Oui, détruire le Stade olympique pourrait coûter 2 milliards $ (et ça serait un paquet de trouble)


Gabriel Ouimet
Partager
«C’est un stade unique. Il n’y a rien de comparable dans le monde au niveau du béton utilisé»: un économiste de la construction explique pourquoi ça pourrait coûter 2 milliards de dollars pour démolir le Stade olympique, comme l’a récemment évoqué le gouvernement Legault. Comment se fait-il que de nombreux autres amphithéâtres aient été démolis pour une fraction de ce prix dans les dernières années? On vous explique.
• À lire aussi: Pourquoi des villes plus petites que Montréal ont de plus gros métros
Beaucoup (beaucoup) de béton
La raison principale pour laquelle détruire le Stade olympique de Montréal pourrait coûter aussi cher que 2 milliards de dollars, c’est parce qu’il est fait de béton précontraint. Contrairement au béton armé conventionnel, le béton précontraint comporte des câbles d’acier sous tension qui compliquent grandement la démolition, explique l’économiste en construction Frédéric Boisvert.
«Quand on démolit une structure de béton du genre, il faut s’assurer de bien casser l’enrobage de béton sans endommager la structure, parce que ça peut causer des accidents. Il y a des considérations importantes en matière de sécurité», précise-t-il.
Si l'un de ces câbles était sectionné, l’énergie libérée risquerait ainsi de projeter de lourds blocs de béton sur plusieurs mètres.
Pour démolir le Stade de manière sécuritaire – tant pour les travailleurs que pour les habitants des quartiers avoisinants –, oubliez donc les méthodes traditionnelles, comme le dynamitage ou la boule de démolition. Il faudrait le faire pièce par pièce.
Pas le seul stade avec de telles contraintes
Comme le rapportait Le Journal le 17 février, le Stade olympique de Montréal n’est toutefois pas la seule structure de cette envergure construite en béton précontraint. Dans les dernières années, d’autres stades similaires ont même été détruits en Amérique du Nord pour une fraction du prix.
En raison de sa proximité avec d’autres bâtiments, l’ancien Yankee Stadium, à New York, a été démoli pièce par pièce. Montant de la facture: 47,3 millions de dollars. Dans le New Jersey, la démolition du Giant Stadium d’East Rutherford a coûté seulement 18,9M$.
Comment expliquer alors le montant de 2 milliards de dollars pour démolir le Stade?
Par la quantité de béton qui a été utilisé pour sa construction, principalement.
«Je ne crois pas qu’on puisse comparer ces stades au Stade olympique de Montréal, qui est une structure unique au monde», souligne Frédéric Boisvert.

«Au niveau des volumes de bétons, à ma connaissance, il n’y a rien de comparable dans le monde, ou du moins en Amérique du Nord.»
Le Stade olympique contient 400 000 mètres cubes de béton. En comparaison, le Yankees Stadium et le Giant Stadium en contenaient environ 30 000 mètres cubes chacun, soit 13 fois moins.
Démolir cette quantité de béton de manière sécuritaire demanderait donc «énormément de temps, de coûts et d’efforts», conclut M. Boisvert.
Aucune étude récente
Les 2 milliards de dollars avancés par Québec pour la démolition du Stade sont tirés d’une «analyse préliminaire» effectuée il y a plus de 20 ans (en 2003), puis actualisée par la suite en 2009, rapportait Le Journal. Les coûts obtenus de l’époque (entre 500 et 700 M$) furent récemment indexés au coût d’aujourd’hui pour s’approcher des 2 G$ avancés. Le résultat de cet exercice tient sur une seule page.
Le Journal a obtenu la confirmation qu’aucune autre étude n’a été commandée ou produite sur le sujet depuis 15 ans, soit depuis la dernière mise à jour produite pour la défunte Régie des installations olympiques (RIO) de 2009.
− Avec Le Journal