Point Zéro profite de la COVID pour grandir
Le détaillant compte ouvrir 50 boutiques au pays avant la fin de l’année et entend pénétrer le marché chinois


Martin Jolicoeur
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La pandémie n’a pas apparemment que du mauvais. Bien au contraire. Le détaillant de vêtements Point Zéro entend même profiter du contexte pour accroître sa présence partout au Canada.
Alors que la plupart des détaillants au pays tentent actuellement de sauver les meubles, en consolidant leurs acquis ou en réduisant leur taille, la chaîne montréalaise travaille au contraire à l’ouverture de cinquante nouvelles boutiques au Canada dans la prochaine année.
« Cela peut paraître important, mais je vous dirais qu’ouvrir cinquante boutiques dans le contexte actuel ne pose aucun problème », affirme Francis Benisti, PDG du Groupe Benisti. Ce groupe chapeaute dans l’ombre depuis 40 ans la destinée de la marque et enseigne Point Zéro.
Changement de paradigme
Au cours de la dernière année, l’entreprise a ouvert neuf magasins. Point Zéro en compte aujourd’hui 19, concentrés pour l’essentiel au Québec et en Ontario.
Si tout se déroule comme prévu, la chaîne regroupera, dans douze mois, au moins 70 boutiques partout au pays, en plus d’autres au Mexique, aux États-Unis et bientôt en Chine.
Pour le patron et fondateur de l’entreprise, une telle croissance est devenue possible grâce à la magie d’un changement graduel mais complet de paradigme survenu dans l’industrie ces dernières années.
« Enfin, explique M. Benisti, les propriétaires de centres commerciaux ont fini par comprendre que les détaillants ne pouvaient plus être considérés comme les seuls responsables du trafic de la clientèle. [...] Et des loyers de 150 $ à 200 $ le pi2, fixés pour des périodes de cinq à dix ans, sans égard au trafic ou aux ventes véritables... À un moment donné, ça n’a plus de sens. »
Des loyers au pourcentage
Cette transformation a commencé à se faire sentir quelques années avant que ne frappe la COVID-19, soutient-il. Mais l’apparition de la pandémie, causant des taux de vacance frôlant parfois les 30 %, aurait considérablement accéléré le mouvement.
« Aujourd’hui, les propriétaires de centres commerciaux sont prêts à bien d’autres arrangements que leurs baux traditionnels, dit-il. Ils acceptent de travailler sans loyer fixe, sur la seule base de pourcentage des ventes, ce qui aurait été absolument impossible auparavant. »
Le pourcentage varie généralement « entre 8 % et 10 % » des ventes du détaillant, soutient M. Benisti. « Parfois un peu plus. Tout dépend du volume de vente. »
Cette nouvelle façon de faire, à l’avantage de Point Zero dans ce cas-ci, permet au détaillant de sonder le marché, la clientèle du secteur, les pratiques du gestionnaire du centre commercial...
Après une année ou deux d’un tel régime, poursuit-il, le détaillant se trouve en bien meilleure posture pour discuter avec le propriétaire, chiffres en mains, non pas sur la base d’un trafic supposé, mais de ventes réalisées.
Une époque fascinante
C’est avec ce modèle d’entente en poche que Maurice Benisti négocie présentement l’emplacement de ses cinquante prochaines boutiques, du Pacifique à l’Atlantique.
Ivanhoe Cambridge, Cadillac Fairview, Cominar... Aucun grand propriétaire de centres commerciaux au pays ne lèverait le nez devant de telles ententes.
« Dans l’état actuel de l’économie, lance-t-il non sans fierté, il n’y en a pas un qui peut résister. »
Après 40 ans dans l’industrie, Francis Benisti avoue lui-même qu’il pourrait facilement se retirer des affaires. Mais ce serait sans compter sa fascination pour l’époque actuelle, qu’il compare au début du 20e siècle, où les premières voitures à moteur Ford (à partir de 1908) ont commencé à remplacer les voitures à cheval. Une époque de grand changement.
La révolution numérique actuelle, combinée aux effets de la pandémie, le gonfle d’excitation. Chacun, croit-il, prend plus conscience du temps qui passe et de l’importance de l’entraide.
« Il y a dix ans, c’était différent. Tout le monde courait et courait encore. »
« Alors, oui, bien sûr, je pourrais facilement prendre ma retraite. Mais l’époque que nous vivons est tellement fascinante que je ne pourrais jamais me résoudre à ne pas aussi y participer. »