Par amour pour sa famille, Laurent Lucas a surmonté une peur inattendue
Nathalie Slight
Partager
Installé au Québec depuis plus de deux décennies, Laurent Lucas incarne avec brio des personnages aussi complexes que captivants. Entre les tournages de la série Dumas et les répétitions du spectacle musical Évangéline, le comédien d’origine française partage ses réflexions sur ses rôles intenses, sa vie en campagne et ses aventures transatlantiques... parfois rocambolesques!
• À lire aussi: Monic Néron est en couple avec Bruno Marchand, le maire de Québec
• À lire aussi: «Véronique et les Fantastiques» perd trois Fantastiques: voici de qui il s'agit
• À lire aussi: Guy Jodoin quitte «Le Tricheur» après 15 ans à l’animation
Laurent, qu’est-ce qui attend ton personnage dans la deuxième saison de Dumas?
Pierre-Henri Cazal s'est associé à Stéphanie (Isabel Richer), l'ex-femme de Jean Dumas (Gildor Roy). Évidemment, ça ne se passe pas très bien, parce qu’ils ont tous les deux de forts caractères. Au départ, mon personnage était censé prendre sa retraite, mais il n’a finalement plus envie de laisser aller son entreprise de sécurité privée, rivale de celle de Jean Dumas. Ambitions, mensonges, non-dits... encore une fois, c’est du grand Luc Dionne!
Ton personnage est-il toujours aussi méchant?
Attention, du point de vue de mon personnage, le véritable méchant, c’est Jean Dumas! (rires) C’est plutôt ironique parce que, la première fois que j’ai rencontré Gildor Roy pour cette série, il m’a confié à quel point il était heureux d’incarner un méchant. Visiblement, il sous-estimait son capital de sympathie auprès du public. Même si Jean Dumas n’a absolument rien à avoir avec le commandant Daniel Chiasson de District 31, les gens l’aiment quand même!
En quoi Pierre-Henri Cazal est-il différent des autres personnages que tu as incarnés jusqu’à présent?
Au départ, j’ai réfléchi sur ce qui le différencie de Jean Dumas. Oui, ils exercent le même boulot, mais Cazal est accro à l’adrénaline. Voilà pourquoi des bandits figurent parmi ses clients: parce que le danger l’excite! Même quand il se retrouve sur le point de perdre son entreprise, il trouve ça grisant. Ce trait de personnalité est tellement bien installé pour mon personnage que, même lorsqu’il se montre plus vulnérable, le public est persuadé que c’est calculé.

Tu es aussi du thriller Classé secret. Cette fois, tu incarnes un véritable méchant!
Ce mec est un véritable psychopathe c'est-à-dire qu'il n'a vraiment aucune empathie pour l'humain en face de lui. Pour créer ce personnage, l’auteur s’est inspiré d’un mercenaire français qui a véritablement existé : Bob Denard. Ce dernier créait des coups d’État, pour déstabiliser les gouvernements en place. J’ignore quelles étaient ses motivations, mais une chose est certaine : il a vécu intensément.

D’origine française, tu habites au Québec depuis 23 ans maintenant. Te considères-tu davantage français ou comme québécois?
C’est intéressant comme question. Pendant des années, même si j’habitais ici avec ma petite famille, je me considérais davantage français. Quand j’allais en Europe, j’avais l’impression de rentrer à la maison. Depuis à peu près cinq ans, une transition s’est graduellement effectuée dans ma tête, dans mon cœur. Le Québec, c’est maintenant chez moi.
À quoi attribues-tu ce déclic?
À deux choses. Premièrement, ça coïncide avec le fait que je travaille davantage de ce côté-ci de l’océan. Lorsque je vais acheter des trucs chez Rona, les gens me disent qu’ils m’ont vu à la télévision. Mine de rien, cette reconnaissance m’aide à me sentir plus intégré dans la société québécoise. Deuxièmement, mon déménagement à la campagne en 2021 y est certainement pour quelque chose.
Que veux-tu dire?
Comme Montréal est une ville cosmopolite, j’étais un immigrant parmi tant d’autres. Dans les Basses-Laurentides, avec la forêt, les chiens, les chevaux, je me sens vraiment québécois. D’ailleurs, le mois dernier, ma famille est venue me visiter pour célébrer mon 60e anniversaire. C’était la première fois que mes proches séjournaient chez moi à la campagne. La forêt, les grands espaces, les animaux... ils ne voulaient plus repartir! (rires)
Les membres de ta famille sont-ils surpris de ton choix de vie?
Oui. Et c’est tout à fait normal puisque même moi, je n’en reviens toujours pas! (rires) Jamais je n’aurais pensé un jour vivre à la campagne et surtout, avoir des chevaux. Mes fils Romaric (25 ans) et Corentin (24 ans) n’habitaient déjà plus avec moi lorsque j’ai fait l’acquisition de ces animaux, pour ma femme et ma fille, qui sont toutes deux passionnées d’équitation. J’avais peur des chevaux, mais à force de prendre soin d’eux, de leur donner à manger, de ramasser leurs crottins, mes craintes ont complètement disparu. Un troisième cheval s’est récemment joint à notre famille. Il se nomme Surdoué et porte très bien son nom. Ce géant sait tout faire et il est doux comme un agneau.
Retournes-tu souvent en Europe?
Oui, régulièrement. L’hiver dernier, je suis allé en Belgique pour tourner un film. Plus récemment, j’ai passé une semaine à Londres avec ma fille, âgée de 14 ans. Je me suis donné comme mission de lui faire découvrir une ville d’Europe par été. Petite anecdote en passant, j’ai oublié ma carte de résident permanent à la maison. Lorsqu’est venu le temps d’embarquer dans l’avion à Londres, je n’ai pas pu passer les douanes.
Qu’as-tu fait?
Ma fille Charlie est revenue toute seule au Canada. De mon côté, je me suis rendu à Paris, pour attendre la fameuse carte, que ma femme m’avait envoyée par courrier express. Un petit oubli qui m’a coûté cher, mais voyons le bon côté des choses : ça m’a permis de prendre pour la toute première fois de ma vie le tunnel sous la Manche! J’ai également visité Notre-Dame de Paris, rouverte depuis quelques mois seulement, après avoir été ravagée par un incendie en 2019.

À quand ton prochain séjour de l’autre côté de l’océan?
J’étais censé effectuer plusieurs allers-retours au cours des prochains mois, puisque j’ai décroché un rôle d’enquêteur dans un thriller français destiné à la chaîne HBO. Malheureusement, les dates de tournage ne concordaient pas avec l’horaire de tournée du spectacle musical Évangeline, j’ai donc décidé de poursuivre avec ce dernier projet.
Nous pourrons t'entendre chanter pour une première fois sur scène?
Eh non! (rires) Je chante, mais pas de façon professionnelle. D’ailleurs, j’ai d’abord refusé le rôle de père Félix, car je me voyais mal pousser la note aux côtés de vrais chanteurs. La production m’est revenue quelques semaines plus tard avec une offre que je ne pouvais refuser : mon personnage serait le seul à ne pas chanter. Moi qui souhaite explorer diverses facettes de mon métier, je suis comblé avec ce spectacle musical. La troupe, la scène, la tournée, le sujet poignant qu'est la déportation des Acadiens en 1775... tout m’enchante de ce beau projet qui me fait sortir de ma zone de confort!