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Peur et solidarité pour les réfugiés bloqués à la frontière polonaise

Agence France-Presse

2022-02-28T19:04:01Z

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Le chaos des premiers jours s'est résorbé, mais des milliers d'Ukrainiens attendent toujours de traverser la frontière avec la Pologne. Dans leurs récits, la peur d'une guerre à laquelle ils n'avaient pas cru, mais aussi la solidarité qui se met en place.

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Un froid mordant est tombé lundi sur la région de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine. De Tvirja, minuscule village traversé par la route menant à la Pologne, il ne reste que 24 kilomètres jusqu'au poste-frontière de Shegyni.

C'est là que se termine la file de véhicules, occupés essentiellement par des femmes et des enfants, avançant au pas vers la frontière. Des tas de déchets et quelques voitures abandonnées témoignent qu'elle continuait sur plusieurs kilomètres supplémentaires en fin de semaine dernière. 

AFP
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C'est aussi à Tvirja, devant l'établissement scolaire qu'elle dirige, qu'Ivana Chtcherbata a installé, avec l'aide de quelques femmes du village, un stand offrant boissons chaudes et nourriture.

«On s'est mis debout et on a fait tout ça avec nos mains de travailleurs», assène la directrice d'école d'une voix forte en montrant, derrière elle, tout ce dont un automobiliste frigorifié peut rêver.

Il y a du thé, du café, des sandwichs et d'immenses marmites de borchtch, la soupe de betteraves dont la Russie et l'Ukraine se disputent la paternité, préparées dans les cuisines de l'école qui regorgent de conserves ou de bocaux de pâtes.

Au deuxième étage, le dortoir des élèves de maternelle accueille désormais les mères et leurs enfants ayant besoin d'un endroit chaud pour passer la nuit. Aucun homme n'y est accepté.

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«Vraiment touchée» 

«J'ai lancé ça spontanément puis ces femmes sont venues proposer de l'aide, apporter de la nourriture», raconte Ivana Chtcherbata dans la cuisine où règne une bonne humeur qui semble avoir disparu ailleurs.

Arrivée de Kryvyï Rih, dans le centre de l'Ukraine, Daria, son fils dans les bras, n'a pas de mots pour décrire cette solidarité qu'elle dit avoir croisée partout sur son trajet.

«Je suis vraiment touchée qu'on ait de telles personnes. Partout, on nous a donné de la nourriture, des vêtements, on a tout fait pour nous aider», raconte cette employée gouvernementale de 32 ans, qui demande à rester anonyme.

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«C'est notre troisième jour sur la route et nous sommes dans des bouchons depuis 24 heures», ajoute Daria qui évacue sa soeur, rentrée du Canada pour être opérée de la colonne vertébrale. L'intervention a eu lieu mercredi, la veille de l'attaque russe sur l'Ukraine.

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Selon l'ONU, plus de 500 000 réfugiés se trouvent déjà dans des pays limitrophes, surtout en Pologne qui a accueilli près de 300 000 Ukrainiens.

Les routes du pays ont été prises d'assaut, rendant les trajets d'autant plus longs qu'à l'extérieur de chaque village, dans l'ouest de l'Ukraine, des postes de contrôle ont été établis par des volontaires craignant des «provocations» russes, provoquant d'immenses ralentissements.

La peur d'actes de sabotage russes, brandie par les autorités ukrainiennes notamment à Kiev, est aussi palpable à la frontière, où des hommes des forces de défense territoriale ont à plusieurs reprises empêché des journalistes de l'AFP de filmer.

Effrayant 

«Le voyage était vraiment dur. C'est plus calme ici, mais faire la route était effrayant», confirme Katerina Zaporojets, une laborantine de 31 ans originaire de Tcherkassy (centre).

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Il lui a fallu 24 heures pour effectuer les 700 kilomètres de trajet et elle estime qu'il lui faudra encore attendre 48 heures avant de passer.

Les six enfants qu'elle et deux amies ont conduits pour les mettre à l'abri en Pologne sont eux déjà en train de passer la frontière, la municipalité locale ayant mis en place des bus les conduisant directement à Shegyny.

Pour ces futurs réfugiés, c'est aussi un inconnu auquel ils ne s'étaient pas préparés qui les attend.

«Ces deux dernières semaines, je me doutais que quelque chose comme ça pouvait arriver. Mais je n'aurais jamais pensé que ça serait aussi terrible», reprend Katerina Zaporojets, sans vraiment de projet une fois ses enfants mis à l'abri.

De rares voitures passent en sens inverse. À leurs bords, quelques hommes seuls ayant conduit leur famille jusqu'à la frontière, mais aussi des groupes de deux ou trois hommes, l'air patibulaire. Des Ukrainiens résidant à l'étranger, ayant fait le choix de revenir aider leur pays.

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