Oui, d’autres athlètes risquent d’avoir des problèmes gastriques après avoir nagé dans la Seine
Une enquête de Mediapart expose les «mauvais chiffres que les organisateurs des JO voulaient cacher»


Jean-Nicolas Blanchet
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PARIS | Au Québec, beaucoup de monde a l’air de croire que les Jeux olympiques de Paris ne sont pas un grand succès. Ici, je vous dirais qu’on n’entend pas ça du tout. Au contraire, tout est presque parfait, il n’y a rien de gênant sauf une affaire, qui l’est et pas à peu près: la fameuse eau de la Seine. Et voilà que la saga continue à Paris.
«Nous avons réussi en quatre ans l’impossible depuis cent ans», avait souligné Emmanuel Macron pour se féliciter du nettoyage de la Seine, qui a coûté près de 2G$. La mairesse de Paris, Anne Hidalgo, a martelé que tout était beau avec la qualité de l’eau.
Mais tout le monde se doutait qu’il y avait anguille sous roche. Qu’on essayait de noyer le poisson. Que les athlètes qui allaient se baigner dans la Seine n’allaient peut-être pas être heureux comme des poissons dans l’eau. Que tout ça risquait de se terminer en queue de poisson. J’ai posé des questions à la mairesse, comme l'ont fait plusieurs autres médias, mais elle est restée muette comme une carpe.

Désolé pour cet écart. Bref, le fait que des athlètes se baignent dans l’eau de la Seine n’est pas un énorme scandale. À moins d’avoir un système immunitaire faible, il n’y a pas de danger pour la survie des athlètes. On parle de gastro. C’est chiant, c’est tout.
La gestion de crise
Ce qui rend toute cette saga gênante, c’est surtout la gestion de crise des autorités à Paris. Il y a une culture du secret complètement ridicule.
La Ville montrait chaque jour sur son site internet quel était le niveau de contamination de la Seine. Mais la journée avant les Jeux, la Ville a arrêté.

Ensuite, des rapports qui ne venaient pas des autorités ont indiqué que l’eau était trop contaminée. Puis, la Ville a sorti des analyses pour dire que l’eau était correcte. Nous avons aussi appris que le taux de contamination exact était inconnu lors de la première compétition. Et une athlète belge a été hospitalisée après son triathlon, relançant les doutes.
La vérité, on l’a finalement connue grâce à une enquête de Mediapart mercredi.
Les mauvais chiffres
Les journalistes du média indépendant ont mis la main sur les analyses d’eau qui ont été réalisées par la Ville de Paris.
Autrement dit, ce sont les «mauvais chiffres que les organisateurs des JO voulaient cacher», a titré Mediapart.
«La qualité de l’eau n’était suffisante que deux jours» sur les dix premiers jours des Jeux.
«Contrairement au storytelling imposé par les organisateurs des Jeux olympiques (JO) et paralympiques (JOP), la qualité de la Seine est restée très largement insuffisante depuis le début de l’événement», peut-on lire dans l’enquête.
Ainsi, à l’épreuve du triathlon du relais mixte de lundi dernier, la contamination fécale est plus grande que le niveau acceptable pour tenir l’épreuve.

Pour le 31 juillet, date où se sont tenus les deux autres triathlons, la qualité de l’eau était suffisante, mais ça ne comptabilisait pas les agrégats de bactéries qui peuvent aussi faire monter le niveau de contamination fécale.
Si l’eau est encore dégueulasse malgré tous les investissements, Mediapart a plusieurs réponses après une autre enquête qui démontre que la Seine n’est pas seulement polluée après de grosses averses.
«Ces résultats s’expliquent par le mauvais état des réseaux d’assainissement en amont de Paris, plombé par de nombreux problèmes de raccordements, ainsi que des fuites non réparées dans les égouts de la capitale.»
Si la situation n’est pas catastrophique pour un athlète olympique, ça risque de l’être l’été prochain, alors que la Ville de Paris a promis que la Seine serait propre à la baignade pour tous, après 2G$ d’investissement public.