Pour Jack Nicklaus, le temps est venu d’accrocher son bâton au Tournoi des Maîtres
Le Golden Bear frappe l’un des coups protocolaires au Augusta National depuis 2010


François-David Rouleau
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AUGUSTA | Nul doute que Jack Nicklaus fait partie de l’histoire et de la tradition au Augusta National. À 86 ans toutefois, la réalité du moment jeudi matin a frappé. Il est temps que le Golden Bear accroche son bois de départ dans la cérémonie protocolaire lançant le Tournoi des Maîtres.
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Je n’avance certainement pas cette opinion de gaieté de cœur. Loin de là, car je considère le champion de six vestons verts et 16 titres du Grand Chelem en carrière comme le meilleur golfeur de tous les temps.
L’observer marcher entre le pavillon et le premier tertre où il s’y tient péniblement, les yeux rougis et globuleux, devient pénible à constater pour cette légende. L’amour rend aveugle, dit l’expression. Car Nicklaus est une véritable légende vivante du golf avec tout ce qu’il a accompli dans sa glorieuse carrière.

Quarante ans après son dernier sacre majeur, le sixième sur cette parcelle de terre sacrée de la Géorgie, et 60 ans après son premier titre, ç’aurait été le moment idéal de tirer officiellement sa révérence.
Pas facile
S’il silait comme un train en respirant et qu’il s’appuyait sur son bois de départ pour marcher l’an dernier, il s’est déplacé sans l’aide de son adorable femme, Barbara, ce matin. Mais il n’a pu se pencher pour planter sa balle ou reprendre son té. Tout juste avant de frapper, il s’est essuyé les yeux alors qu’une envolée de canard se faisait entendre dans le ciel bleu d’une matinée fraîche à Augusta. Puis, il a frappé un vif crochet vers la gauche. Sa balle a survolé les rangées de « patrons » le long du cordage à son étonnement et à son soulagement.


Moins volumineuse, la foule était plus parsemée autour du premier tertre, où on avait autrefois de la difficulté à se faufiler durant la cérémonie protocolaire. Les spectateurs se ruaient pour choisir le meilleur endroit et vivre le moment unique.
Un signe que les temps changent ou que les « patrons » préfèrent se farcir plus de 90 minutes d’attente pour mettre la main sur ce fichu gnome à la boutique, comme c’était le cas dès l’ouverture des portes en matinée ?

Nelson s’est retiré
En 2001, à 89 ans, Byron Nelson avait salué la foule pour une dernière fois, lui qui avait frappé sa première balle à Augusta en 1935. Il y a 25 ans, le double champion du Masters se déplaçait péniblement et ne voulait blesser personne en s’exécutant du tertre dans ce coup protocolaire. Ces motifs l’ont convaincu de se retirer de son rôle.
Nicklaus s’accrochera toutefois à ce privilège de lancer le Masters en compagnie de son complice de longue date Gary Player et de Tom Watson.
« Tant que je suis encore capable de frapper la balle de golf. Je n’ai joué qu’une seule fois cette année, en février, et je n’ai joué qu’une seule fois l’année dernière. Je ne joue pratiquement plus au golf », a raconté Nicklaus dans la traditionnelle conférence de presse après la cérémonie.

Comme Palmer
« C’est un véritable honneur d’y être invité. J’espère pouvoir continuer à le faire tant que je ne risque pas de tuer quelqu’un », a-t-il ajouté en ricanant.
« J’ai eu la chance de réussir à faire passer la balle au-dessus de la tête des gens. Je ne l’ai pas très bien frappée, certes, mais elle est passée au-dessus d’eux et je n’ai blessé personne », a relaté celui qui a subi une chirurgie du tunnel carpien il y a plus d’un mois. Il était inquiet d’être en mesure de tenir son bâton.

Malgré tout ce que Nicklaus a accompli dans sa carrière, son impact sur le sport et la communauté, il faut voir la réalité en face. C’est le moment qu’il tende le flambeau à la prochaine génération de frappeur protocolaire et qu’il savoure chaque moment de la cérémonie depuis la meilleure place disponible, directement sur le tertre, en restant parmi les invités d’honneur. Comme l’avait fait le grand Arnold Palmer en 2016.