Patrik Laine: le CH pourrait profiter d’une échappatoire dans la convention collective


Nicolas Cloutier
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Le Canadien peut exploiter une échappatoire dans la convention collective s’il veut se sortir du pétrin dans l’épineux dossier de Patrik Laine, et ne pas devoir soumettre un attaquant au ballottage.
Dans la Ligue nationale, il y a un historique de directeurs généraux qui se sont retrouvés dans cette situation embêtante et qui ont savamment tiré profit des ambiguïtés du contrat de travail signé entre les joueurs et la partie patronale.
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Le fin renard qu’est Lou Lamoriello avait joué sur les zones grises à l’époque où il était DG des Maple Leafs. Lamoriello avait gagné du temps avant d’échanger l’attaquant Nikita Soshnikov aux Blues en 2018.
Ce qui embête le CH dans le cas de Laine, c’est la limite de 23 joueurs dans une formation imposée aux clubs de la LNH. Du moment qu’il sort de la liste des blessés, Laine fait passer le compte à 24.
L’article 13.9
Et s’il était envoyé à Laval dans le cadre d’un séjour de conditionnement régulier, son nom deviendrait actif dans la formation du Canadien, comme c’était le cas pour Samuel Montembeault durant son passage au nord de la ligne orange plus tôt cette saison. Le gardien québécois apparaissait encore dans la formation du Tricolore pendant ses deux matchs avec le Rocket.
Heureusement pour Kent Hughes et son maître de la gestion salariale, John Sedgwick, il existe l’article 13.9 de la convention collective.
Cet article stipule qu’un joueur qui était à l’infirmerie peut bénéficier d’un séjour spécial prévu pour les blessés à long terme (Bona Fide Long-Term Injury/Illness Exception Conditioning Loan). Dans ces dispositions, Laine peut être envoyé à Laval, s’il y consent, sans compter dans la formation de 23 joueurs du Canadien, mais seulement pour une limite de six jours et trois matchs. Une prolongation au-delà de cette durée peut d’ailleurs être négociée avec la LNH.

Et même après ces trois matchs, le CH peut décider de garder Laine sur la liste des blessés lorsque celui-ci revient de son séjour. L’interprétation du règlement est alors des plus arbitraires: les médecins de l’équipe peuvent juger inadéquate la forme du joueur, et ce, même s’il a été en action dans la Ligue américaine.
Le CH peut ainsi gagner du temps jusqu’à ce qu’il parvienne à une transaction avec une autre équipe.
Les ficelles du vieux Lou
C’est exactement ce qui était arrivé dans le cas de Soshnikov avec les Maple Leafs en 2017-2018.
Au mois de novembre 2017, Soshnikov est devenu admissible au ballottage après avoir joué trois matchs avec la formation torontoise. Les Maple Leafs l’ont alors laissé de côté.
Décembre 2017: les Maple Leafs ont inscrit le nom de Soshnikov sur la liste des blessés de façon rétroactive.
Février 2018: les Leafs ont invoqué l’article 13.9, soit le séjour de conditionnement prévu pour les blessés à long terme, pour envoyer Soshnikov dans la Ligue américaine sans qu’il compte dans la formation de 23 joueurs.
Soshnikov a alors été excellent avec les Marlies, récoltant cinq points en autant de matchs, et disputant même trois matchs en trois jours les 9, 10 et 11 février 2018.
Ce n’était pas suffisant pour que les Maple Leafs l’estiment apte à jouer! Au terme de son séjour, le 12 février, Soshnikov était de retour dans le giron de l’équipe, mais encore sur la liste des blessés des Maple Leafs.
Ces derniers restaient en conformité avec 23 joueurs dans leur formation; Josh Leivo s’apprêtait à être laissé de côté pour un 45e match consécutif sous les ordres de Mike Babcock. Kasperi Kapanen et Travis Dermott étaient les seuls joueurs des Maple Leafs qui pouvaient être envoyés dans la Ligue américaine sans passer par le ballottage.
Soshnikov a finalement été échangé aux Blues quelques jours plus tard, le 15 février 2018, en retour d’un choix de quatrième tour conditionnel en 2019, qui est devenu Nick Abruzzese.
Dix jours plus tard, il effectuait son retour au jeu dans la LNH, alors que les Blues visitaient les Predators.
Qu’à cela ne tienne, les Maple Leafs n’ont rien fait d’illégal par rapport à la convention collective. Il est dans la prérogative de la LNH d’enquêter, d’ailleurs, si elle le juge nécessaire.
Un DG intègre
Comme l’interprétation de la «forme de match» d’un joueur est abstraite et à la discrétion des standards des médecins du club, le passé nous prouve qu’il est possible d’acheter du temps avec un joueur qui a été longtemps blessé et doit retrouver ses jambes.
Détrompez-vous, il s’agit d’un dossier qui peut être mené avec respect et scrupule, en communiquant de façon régulière avec Laine et ses représentants. Hughes, un ex-agent, s’est bâti une réputation de DG très intègre auprès des joueurs, et Laine ne cracherait sans doute pas sur une occasion de se faire valoir avec une équipe pouvant lui offrir plus de temps de jeu.
Il y a sans doute moyen, ici, d’en venir à un dénouement qui ferait le bonheur des deux parties.