Le pétrole vénézuélien suscite la convoitise
David Descôteaux et Martin Jolicoeur
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Le pétrole vénézuélien suscite la convoitise. Même si son exploitation à grande échelle requerra des milliards de dollars d’investissements et devra attendre quelques années, l’intervention américaine soulève plusieurs questions. Quels seront les impacts sur le prix du baril, le prix payé par les automobilistes et l’industrie pétrolière canadienne?
Le prix à la pompe va-t-il augmenter?
Le prix de l’essence à la pompe ne devrait pas beaucoup bouger au Canada malgré ce qui se passe au Venezuela, estiment des experts.
Selon Giovanni Staunovo, stratège chez UBS, l’équilibre du marché pétrolier mondial n’en sera pas perturbé au cours de la prochaine année. Toute reprise de la production de pétrole au Venezuela nécessiterait d’importants investissements en raison d’infrastructures négligées pendant des années de mauvaise gestion et de sous-investissement.
«On en a au moins pour 10 ans! Le Venezuela, c’est à peine 1% de la production mondiale en ce moment. On a vu en fin de semaine qu’il n’y a à peu près aucun impact», explique pour sa part Carol Montreuil, vice-président de l’Association canadienne des carburants pour l’est du pays. Selon les données les plus récentes de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), la production mondiale se situe autour de 26 à 27 millions de barils par jour.
Il rappelle que, malgré des réserves évaluées à 20% des réserves mondiales, l’exploitation du pétrole vénézuélien demeure très incertaine, ce qui limite tout effet à court terme sur les prix à la pompe.
Les pétrolières américaines salivent
L’industrie pétrolière américaine salive devant l’ampleur des occasions de développement envisagées depuis le coup d’État mené par Washington samedi contre le régime dictatorial de Nicolas Maduro, au Venezuela.
Tandis que l’industrie canadienne reculait lundi à la Bourse de Toronto, les sociétés américaines impliquées de près ou de loin dans l’extraction ou le raffinage de pétrole aux États-Unis battaient des records de croissance sur Wall Street.
«Il faudra encore un moment pour connaître le résultat final de tout ça. Mais en attendant, soutient Yvan Cliche, spécialiste de l’industrie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, on peut dire sans se tromper que l’industrie salue fortement les changements obtenus par la force par l’administration Trump.»
C’est ainsi que la pétrolière Chevron Corp, toujours présente au Venezuela, a vu son titre croître de plus de 5% lundi, suivie par ExxonMobil et ConocoPhillips. Il en va de même des raffineurs comme Valero Energy et Marathon Petroleum ou des spécialistes d’équipements (puits, pipelines...) tels qu’Halliburton et Baker Hughes.
Tous sont susceptibles de profiter des 50 à 100 milliards $US d’investissements sur 10 ans qu’on estime être requis pour remettre sur pied l’industrie pétrolière du Venezuela. Le pays produit actuellement 900 000 barils de pétrole par jour, soit moins de la moitié des 2 millions de barils qu’il produisait quotidiennement au début des années 2010.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Pétrolières
- Chevron Corporation: +5,37%
- Exxon Mobil Corporation: +2,24%
- ConocoPhillips: +2,64%
Raffineries et expertises
- Valero Energy: +9,23%
- Marathon Petroleum: +5,93%
- Halliburton Company: +7,84%
- Baker Hughes Company: +4,09%
Les pétrolières canadiennes seront-elles perdantes?
Les développements au Venezuela ne représentent pas une menace immédiate pour l’industrie pétrolière canadienne, mais pourraient être problématiques d’ici quelques années.
Même si le pétrole vénézuélien est similaire à celui des sables bitumineux de l’Alberta, sa production demeure limitée – environ 900 000 barils par jour – et une remontée considérable prendrait des années faute d’infrastructures adéquates et de stabilité réglementaire.
Comme le souligne Angelo Katsoras, de Banque Nationale, les compagnies occidentales exigeront des garanties solides avant d’investir massivement.
À court terme, le pétrole vénézuélien serait surtout dirigé vers les raffineries du golfe du Mexique, tandis que le brut canadien alimente principalement le Midwest américain. La concurrence directe est donc lointaine.
Cette situation rappelle toutefois l’importance pour le Canada d’assurer l’accès à de nouveaux marchés grâce aux pipelines, notamment Trans Mountain, afin de réduire sa dépendance aux États-Unis et de renforcer sa position à long terme.
- Suncor Energy: -1,65%
- Imperial Oil Limited: -1,43%
- Cenovus Energy: -4,82%
- Canadian Natural Resources: -6,03%
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