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[PHOTOS] Enfin réunis au Québec après 28 ans et la guerre en Ukraine

Séparés par l’adoption, un Français installé au Québec et sa sœur biologique qui a grandi en Ukraine se sont retrouvés lundi

Difficile de nier que Sacha-Pierre Tournier et Yustina sont frère et sœur. Les longues années qu’ils ont passées avant de se retrouver n’auront pas eu raison de leurs traits communs, ce qui les a frappés à leur première rencontre.
Difficile de nier que Sacha-Pierre Tournier et Yustina sont frère et sœur. Les longues années qu’ils ont passées avant de se retrouver n’auront pas eu raison de leurs traits communs, ce qui les a frappés à leur première rencontre. Photo Stevens LeBlanc
Photo portrait de Pierre-Paul Biron

Pierre-Paul Biron

2022-04-07T20:24:58Z

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Séparés par l'adoption et des milliers de kilomètres depuis 28 ans, un homme de Saint-Raymond et sa sœur biologique ont été réunis cette semaine après qu’elle ait réussi à échapper aux bombardements russes en Ukraine.

La maison bourdonne chez Sacha-Pierre Tournier même s’il est encore tôt au passage du Journal.

Sa conjointe et lui se relaient pour les biberons de leurs deux petites jumelles de trois mois à peine.

Sa sœur Yustina et l’amie de celle-ci, Ohla, se préparent en vitesse, probablement encore chambardées par le décalage horaire. Leurs fils respectifs, Maksym et Danylo, jouent avec leur nouvelle cousine, Zoé, trois ans, aucunement embêtés par la barrière de la langue qui se dresse entre eux.

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

Et à travers ce joyeux brouhaha, des ouvriers venus compléter les travaux de la salle de bain du sous-sol entrent des meubles et jouent du marteau bruyamment.

Ce ballet chaotique démontre bien ce qu’a traversé cette famille peu commune depuis un mois. Mais même si Yustina, Olha, Maksym et Danylo ne sont là que depuis lundi, on sent que beaucoup d’amour règne déjà dans cette maison où se côtoient le Québec, la France et l’Ukraine.

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Rencontre émouvante

Sacha-Pierre et Yustina sont nés au tournant des années 1990 en Lettonie. Le garçon a dû être placé en adoption et s’est retrouvé dans une famille française quelques années plus tard alors que sa sœur partait quant à elle en Ukraine. Ce sont les réseaux sociaux qui ont permis de les mettre en contact il y a 5 ans, peu de temps avant que Sacha-Pierre et sa conjointe déménagent au Québec.

Quand la guerre a éclaté en Ukraine, la famille n’a jamais hésité et a offert à Yustina de les rejoindre dans leur maison de Saint-Raymond, dans Portneuf.

La première rencontre aura été touchante. Maksym, 12 ans, a couru dans les bras de son oncle, suivi de près par sa mère. «C’est le plus beau des cadeaux», confie Sacha-Pierre Tournier, incapable de retenir ses larmes.

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

«Ça fait 16 ans que je connais Sacha et il a toujours parlé de sa famille biologique. C’est une partie de lui qui lui a toujours manqué», ajoute sa conjointe, Julie Chamand, elle aussi envahie par l’émotion.

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Et pour Yustina aussi, le moment était attendu. Même si elle ne gardait aucun souvenir de leur vie ensemble qui n’a duré que 3 ans, elle l’a toujours cherché.

«J’ai essayé très fort de le retrouver», confie la femme, aidée d’une interprète puisqu’elle ne parle qu’ukrainien. «J’avais même écrit à une émission de télé qui réunit des familles, j’ai fait des démarches avec ma mère biologique pour contacter l’orphelinat», explique-t-elle, visiblement heureuse du dénouement.

Séparation difficile

Mais pour en arriver là, Yustina et son amie Ohla ont laissé beaucoup derrière. Les deux femmes peinent toujours à accepter ce qui se passe chez elles. Les horreurs de la guerre auront laissé des traces même si Ternopil et Lviv, où elles habitaient, ont été relativement épargnées comparativement à d’autres régions du pays.

«Tous les jours, chaque matin, on voit les nouvelles et on est horrifiée de ce qui se passe», soupire Ohla.

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

Les deux mères de famille sont maintenant en sécurité et elles en sont reconnaissantes, mais en même temps, elles acceptent difficilement d’avoir dû laisser le reste de leur famille derrière, à commencer par leurs maris. (Voir autre texte ci-bas)

«C’est difficile de savoir que nous, on va être en sécurité alors qu’on ne sait pas ce que l’avenir réserve à notre famille.»

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Espoir d’une vie meilleure

Malgré cette peine qui les accompagnera probablement toujours, les deux courageuses femmes ont choisi de regarder vers leur avenir, parsemé d’espoir.

Elles entreprendront des cours de français le 19 avril et leurs garçons recommenceront l’école au même moment. C’est pour eux, pour Maksym, 12 ans et Danylo, 5 ans, qu’elles ont parcouru tous ces kilomètres, qu’elles ont dormi dans une voiture pendant plusieurs jours et qu’elles ont traversé l’Atlantique.

«Nous sommes soulagées parce que tout ce temps-là, tout ce qu’on a dû traverser, on pensait aux enfants et à leur avenir» racontent Yustina et Ohla.

Massothérapeutes toutes les deux, elles ont aussi des rêves qu’elles caressaient déjà en Ukraine et qu’elles veulent amener avec elles ici, au Québec.

«Nous aimerions continuer à pratiquer ici et nous rêvons d’ouvrir une clinique, d’ouvrir un centre à nous», explique Yustina, bien décidée à s’offrir une meilleure vie, loin de la guerre.

«J’aimerais vraiment rester ici parce que ma famille est maintenant ici», ajoute la femme, le regard tendre en posant la main sur l’épaule de ce frère qu’elle a longtemps attendu et qu’elle aura retrouvé comme un petit bonheur à travers les horreurs de la guerre.

Accepter de laisser celui qu’on aime faire la guerre 

Yustina et Ohla peinent à retenir leurs larmes lorsqu’elles parlent de leurs maris, restés courageusement derrière pour défendre l’honneur de l’Ukraine devant les atrocités du régime russe.

Au-delà des morts et de la destruction, ces familles séparées sont l’une des plus inhumaines conséquences de la guerre qui sévit depuis le 24 février dernier.

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Effort de guerre

«Mon mari, Sacha, fait partie de l’armée ukrainienne. Il est au front», laisse tomber avec émotion Yustina, la sœur de Sacha-Pierre Tournier, qui l’accueille chez lui à Saint-Raymond.

«Il était à Kyiv, mais maintenant il est rendu près de Soumy. Il a reçu une médaille de héros de guerre de l’Ukraine. Des fois, je réussis à être en contact avec lui, mais c’est difficile», ajoute-t-elle.

Quand la guerre a éclaté, c’est son mari qui l’a convaincu de quitter le pays avec leur fils de 12 ans, Maksym. Sachant que ce serait mieux pour les siens, il a accepté de les laisser partir, un geste d’un grand courage.

«J’aimerais qu’il vienne nous rejoindre, mais pour l’instant, il ne veut pas nécessairement, même s’il le pouvait. Il ne voit pas comment il pourrait quitter, il dit qu’il doit défendre son pays, notre pays», explique Yustina.

Souhaiter le mieux

De son côté, Oleg, le mari d’Ohla, est propriétaire d’un studio de photo à Lviv. Depuis le début de l’invasion, son studio s’est transformé en refuge pour des gens qui cherchent à fuir.

«Ce sont des réfugiés en transit. Ils restent 3 ou 4 jours et lui s’occupe de les loger, de les nourrir, de prendre soin d’eux», raconte avec fierté sa femme Ohla, qui a accompagné son amie Yustina au Québec.

«Mon plus grand rêve maintenant, c’est qu’il ne lui arrive rien et qu’il nous rejoigne ici, qu’on fasse notre vie ici.»

Une autre famille à venir 

Même si la maison était déjà bien remplie chez Sacha-Pierre Tournier, il n’a jamais hésité à accueillir 4 réfugiés chez lui. Et ce n’est pas terminé alors qu’une autre famille doit arriver sous peu.

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Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

«Nous avons construit trois chambres au sous-sol, elles vont être remplies», lance en riant M. Tournier.

Après sa sœur biologique et son fils ainsi qu’une amie elle aussi accompagnée de son fils, le résident de Saint-Raymond accueillera une autre amie de sa sœur, qui viendra avec sa fille.

«Ilona est elle aussi massothérapeute, c’est une amie de Yustina, on n’a pas hésité là non plus», raconte Sacha-Pierre Tournier, qui admet malgré tout qu’il ne manquera jamais d’action dans la maison.

«C’est certain que c’est un changement énorme dans notre vie, mais on ne pouvait pas faire autrement.»

Reconnaissantes

Le geste touche Yustina droit au cœur, elle qui sait pertinemment tout ce que ça implique de laisser sa vie d’avant derrière.

«Je suis tellement reconnaissante qu’ils ouvrent leur maison comme ça. Je suis consciente que c’est beaucoup de travail, de temps pour eux», fait-elle remarquer. «Il n’y a pas de mots pour décrire ce cadeau que Sacha et Julie nous font», ajoute-t-elle, les yeux emplis de larmes.

«Pour Yustina, c’est un peu la famille, mais moi je suis une étrangère. Je n’aurais jamais pensé que des étrangers pouvaient me donner une telle chance», insiste de son côté Ohla, touchée par le générosité du couple.

Le geste de Sacha-Pierre et de Julie est l’exemple même de la bonté. Quiconque a des enfants sait pertinemment que le quotidien est déjà bien rempli, mais visiblement, il n’en est rien pour eux.

«Ils vont avoir fait plus pour moi que bien des gens que je connais dans ma vie», illustre Olha.

Accueil d’une communauté entière

Mais Sacha-Pierre Tournier et Julie Chamand insistent sur l’apport de leur communauté. Oui, tout ce beau monde vivra chez eux pour l’instant, mais si la maison est prête, c’est grâce à de nombreux coups de pouce.

«Plusieurs entreprises ont donné un coup de main pour faire les travaux du sous-sol, pour organiser l’école pour les enfants, pour les cours de français. Saint-Raymond au complet s’est organisé pour aider», remercie M. Tournier.

«Il faut remercier toutes ces personnes qui ont aidé pour que l’on puisse les accueillir dans de belles conditions», ajoute sa conjointe.

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