Une dizaine d’hommes d’affaires du Québec vont investir deux millions de dollars dans les projets de Gazoduq et de GNL Québec (Énergie Saguenay) afin de souligner aux Américains l’intérêt des investisseurs d’ici.
« L’une des problématiques, c’est que les investisseurs québécois et canadiens n’étaient pas présents dans ce dossier. Les Américains étaient très déçus de voir que nous n’étions pas impliqués », a indiqué au Journal le fondateur de l’entreprise saguenéenne de construction Cegerco, Jeannot Harvey.
C’est ce dernier qui a amorcé ce mouvement des gens d’affaires des régions. Il a même rencontré à l’automne 2020, en Californie, l’un des promoteurs d’Énergie Saguenay, Jim Illich, pour avoir un portrait juste de la situation. Il a récolté depuis environ 2 millions de dollars auprès d’entrepreneurs québécois.
Il s’agit toutefois « de peanuts » par rapport à la facture globale estimée à 14 milliards $ pour ces deux chantiers, concède M. Harvey, qui a aussi fait un chèque à titre personnel « dans les six chiffres », en novembre, à la société en commandite Symbio Infrastructure, qui chapeaute GNL Québec et Gazoduq.
« Des projets comme cela, ça ne passe pas à tous les jours. [...] Économiquement parlant, on pense que cela a du bon sens pour nos régions », a-t-il avancé, ajoutant qu’il y a d’autres choses que le REM et le tramway.
« La sortie qu’on fait n’est pas pour stimuler l’investissement, c’est plutôt un message de support de nos régions et de mobilisation des entrepreneurs », a souligné pour sa part Jérémie Fournier, président chez L. Fournier & Fils, une compagnie située à Val-d’Or.
Le projet Énergie Saguenay prévoit la sortie de terre d’une usine de liquéfaction de gaz naturel au port de Grande-Anse. Le gazoduc entre l’Ontario et le Saguenay atteindrait une longueur de 780 kilomètres.
Les sommes ramassées iront chez Symbio Infrastructure. Pour se joindre au groupe d’investisseurs, les responsables ont demandé aux chefs d’entreprise d’ici d’injecter « au minimum 100 000 $ US », soit plus ou moins 125 000 $ CA. En échange, ils prendront des participations dans cette compagnie.
D’autres entrepreneurs pourraient se joindre à ce mouvement au cours des prochaines semaines, fait valoir M. Harvey, qui ne cache pas son intérêt à soumissionner sur le projet pour la construction de l’usine, s’il va de l’avant.
Plusieurs défis
Cette sortie des gens d’affaires survient alors que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a jusqu’à demain pour remettre au ministère de l’Environnement son rapport concernant ces chantiers.
Initialement, il devait être déposé avant le 13 janvier.
Ces dernières années, les projets de pipeline Gazoduq et d’Énergie Saguenay ont fait couler beaucoup d’encre. En 2020, l’un des investisseurs majeurs, soit la firme de Warren Buffett, Berkshire Hathaway, avait choisi de passer son tour, évoquant les blocus autochtones et le contexte politique général au Canada. Ce fonds analysait la possibilité d’injecter jusqu’à 4 milliards $.
Depuis, la société Symbio Infrastructure tenterait de boucler son financement auprès d’investisseurs privés. Aucun investissement n’a été annoncé par Québec ou Ottawa.
Plusieurs organisations environnementales ont aussi annoncé publiquement leur désaccord pour ces projets, qui divisent également la population.
Gazoduq et GNL Québec (Énergie Saguenay)
◆ Facture totale de 14 milliards $
◆ Construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay
◆ Construction d’un gazoduc de 780 km entre le nord-est de l’Ontario et le Saguenay
◆ Les principaux investisseurs derrière la société en commandite Symbio Infrastructure, qui chapeaute GNL Québec et Gazoduq, sont les Américains Jim Breyer et Jim Illich.

