Quelques jours après les allégations choquantes sur des actes racistes et violents commis par des policiers à Montréal-Nord, la population oscille toujours entre l’indignation et le soulagement que de tels comportements soient dénoncés au grand jour.
« Les policiers doivent protéger et servir, mais ça ne peut pas se faire avec du racisme. Il faut des vrais changements dans le corps policier, ce n’est pas normal », a soufflé Raynald Jean, un homme de 44 ans croisé dans un centre commercial de l’arrondissement.
Comme plusieurs de ses concitoyens, il était ébranlé par l’annonce effectuée vendredi soir par Fady Dagher. Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal y dévoilait que 16 policiers étaient sous le coup de sanctions administratives pour des gestes troublants visant des personnes noires et arabes.

Ces patrouilleurs auraient non seulement tenu des propos haineux, ils auraient aussi collectionné des bouts de dreadlocks (tresses) de personnes interpellées, à la manière de trophées. Certains citoyens rapportent même avoir été tabassés.
Les fautifs auraient été dénoncés par leurs confrères, signe que « l’omerta est finie », selon un policier qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat.
En ciblant des personnes racisées sur la base de préjugés, « on fait partie du système qui va pousser les jeunes dans la criminalité », a déploré un autre agent, lui aussi sous le couvert de l’anonymat.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Alexandre Dubé, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Collaboration
Dimanche midi, la mairesse Christine Black a dénoncé le racisme et a invité la population à collaborer à l’enquête.

« L’enjeu du moment, c’est de rétablir la confiance », a-t-elle insisté.
Mme Black a dit vouloir « construire quelque chose qui n’existe pas encore » pour renouveler la confiance envers « le système et les institutions », espérant que cela permettrait aux gens lésés d’être entendus.
En sanglots
Lorsque Le Journal a demandé à la mairesse comment se portait son arrondissement, elle a éclaté en sanglots.
« Il y a beaucoup de frustration et je le comprends, a-t-elle lancé, bouleversée. On travaille tellement fort pour remonter cette communauté-là, donner des opportunités à nos jeunes et faire en sorte qu’on améliore leur qualité de vie. »
Pour l’heure, deux policiers ont été suspendus et trois ont été réaffectés à des tâches administratives. Les autres ont été mutés ailleurs sur le territoire. Leur arme à feu leur a été retirée et ils ne peuvent communiquer avec des résidents de Montréal-Nord.
Un dossier concernant un événement précis a été remis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui déterminera si des accusations criminelles peuvent être déposées.
