Plan de la rentrée scolaire: trop peu, trop tard?


Sylvain Dancause
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Le 29 juillet dernier, les grandes lignes du protocole scolaire en cas d’éclosion étaient présentées à la population ontarienne. Nous apprenions alors que l'Ontario appliquera des règles différentes de confinement selon la vaccination ou non des élèves.
Dès la semaine suivante, le gouvernement Ford dévoilait son plan détaillé pour la rentrée scolaire. Ainsi, un document de 29 pages fut envoyé dans les divers milieux.
Et chez nous?
Il aura fallu attendre jusqu’à hier pour se faire présenter une mise à jour qui pourrait tenir sur un napperon. Un plan mal ficelé – j’approuve –, selon Marie-Andrée Chouinard: «Pour toutes les questions d’importance auxquelles il ne répond pas, pour l’absence de prévoyance et de vision qui le colore et pour tous les pans d’ombre qui auraient mérité éclairage, cette marche à suivre est plutôt brouillonne.»
Du point de vue sanitaire
Lors de la rentrée 2020, après les épisodes «pas de masque» et «avec le masque que tu veux», nous en sommes arrivés aux masques de procédure.
Pourquoi?
Le chat est finalement sorti du sac: «Les difficultés d’approvisionnement expliquent pourquoi les élèves ne portaient pas de masque médical dès la rentrée. Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le "masque bleu" aurait dû être privilégié.»
À défaut d’être parfaite, la consigne actuelle sur le port du masque lors de la prochaine rentrée a au moins le mérite d’être plus honnête.
Mais le plus grand changement est sans aucun doute la fin des bulles-classes. Si le parent et l’enseignant en moi se réjouit de cette annonce, il va sans dire que la présence d’un cas positif au sein d’un établissement créera un casse-tête épouvantable lors de la gestion des cas et des contacts. Les enquêtes risquent d’être ardues, voire impossibles à mener à bien. On fera comment?
Contrairement à nos voisins ontariens, des questions cruciales liées au traitement qui sera réservé aux vaccinés et à ceux qui ne le sont pas lors d’un contact à haut risque demeurent toujours sans réponses. Par exemple, quelle sera la fréquence des tests de dépistage? Et selon le résultat du (des) test(s), quelle sera la durée de la quarantaine? (ce qui aura un impact sur l’aspect pédagogique.)
Du point de vue pédagogique
Même si le programme de tutorat ne respectera toujours pas les données probantes pour être pleinement efficace et que les solutions avancées lors des Rendez-vous pour la réussite éducative (à huis clos, faut-il le rappeler) sont encore inconnues dans le milieu, c’est plutôt le nouveau projet de «filet scolaire» du ministre de l’Éducation qui a retenu l’attention.
En effet, l’ère COVID aura peut-être créé une situation paradoxale dans notre système d’éducation:
- Les taux de réussite avant et après COVID sont restés à peu près stables. Une fausse bonne nouvelle, car, compte tenu du contexte, la comparaison ne tient pas la route;
- On peut émettre l’hypothèse que les taux de diplomation en temps de COVID augmenteront. On peut même supposer que le Québec s’approchera de l’Ontario à ce chapitre. Une autre fausse bonne nouvelle;
- On peut aussi faire l’hypothèse que le taux de décrochage augmentera. Voilà le drame.
Ainsi, après la garantie qualité-équité 2020 (a-t-elle été honorée?), nous avons eu le privilège d’assister à la création du filet scolaire 2021. Une initiative louable, mais qui laisse songeur.
Les centres de services scolaires ont déjà une très bonne idée du nombre inquiétant d’avis de départ de la part de leurs élèves. Il y a donc fort à parier que le ministère de l’Éducation possède des chiffres assez précis à ce propos.
De là l’idée du projet «filet scolaire». Une bonne idée si on privilégie une approche corrective face au décrochage. Si on avait su privilégier une approche préventive, la fameuse garantie qualité-équité 2020 aurait dû contenir la clause «filet scolaire».
Trop peu, trop tard?
Espérons que non.
– Sylvain Dancause, enseignant au secondaire, Québec