Oui, c’est possible de rendre la défensive des Capitals plus vulnérable et voici comment


Kevin Dubé
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Martin St-Louis a dévoilé un élément important des ajustements que le Canadien devra faire s’il désire renverser la vapeur dans sa série face aux Capitals de Washington: ils devront trouver un moyen de rentrer davantage dans l’enclave. Mais, comment fait-on ça?
Il ne s’agit pas d’une mince tâche, puisque les Capitals ont fait preuve d’une étanchéité remarquable en unité de cinq, dans la zone défensive, alors qu’ils n’ont laissé que très peu d’espace au Canadien pour pénétrer dans la zone payante.
Selon Sportlogiq, lors du match de mercredi, le CH n’a dirigé que 14 de ses 35 tirs depuis l’enclave, contre 26 sur un total de 32 pour les Capitals.
«En troisième période, nous étions plus disciplinés en zone offensive. On ne cherchait pas quelque chose d’excellent [...] Des fois, il faut que tu joues quasiment en avant d’eux autres. Tu amènes la rondelle en arrière d’eux et tu la ramènes en avant pour essayer de les étirer encore. Là, tu as de l’espace à l’intérieur. Mais si on essaie d’aller en dedans trop de bonne heure, les [Caps] sont tous là.»
Et il a raison. Sur ces graphiques fournis par Sportlogiq, on voit clairement la différence entre la provenance des tirs du CH lors des deux premières périodes, et lors de la troisième. À noter que sur les trois images, le CH attaquait dans la zone de droite.
Première période

Deuxième période

Troisième période

Alors, comment fait-on pour se créer de l’espace à l’intérieur face à une équipe aussi hermétique que les Capitals?
La clé: créer une faille
L’entraîneur-chef des Voltigeurs de Drummondville, Sylvain Favreau, a accepté de jaser de stratégies avec l’auteur de ces lignes. Pas pour critiquer Martin St-Louis et la façon de jouer du CH, bien au contraire, mais pour aider nos lecteurs à comprendre que c’est possible de déjouer une brigade défensive aussi hermétique que celle des Capitals.
«Je pense que le CH aurait mérité mieux hier, mentionne d’ailleurs celui qui a fait partie des finalistes pour le poste d’entraîneur-chef du Rocket de Laval l’été dernier. Ils ont frappé un poteau sur un but désert et le gardien des Capitals a fait de gros arrêts. Ils doivent continuer à gratter et ça va rapporter.»
Il n’y a pas de secret, pour Favreau: lorsqu’une équipe fait preuve d’autant d’étanchéité que les Capitals, il faut trouver un moyen de faire bouger leur boîte défensive dans l’espoir de créer une faille. Sinon, l’accès à l’enclave sera extrêmement restreint et plusieurs tirs seront bloqués avant de se rendre au gardien de but.
«C’est facile de devenir frustré et de tomber dans le piège d’essayer de jouer à trois attaquants contre leur unité de cinq. C’est là que tu vas essayer de forcer des jeux. L’important, c’est donc d’étirer le jeu de la ligne des buts à la ligne bleue, mais aussi, et c’est très important, d’est en ouest.»
Concept no. 1: étirer la boîte du nord vers le sud
Il s’agit probablement de ce que St-Louis voulait dire lorsqu’il parlait d’envoyer la rondelle derrière les Capitals, pour ensuite la ramener devant eux.
Le principe ici est simple: travailler en fond de territoire et tenter de renvoyer la rondelle à un défenseur à la ligne bleue. Le but, premièrement, est de faire bouger les cinq joueurs adverses de bas en haut afin de créer des failles et d’envoyer une rondelle au filet.
«Ça prend absolument une bonne protection de rondelle pour commencer et, si la défensive adverse est étanche, le joueur avec la rondelle devra compter sur du soutien rapproché de ses coéquipiers. S’il n’est pas en mesure d’envoyer directement la rondelle au défenseur, il pourra utiliser son coéquipier le plus près en soutien qui, lui, pourra l’envoyer au défenseur. Ensuite, il y a plusieurs options: le défenseur peut effectuer un tir rapide dès la réception de la passe, ou envoyer la rondelle à son partenaire à la ligne bleue, pour faire bouger la boîte.»
Concept no. 2: étirer la boîte de l’est vers l’ouest
Ici, on voudra faire bouger les cinq joueurs adverses de gauche à droite, ou de droite à gauche.
Par exemple, un joueur du CH en possession de rondelle dans le coin gauche pourra tenter de faire rouler la rondelle le long de la bande derrière le filet adverse, et ce, jusqu’au défenseur situé du côté droit.
«En faisant ça, tu forces les joueurs en zone défensive à transitionner d’un côté à l’autre. Il y a donc des chances qu’un des cinq joueurs ne suive pas la bonne route et que ça crée des ouvertures dans la boîte. C’est là que tu dois prendre l’avantage», explique Favreau.
Dans cet exemple, le joueur offensif qui se trouve en soutien devant le filet adverse aurait aussi pu se diriger derrière le but afin d’offrir une option au porteur de la rondelle. Si le disque lui est remis, il pourra le transporter de dans l’autre coin, pour faire bouger la boîte d’un côté à l’autre.

Vitesse, compétition, instinct et jeu physique
Que ce soit dans la LNH ou dans la LHJMQ, aucune stratégie ne sera parfaitement efficace si la vitesse d’exécution n’est pas à point (un aspect décrié à quelques reprises par St-Louis lors des deux premiers matchs), que le niveau de compétition n’est pas élevé et que les meilleurs joueurs ne laissent pas aussi un peu leur instinct prendre le contrôle de la situation, juge Favreau.
Et, le jeu physique, dans tout ça?
Pour l’entraîneur, ce type de jeu est important, mais il peut aussi devenir une béquille pour une équipe.
«Quand tu affrontes une équipe qui frappe, tu dois prendre les coups et tenter de jouer plus intelligemment qu’eux. Parfois, des joueurs vont se sortir de leur position pour finir une grosse mise en échec qui va faire du bruit. Dans ces situations, il est important de ne pas se concentrer sur le fait que ton coéquipier s’est fait geler, mais plutôt sur le fait qu’ils ont un gars qui est maintenant hors position. Il faut aller au-delà du fait que ça fait du bruit et que la foule est bruyante. Ça devient plus mental que physique.»