Patrick Roy et l’éléphant dans la pièce nommé Lou
L’entraîneur québécois doit commencer à se demander en batinse ce qu’il fait à New York

Jean-Nicolas Blanchet
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Si je pouvais prendre une bière avec n’importe quel dirigeant de hockey dans le monde, je choisirais Lou Lamoriello. Mais si je voulais un dirigeant de hockey pour gagner la Coupe Stanley, je ne choisirais assurément pas Lou Lamoriello. Plus maintenant.
Il est fascinant, le parcours du légendaire Louis, de son vrai prénom. Il n’avait même pas 40 ans et dirigeait les sports d’une université américaine. Je n’étais pas né et il était le président des Devils. Le salaire minimum était à 4,55$ au Québec. Bref, ça fait un méchant bout qu’il est un bonze du hockey.
Quand il a approché Patrick Roy pour le poste d’entraîneur-chef des Islanders, ce dernier a été rapidement conquis. On le comprend. Ça doit être plutôt motivant et gratifiant quand un monsieur comme Lamoriello te fait de l’œil.

Mais la réalité, c’est que ça ne va pas du tout, les Islanders. Et ce désastre, c’est de la faute à Lamoriello, qui en est à sa sixième saison à New York.
Le plus gros problème, c’est que rien n’indique que ça ira mieux à moyen terme. Au contraire.
Les Islanders, présentement, c’est comme un gars qui arrive à une table de poker en pensant avoir une chance de gagner même s’il vient de se faire planter à trois autres tables et qu’il n’a presque plus d’argent. Il pense pouvoir se «refaire» avec un peu de chance et répète les mêmes bêtises.
Tout va mal
Au niveau de la banque d’espoir, les Islanders sont parmi les pires clubs de la LNH. La formation new-yorkaise n’a pas sélectionné au premier rang quatre fois lors des cinq derniers repêchages.
On s’en fout si l’équipe avait été aspirante à la Coupe Stanley. Mais ce n’est même pas proche.
L’équipe n’a pas gagné une ronde en séries depuis trois ans.
Depuis l’arrivée de Lamoriello, en 2018, les Islanders pointent au 17e rang en termes de points au classement. Le problème, c’est que toutes les équipes après eux ont été ou sont en reconstruction.
L’an dernier, les Islanders ont réussi à rentrer en séries. Mais ça demeurait un club ordinaire. Toutes les statistiques avancées exposent que l’équipe avait joué au-delà de son talent.
Depuis l’arrivée de Lamoriello, les Islanders marquent en moyenne 2,81 buts par match. C’est bon pour le 27e rang dans la LNH. Comment voulez-vous que l’équipe gagne plus de matchs qu’elle en perd?

C’est un des pires clubs de la ligue en avantage numérique depuis deux ans.
C’était la pire équipe de la LNH en désavantage numérique l’an dernier.
C’est une des équipes qui obtiennent le moins de tirs au filet depuis deux ans.
C’est une des équipes les plus vieilles de la LNH.
Elle était ce matin avant-dernière de sa conférence.
Donc, quand je vous dis que tout va mal...
Des transactions qui font mal
Et si on regarde ce que Lamoriello a réalisé comme transactions depuis son arrivée, on ne voit pas beaucoup de coups de circuit. C’est l’opposé.
Le défenseur Devon Toews a joué 116 matchs avec les Islanders. C’était ses débuts dans la LNH. Il avait récolté 46 points. Lamoriello, qui ne voulait pas lui accorder un trop gros contrat, l’a envoyé en 2020 au Colorado contre deux choix de deuxième ronde qui n’ont jamais joué à New York. L’Avalanche lui a offert 4,1 M$ par année et il est devenu un des meilleurs défenseurs et une des meilleures aubaines de la LNH. Son différentiel de... attachez vos tuques, +162 depuis son arrivée au Colorado le place au sommet de la ligue, facilement.
L’acquisition de Bo Horvat risque aussi de mal vieillir dans un club moyen comme les Islanders. Il empochera 8,5 M$ jusqu’en 2031. Il sera rendu à 35 ans. C’est beaucoup pour un gars qui a fait plus de 60 points seulement deux fois en 11 saisons dans la LNH. Et le hic, c’est que les Islanders ont perdu un premier choix pour l’obtenir. C’est le Suédois Axel Sandin-Pellikka, qui est un des plus beaux espoirs à la défense dans la LNH.
On peut aussi parler du contrat de 7 ans que Lamoriello a accordé à Pierre Engvall pour un montant de 21 M$. C’était après une saison de 21 points. Engvall est donc lié aux Islanders jusqu’en 2030. Le géant suédois a commencé l’année dans la Ligue américaine de hockey cette année, pour vous donner une idée de comment c’est en train de virer, cette signature.
J’adore Jean-Gabriel Pageau. Mais 30 points pour un joueur payé 5 M$ durant 6 ans, même s’il n’est pas là pour remplir le filet, ce n’est pas assez. Surtout qu’il a été échangé contre des choix de première et deuxième ronde. Un d’entre eux est devenu Ridly Greig, qui, à 22 ans, à Ottawa, fait déjà sa place comme agitateur capable de contribuer.
Lamoriello doit partir
Je crains d’être taxé d’âgisme, mais j’aurais le même discours si Lamoriello avait 42 ans. On peut bien respecter tout le travail exceptionnel qu’il a accompli durant sa carrière, mais avec les Islanders, il n’a pas été bon. Il n’a vraiment pas été bon. L’équipe s’en va nulle part par sa faute.
C’est impossible dans un marché comme celui de New York de reconstruire comme le fait le Canadien. La compétition est trop forte avec les autres divertissements new-yorkais. Mais il y aurait eu moyen de penser un peu plus loin que la fin de l’année, chaque année.
À 82 ans, est-ce que Lamoriello peut finalement concevoir un plan pour permettre aux Islanders d’être bons dans quelques années? Sûrement, mais, il doit commencer au plus vite. Sinon, il doit s’en aller et Patrick Roy doit prendre les commandes pour sauver le naufrage.
Roy doit commencer à se demander en batinse ce qu’il fait à New York.