Pierrette Robitaille révèle pourquoi elle s’est éloignée du théâtre pendant plusieurs années
Marie-Ève Leclerc
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Pierrette Robitaille revient sur les planches ce printemps dans la pièce Parachute libre, présentée au Théâtre du Rideau Vert. Elle nous parle de ce grand retour après plusieurs années d’absence au théâtre, ainsi que de son parcours, elle qui souligne cette année 50 ans de carrière.
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Dès le 6 mai, Pierrette Robitaille et Muriel Dutil monteront sur la scène du Théâtre du Rideau Vert afin de présenter Parachute libre, dont l’histoire se déroule dans une maison de retraite. Alice Binder, un personnage décrit comme malcommode, voire un peu chipie, doit partager sa chambre avec Marilyn Dunne (Muriel Dutil), plutôt optimiste et friande de sensations fortes. Entre les deux, l’harmonie n’est pas au rendez-vous, et elles se livrent à une véritable guerre de territoire. « Alice n’est pas très agréable et ne veut rien savoir de personne. Elle veut avoir la paix et n’en a pas. Tout ce qu’elle désire, c’est lire des livres sur son iPad. Elle est attachante malgré tout et a parfois raison, mais souvent tort. Elle n’est pas du tout amicale. Ce n’est donc pas facile pour Marilyn, qui partage sa chambre, ni pour Alice. Toutefois, au fil de la pièce, nous allons comprendre des choses sur elle », révèle Pierrette Robitaille à propos de son personnage.
Des parcours inspirants
Pour la comédienne, cette pièce représente bien plus qu’une simple comédie de situation : elle met aussi en lumière le parcours de deux femmes inspirantes vivant en résidence. « Alice et Marilyn sont remplies d’images, de souvenirs, de bons comme de moins bons moments. Elles se battent aussi pour suivre le courant, rester actives et créatives. Elles sont formidables ! On dirait parfois qu’on porte des jugements sur les gens d’un certain âge, en les imaginant trop fidèles au passé et pas assez ancrés dans le présent. Mais ce sont de fausses perceptions. Je vous dirais qu’on peut apprendre beaucoup de ces femmes-là et essayer d’en faire autant qu’elles — et je ne suis pas certaine qu’on en serait capables. Elles ont vécu des drames et des difficultés, mais elles veulent décrocher et se reconnecter à elles-mêmes. C’est une pièce très humaine et touchante, avec beaucoup d’humour et de gags de situation. Il y a une part de folie et de magie théâtrale. Je crois que les gens vont beaucoup aimer cette pièce. Je suis vraiment heureuse d’en faire partie ! »
Une complicité naturelle
Dans Parachute libre, Pierrette Robitaille partage la scène avec Muriel Dutil, avec qui la chimie est immédiate. « Je dirais d’abord qu’elle me fait beaucoup rire. C’est une femme de 82 ans et je n’en reviens pas. Mon Dieu qu’elle est forte et elle a une espèce de vitalité. Elle est impressionnante ! Et puis, elle est un petit peu fofolle, comme son personnage », confie-t-elle à propos de sa collègue, avant d’ajouter qu’elle-même possède certains traits d’Alice. « On dit que nous, les comédiens, jouons des personnages, mais il faut les chercher à l’intérieur de nous. Alors, il y a des petits bouts où je me reconnais en Alice. Et ce n’est pas du tout à mon honneur, parce qu’elle est désagréable. (rires) Je ne suis pas désagréable, mais il y a plein de situations qu’elle vit où j’agirais comme elle. Et j’ai l’impression que Muriel aussi partage une bonne part de son personnage. C’est très drôle, et nous avons beaucoup de plaisir ensemble. Nous faisons attention l’une à l’autre. Finalement, nous sommes deux femmes représentatives de notre époque, comme celles que nous incarnons, et nous en sommes très fières. Nous sommes sérieuses dans notre travail, volontaires, et il y a du beau, comme on dit. »
Un retour sur les planches
Il y avait un bon moment que Pierrette Robitaille n’avait pas fait partie d’une distribution de pièce de théâtre. Sa dernière remonte à 2019, alors qu’elle reprenait Le terrier, chez Duceppe, une production présentée auparavant au Théâtre Denise-Pelletier en 2016. Parachute libre marque donc son grand retour sur scène après sept ans d’absence. « Je travaille beaucoup pour Parachute libre, car ça faisait un petit bout de temps que je n’avais pas fait de théâtre. Mais cette pièce est tellement belle et bonne que je n’ai pas pu résister ! C’est un gros défi, mais j’en suis heureuse. Si j’arrive à rendre la pièce comme elle se doit, je serai très fière. Et je crois qu’on travaille assez fort pour que ce soit le cas. Je suis très excitée par ce projet ! »
Pour une comédienne dont le parcours professionnel est largement dominé par le théâtre, pourquoi s’être retirée de la scène pendant près d’une décennie ? « Ce n’est pas parce que ça ne me tentait plus. Mais, à un moment donné, il faut se retirer. Je me disais que j’avais peut-être l’âge de le faire. Et puis, le théâtre, c’est extrêmement exigeant. Je le sais, car au départ, je suis une femme de théâtre. J’en ai tellement fait que je ne me souviens plus de tout ce que j’ai accompli. Mon CV est bien rempli ! Je connais tout le travail que ça demande. Alors, je me suis retirée en me disant : il faut laisser notre place, ce n’est pas grave. Et puis, je vais essayer de vieillir avec mon chum. »
Cependant, l’histoire derrière Parachute libre est venue la chercher, ce qui l’a poussée à accepter ce beau mandat. « J’ai appris beaucoup en acceptant de faire cette pièce, qui m’a séduite. J’ai appris sur moi-même, sur ce que je suis et où j’en suis dans ma vie. Car un défi comme celui-ci, ça nous teste un peu. Je crois que ça va m’aider d’avoir fait cette pièce. C’est certain que tant que je ne l’ai pas faite, je ne peux pas savoir, mais jusqu’à maintenant, j’apprends beaucoup sur moi. »
Le titre de la pièce fait référence au mot ripcord, cette corde que l’on tire lors d’un saut afin de déclencher le parachute. « C’est la petite corde qui, finalement, nous sauve la vie. Si on ne tire pas dessus, on tombe par terre et on meurt. Le parcours que fait le parachute est un peu à l’image de notre vie. S’il s’ouvre, tu prends le temps d’apprécier la nature, la vue, et tu descends doucement. Et c’est comme ça, la vie : on a tous un parcours et on a parfois besoin de tirer sur la corde pour être capable d’apprécier les choses. Je tire probablement sur cette petite corde en vivant cette expérience. »
50 ans de carrière
Cette année, Pierrette Robitaille souligne 50 ans de carrière, puisqu’elle est sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1976. Quel bilan fait-elle de ces cinq décennies, tant au théâtre qu’au petit et au grand écran ? « J’ai tellement aimé ce métier, et je l’aime encore. Je m’aperçois aussi que j’étais tellement accrochée à mon métier : toute ma vie a été là-dedans. C’est fou comme j’ai beaucoup travaillé. Cette carrière est quelque chose que je n’aurais jamais pensé vivre. Je ne suis pas carriériste et, toute ma vie, j’ai douté. Lorsqu’on monte des spectacles, on doute toujours, jusqu’au moment où on le fait et qu’on s’aperçoit que tout va bien. Toute ma vie, je me suis battue pour que ça soit correct, que ça soit bon, que ça fonctionne », mentionne la comédienne, qui définit ensuite ce que le chiffre 50 représente pour elle. « Le temps a passé vite, je ne réalise pas ce que ça veut dire, 50 ans. C’est énorme, je crois. On a tous un parcours : il n’est ni moindre ni plus beau pour l’un ou pour l’autre. On fait ce qu’il faut faire. On avance selon nos croyances et nos passions. Alors, 50 ans, selon moi, il ne faut pas trop en avoir conscience, sinon on se demande ce qu’on fait rendu là. Que va-t-il m’arriver ? On continue, et j’essaie de me respecter à travers tout ça, d’être heureuse. Je n’ai pas trop d’attentes ni de gros défis à relever. Déjà, avec Parachute libre, c’est un gros et extraordinaire défi, qui va peut-être clore ces 50 ans. Je me laisse porter dans tout ça. »
La clé, selon Pierrette Robitaille, pour être heureuse : être bien entourée. « Pourvu que je sois heureuse et que mon chum (Normand Boisvert) soit capable de me supporter. (rires) Je vous dirais qu’il est merveilleux. C’est important d’être bien entourée. C’est une chance ! Ce n’est pas tout le monde qui l’a : il y a beaucoup de solitude. Je crois toutefois que les femmes se prennent maintenant en main et que la solitude recule de plus en plus, qu’on est de plus en plus actives. J’ai une sœur de 82 ans qui est seule, mais elle a plein d’amis et fait plein de sorties. Comme Muriel Dutil, qui est toujours en train de sortir avec quelqu’un. Moi, ça m’impressionne beaucoup et je trouve ça formidable. Il faut essayer de vivre pleinement. »