrei Markov au sein de la brigade défensive du Canadien.
«P.K. avait des mains de béton, dit Savard.
«Il transportait la rondelle et il lançait. Il n’avait pas le talent de Hutson. Quand il a commencé à décliner, il n’était plus capable de sortir la rondelle et de shooter. Il déjouait un adversaire et il n’y avait pas de jeu après. Les gars n’aimaient pas ça.»
C’est dommage, car il pouvait changer la donne quand il s’y mettait vraiment. Dire que sa carrière a pris fin à seulement 32 ans.