Ils sont là «pour faire de l'argent»: le gouvernement a laissé le champ libre à l'industrie des pesticides et fertilisants chimiques


Annabelle Blais
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Avant d’interdire ou de limiter l’usage de pesticides, le gouvernement devrait offrir un meilleur accompagnement des agriculteurs et réinvestir dans la recherche, deux créneaux qu’il a délaissés au profit de l’industrie, croit l'Union des producteurs agricoles (UPA).
«Le gouvernement s’est retiré beaucoup de la première ligne», explique Julien Pagé, vice-président de la section Montérégie de l’UPA. Selon lui, cette absence a laissé le champ libre à l’industrie des fertilisants chimiques et des pesticides pour accompagner les agriculteurs et accroître l'utilisation de leurs produits.
L’UPA-Montérégie souhaite donc être mieux accompagnée par Québec et essaie à son tour d’occuper ce terrain avec des producteurs et «ambassadeurs» avant-gardistes qui servent d’exemples, explique M. Pagé.
Il ajoute que l’UPA-Montérégie a mis en place le programme ALUS, qui paye les agriculteurs pour améliorer la qualité de l'eau et des sols, que ce soit en plantant des haies brise-vent ou des bandes riveraines végétalisées qui filtrent et limitent l’apport de sédiments et pesticides dans les rivières.
«On n’a pas beaucoup d’appui, on demande aux municipalités, mais c’est difficile et aucun gouvernement ne le finance», déplore M. Pagé.
Le programme est notamment financé par des partenaires privés comme des concessionnaires de machineries. «On fait attention, on ne veut pas avoir Bayer [une compagnie de pesticides], parce que je veux avoir des gens qui ont vraiment à cœur d’améliorer notre environnement», insiste-t-il.
Plus de recherche
En revanche, lorsque le gouvernement ou les villes tentent de restreindre l’usage des pesticides, l’UPA-Montérégie tique.
«Notre position au sujet des pesticides est d'avoir le plus d'outils possible [...]; et pour réglementer davantage, il faut avoir l'expertise nécessaire», explique M. Pagé.
L'agriculteur cite en exemple le règlement gouvernemental de 2018, lequel a limité l’usage de néonicotinoïdes, c'est-à-dire des insecticides qui tuent les abeilles.
Depuis ce resserrement, la présence de ces pesticides dans les rivières tend à diminuer. Par contre, on remarque une augmentation du chlorantraniliprole, un autre insecticide toxique.
«Celui qui remplace les néonics, il tue les poissons. Donc qui veut-on sauver? dit M. Pagé. L'industrie est là pour faire de l'argent et s'ils n'ont plus le droit d'utiliser un produit, ils vont en utiliser un autre. Est-ce que l'autre est moins nocif, on ne le sait pas, parce qu’il n’y a pas d’études sur lui», illustre-t-il.
Le ministère compte toutefois resserrer l’usage du chlorantraniliprole prochainement.
«Show de boucane» des villes
Quant aux villes qui commencent à bannir le glyphosate (Roundup) comme Montréal, Granby et bientôt Québec, M. Pagé n’est pas plus impressionné.
«Montréal bannit le Roundup sur son territoire à l'exception des golfs et, pour moi, c'est un show de boucane», dit-il.
Malgré tout, le volume des pesticides vendu continue d’augmenter et a atteint un sommet en 2021.
«Mais il faut voir si la matière active est plus ou moins nocive. Il faut aussi voir qui achète. Les agriculteurs? Les clubs de golf? Les villes?», demande M. Pagé
M. Pagé précise que le «but n’est pas d’aller trouver un coupable», mais de dire que l’objectif est que le monde y mette du sien pour améliorer le bilan.
Vente record de pesticides
Selon le rapport des ventes de pesticides de 2021, les ventes de pesticides pour le milieu urbain représentent 20% des ventes totales, contre 72% dans le milieu agricole. Les pesticides pour le jardinage représentent la plus grosse part des pesticides utilisés en milieu urbain (78%), alors que l’entretien des espaces verts et des terrains de golf représente environ 12% des ventes. Les ventes en milieu urbain ont doublé depuis 2019, surtout en raison de la popularité grandissante de la farine de gluten de maïs, un biopesticide utilisé pour tuer les pissenlits.