Patrick Roy n’est pas l’impulsif que l’on croit

Jean-Nicolas Blanchet
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«Je me fous des tirs bloqués. Les tirs bloqués sont comptabilisés par un gars qui est peut-être assis au McDonald’s.»
Cette savoureuse déclaration de Patrick Roy, lundi soir, après la défaite crève-cœur des Islanders contre la Caroline, a été reprise dans plusieurs émissions et médias sportifs.
Est-ce que Patrick Roy se fiche vraiment de cette statistique? Peut-être. Il n’en demeure pas moins que les tentatives de tirs dans ce match ont été de 110 pour les Hurricanes et de... 28 pour les Islanders.
C’est atroce. Et ça, Patrick Roy en est bien conscient.
New York a bloqué 39 lancers. Pour vous donner une idée, les Islanders en bloquaient 18,6, en moyenne par match, en saison régulière en moyenne. Ils ont été l’équipe qui a bloqué le plus de tirs, soit 1552, durant toute la saison.
Donc à 39, c’est monstrueux.
Froidement, ce que ça veut dire, c’est que les Islanders ont peut-être failli gagner les deux premiers matchs de la série contre les Hurricanes.
Mais ils ont aussi failli se faire démolir.
Ce n’est toutefois pas de ça que les gens parlent. Ils parlent de cette déclaration de Patrick Roy sur le McDo. Ils parlent de la comparaison que Patrick a faite entre son équipe et le Canadien de 1993, mardi.
Ça ne parle pas des attaquants qui déçoivent ou de la défensive qui tourbillonne.
Prendre la chaleur pour l’équipe
La pression passe des joueurs à Patrick Roy. Il prend toute la chaleur et réussit à changer le narratif. Pas au complet, mais en partie, tout de même.
C’est ça, la technique Patrick Roy. Et au fil des ans, il a très bien compris comment aider son équipe de cette façon.
Il le faisait déjà il y a 18 ans à sa première année derrière le banc des Remparts. C’était avec un peu moins de délicatesse, j’en conviens, mais cela a déjà fonctionné pour lui.
Retour en arrière: c’était en 2006, et Roy dirige les Remparts qui sont à Moncton pour la Coupe Memorial. Durant un point de presse, Roy déclare que le gardien des Wildcats est dû pour connaître un mauvais match et que Moncton est dû pour perdre après 16 victoires de suite à domicile.
L’entraîneur des Wildcats, Ted Nolan, réplique alors «qu’il existe de bons athlètes, mais [que] ça n’en fait pas nécessairement de bonnes personnes».
Évidemment, le résultat a été le même que pour les tirs bloqués des Islanders comptabilisés au McDonald’s.
Peu de gens parlaient de la puissance des Wildcats, champions des séries de la LHJMQ, ou des chances minimes des Remparts de gagner.
Ça jasait de ce combat de coqs entre Roy et Nolan.
Et les Remparts ont éventuellement battu Moncton 4 à 3 (des Wildcats qui comptaient notamment sur Keith Yandle et Brad Marchand) en finale pour remporter la Coupe Memorial.
Même l’année passée
Puis, l’an dernier, en demi-finale, les Remparts étaient opposés à Gatineau. C’est un bon test pour Québec alors que les Olympiques arrivent là après avoir marqué 53 buts contre neuf alloués depuis le début des séries.
Les Remparts, eux, ont peut-être gagné tous leurs matchs dans les deux premières rondes, mais ils ne jouent pas leur meilleur hockey.
Mais ce n’est pas seulement de ça que les gens parlaient quand cette série s’est amorcée. C’était plutôt que Patrick Roy a rabroué notre journaliste Kevin Dubé, car il a prédit une victoire de Gatineau en sept matchs.
Les Remparts ont ensuite balayé la série... puis ils ont remporté le Trophée Gilles-Courteau et la Coupe Memorial.
«Le calendrier de marde»
Autre exemple: en 2019, les Remparts connaissent une fin de saison difficile. Mais il n’est pas beaucoup question de ça à l’aube des séries.
Ce qui retient l’attention, c’est la sortie en règle de Roy contre la LHJMQ, après le dernier match, sur le «calendrier de marde» de son équipe.
Cette fois-là, par contre, la magie n’opère pas. Les Remparts ont disputé sept matchs contre les Mooseheads de Halifax, mais ils ont perdu le dernier.
Mais ça demeure un autre exemple de Roy qui dit «par ici la chaleur, je vais la prendre, moi».
Il est souvent question de son impulsivité, de son intensité et de ses fortes émotions. Je crois que ça lui va parfaitement, si plein de gens croient ça. Mais en réalité, tout est beaucoup plus calculé, stratégique et très bien réfléchi.
Il reste maintenant à voir si le gars assis au McDo comptera moins de 110 tirs tentés vers le filet d’Ilya Sorokin, jeudi.