Pénurie de place? Non. Pénurie d'éducatrices? Oui!

Allison Fortier, éducatrice
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Fin 2020, plus de 88 263 demandes ont été dénombrées sur le guichet d’accès unique pour l’inscription à un service de garde au Québec, la fameuse Place 0-5. 88 263 familles dans l’attente d’un miracle. Des chiffres alarmants qui font dresser les cheveux sur la tête des futurs parents.
Le gouvernement prend position et le ministre Mathieu Lacombe annonce la création de 22 000 places supplémentaires. Des mots réconfortants certes... mais vides de sens. Parce qu’avant d’envisager de créer des places par milliers, M. Lacombe, encore faut-il s’assurer d’avoir les ressources compétentes en nombre suffisant pour prendre soin des enfants qui occuperont ces places. En prenant la voie sur laquelle vous vous engagez, vous consentez à diminuer la qualité du service aux familles et à négliger le bien-être de nos adultes de demain.
En crise
Le milieu de la petite enfance est en crise comme jamais dans son histoire et un sondage réalisé par le mouvement Valorisons ma profession révèle que près de la moitié des éducatrices en poste envisagent un changement de carrière dans les trois prochaines années. Remarquez, ça se comprend ! Métier traditionnellement féminin, les éducatrices font face à un salaire misérable, une quasi-absence d’avantages sociaux et un faible soutien institutionnel. La reconnaissance au travail, ça vous dit quelque chose, M. Lacombe ?
En mai dernier, vous mettez en place un nouveau projet de règlement qui prévoit un assouplissement des exigences de formation du personnel éducateur, faisant passer le ratio d’éducatrices qualifiées à 1 sur 3 plutôt que 2 sur 3. Une claque au visage pour toutes ces éducatrices diplômées et celles qui s’évertuent à poursuivre leur formation. Vous viendrait-il à l’esprit d’appliquer le même ratio en ce qui concerne la Technique de soins infirmiers ou encore la Technique policière ? Pourquoi sommes-nous prêts à fermer les yeux de cette façon lorsqu’il s’agit de nos enfants ? Le message que vous nous envoyez est clair : n’importe qui peut faire ça. Vraiment ?
Nous, éducatrices, nous évertuons depuis de nombreuses années déjà à nous émanciper de ce statut de « gardienne » qui nous colle à la peau. Planifier, organiser des activités, favoriser l’épanouissement de l’enfant à tous les niveaux, observer et déceler les difficultés individuelles, appuyer, soutenir, instruire les parents, collaborer avec d’autres professionnels de la petite enfance, et j’en passe. La profession d’éducatrice est un métier riche et complexe qui nécessite des compétences particulières et un savoir-faire à large spectre.
Colère
En tant qu’éducatrice, c’est de la colère que je ressens lorsque je vois le chemin que vous empruntez. Lorsque je constate que ma formation académique, dans laquelle j’ai investi tant d’énergie, ne vaut rien à vos yeux. Lorsque j’entends dans vos décisions que vous consentez à revoir à la baisse les standards de qualité de nos services de garde à l’enfance.
Arrêtez de vous acharner à créer des places vides, et oubliez vos mesures pour encourager les inscriptions au programme de formation à la petite enfance. Elles sont inutiles parce que bien peu de gens sont prêts à remplir toutes les fonctions d’une éducatrice pour le maigre salaire offert.
Augmentez plutôt nos salaires à la mesure de notre profession, ramenez-nous nos ratios de formation exigés et reconnaissez le parcours académique et professionnel des éducatrices qualifiées.
Parce que ce n’est pas vrai que n’importe qui peut faire ça.

Allison Fortier, Éducatrice qualifiée, Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier