Pas besoin de nouveaux barrages hydroélectriques au Québec
La CAQ manque de vision en matière énergétique, croit un expert réputé

Annabelle Blais
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Parler de construire des barrages hydroélectriques pour répondre à nos besoins démontre l’absence de vision du gouvernement Legault en matière de transition énergétique, croit un expert.
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Pierre-Olivier Pineau, directeur de la chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, espère que son livre Équilibre énergétique qui paraît aujourd’hui aidera les politiciens à élaborer un meilleur plan.
« Nos dirigeants ne sont pas des experts en changements climatiques ou en énergie, explique M. Pineau, un des spécialistes les plus sollicités en la matière au Québec.
« Ce sont des gens qui se font élire avec certaines idées et qui n’ont pas les connaissances techniques et qui ne sont pas forcément à l’écoute de ce que leurs fonctionnaires disent. »
Par exemple, au sujet des barrages hydroélectriques mis de l’avant par le premier ministre François Legault en campagne électorale, M. Pineau nous dit : « C’est vraiment l’ignorance qui avait une tribune et qui ne comprenait pas qu’il n’y a pas vraiment d’opportunité pour des barrages au Québec à court terme. »
Selon lui, les coûts de ces barrages seront trop élevés et ils devraient être construits dans des lieux contestés.
Sans une sobriété énergétique d’abord, on ne peut justifier de saccager des rivières, dit-il.
«C’est malheureux que l’absence de plan [...] l’ait fait mettre ça sur la place publique», poursuit M. Pineau à propos de M. Legault.
Confusion
L’expert est aussi critique envers le ministre de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, qui a évoqué de moduler les tarifs résidentiels d’hydroélectricité en période de pointe et a suggéré aux Québécois de laver la vaisselle à minuit en associant cela à de la sobriété énergétique. M. Legault a toutefois rapidement fermé cette porte, du moins à court terme.
M. Pineau attribue cela à un manque de vision à la CAQ. «Il n’y en a pas du tout [de vision], dit-il. La sobriété ce n’est pas faire partir son lave-vaisselle à minuit, ça ne réduit en rien la consommation, ça la déplace», dit-il avant de préciser être favorable à un système de consommation plus flexible.
Changer ses habitudes
Mais la sobriété énergétique doit se traduire par une diminution de notre consommation, insiste-t-il.
Parmi les différentes solutions pour réussir notre transition énergétique, selon lui : faire payer davantage les pollueurs, ajuster les tarifs d’hydroélectricité en coupant les subventions et rabais aux industries et aux Québécois, mieux isoler nos résidences et cesser de construire des maisons toujours plus grandes et d’acheter des VUS.
Les véhicules électriques ne sont pas la solution
Le gouvernement Legault fait fausse route en misant surtout sur l’électrification des transports comme principale réponse à nos problèmes de gaz à effet de serre (GES), croit le professeur Pierre-Olivier Pineau.
Premier ministre
«Ce n’est pas ajouter des VÉ qui devrait être la priorité de nos sociétés, mais réduire le nombre de véhicules», écrit-il dans son livre Équilibre énergétique.
Les voitures électriques [VÉ] vont faciliter l’étalement urbain, qui contribue à la destruction d’écosystèmes et crée une demande énergétique supplémentaire pour les infrastructures, de dire M. Pineau.
L’expert souligne que tous les contribuables payent pour l’expansion du réseau routier. «C’est une grande tricherie parce qu’on collectivise tous ces coûts [des routes] sans se rendre compte de l’impact que ça a [...] alors qu’on devrait plutôt limiter nos transports et limiter notre occupation du territoire», croit-il.
Péages et taxes
Le gouvernement devrait notamment développer le transport ferroviaire et imposer des contraintes aux automobilistes, croit-il. Il cite les péages ou encore une taxe kilométrique où l’automobiliste paye selon les kilomètres parcourus.
«Les usagers utilisent beaucoup trop ce qui est gratuit et cela explique grandement les problèmes d’étalement et de prolifération de véhicules polluants», écrit-il.
L’électrification des camions lourds sera aussi très compliquée à réaliser à grande échelle. De plus, les matériaux des VÉ augmenteront nos besoins en acier, en aluminium, en cobalt, en nickel et en lithium et leur production et extraction représentera une source importante de GES.
Courage politique
Mais pour imposer des contraintes et réussir le virage énergétique, il faudra du courage politique.
«Et en campagne électorale, ce n’est pas payant, souligne M. Pineau. C’est pourquoi ça prend des gens comme moi qui écrivent des livres pour essayer d’expliquer que ces contraintes ne sont pas là pour brimer les gens et que si on ne les prend pas en compte maintenant on va payer un prix beaucoup plus grand dans le futur.»
Parmi les plus grands consommateurs
Le Québec «se trouve donc dans le peloton de tête des régions du monde avec la plus grande part d’énergie renouvelable» (46 %). Or notre consommation énergétique par habitant est quatre fois plus élevée que la moyenne mondiale et même que celle, par habitant, de la Chine. L’hiver n’explique pas tout puisque la Norvège consomme 27 % moins d’énergie par personne que nous.
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