Payer ses impôts à crédit: une solution risquée

Emmanuelle Gril
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Chaque année, de nombreux contribuables vivent un véritable choc lorsqu’ils reçoivent une facture salée de la part du fisc.
Et ils aggravent leur situation encore davantage en payant avec leur crédit.
Entrepreneur, travailleur autonome ou salarié avec des retenues insuffisantes ? Vous pourriez recevoir une facture importante après votre déclaration. Revenu Québec et l’ARC peuvent réclamer des montants pour vos impôts et cotisations (AE, RRQ, RQAP). Résultat : des centaines ou milliers de dollars à payer.
Une mauvaise idée
Charles-Antoine Gobeil, syndic autorisé en insolvabilité, président de Gobeil Groupe Conseil, explique qu’il voit régulièrement dans ses bureaux des contribuables dans une fâcheuse position après la période des impôts, à la fin du mois d’avril.
« Les gens considèrent généralement les dettes d’impôt comme très urgentes. Ils les placent en tête de liste, avant les factures de cartes de crédit », précise-t-il. Et puisqu’il est possible d’effectuer uniquement le paiement minimum sur ces dernières, les consommateurs ont l’impression de pouvoir étirer l’élastique et de retarder le remboursement indéfiniment.
Pour régler leurs impôts en revanche, ils vont agir dans l’urgence et avoir recours à leur crédit. Par exemple, en refinançant leur propriété, en utilisant leur marge de crédit, ou en effectuant des avances de fonds sur leurs cartes de crédit. Dans ce dernier cas, le taux d’intérêt sera plus substantiellement plus élevé que pour les achats, et il sera également appliqué dès le premier jour de la transaction. Il n’y a donc pas de période de grâce de 21 jours comme pour un achat, ce qui va alourdir encore davantage la facture.
Des contribuables peuvent aussi se rabattre sur leurs placements, ce qui constitue une solution risquée, en particulier s’il s’agit de REER puisque ce retrait générera une autre facture d’impôt.
Explorer d’autres solutions
Il est vrai que les dettes fiscales doivent être réglées rapidement, sans cela des pénalités et des intérêts viendront alourdir encore davantage la facture. De plus, les autorités fiscales peuvent retenir des sommes qui auraient dû être versées au contribuable, comme le crédit de TPS, de solidarité ou un remboursement d’impôt ultérieur.
« Néanmoins, si la personne était déjà dans une situation financière précaire, utiliser son crédit pour payer ses impôts va empirer sa situation encore davantage », constate Charles-Antoine Gobeil.
Son conseil : aller chercher de l’aide, explorer d’autres options et s’entourer de professionnels. Comme un courtier hypothécaire pour un refinancement, un conseiller financier ou encore un syndic autorisé en insolvabilité. « Le syndic pourra suggérer des solutions comme la proposition de consommateur ou la faillite », dit-il. Il précise d’ailleurs que les dettes d’impôt sont libérables et peuvent donc être incluses dans une faillite ou une proposition.
Prendre le taureau par les cornes
Sachez que les autorités fiscales sont généralement ouvertes à négocier une entente de remboursement étalée dans le temps. En cas de difficulté à régler vos impôts, prenez le taureau par les cornes et contactez-les. « La pire chose à faire est de ne pas donner signe de vie ou de cesser de produire ses déclarations de revenus », souligne Charles-Antoine Gobeil.
Il recommande de bien se préparer avant de contacter le fisc, savoir exactement combien on doit et avoir en tête un plan de remboursement à proposer.
CONSEILS
- Allez chercher de l’aide sans tarder si votre situation financière vous inquiète. Il est possible d’obtenir des consultations budgétaires gratuites dans le réseau des ACEF, présent aux quatre coins du Québec.
- En cas de lourd endettement, contactez une firme de syndic autorisé en insolvabilité. Ce sont les seuls professionnels autorisés à déposer une faillite ou une proposition de consommateur. Le processus est confidentiel et la première consultation généralement gratuite.