Où est passé le pas d’amalgame?


Mathieu Bock-Côté
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Il y a quelques années, quand les attentats islamistes frappaient régulièrement l’Occident, un slogan s’était imposé : pas d’amalgame ! Il s’agissait de rappeler la nécessaire distinction entre l’islam et l’islamisme, ou si on préfère, entre les musulmans et les islamistes.
Rappel nécessaire : il ne fallait pas tenir les premiers responsables des crimes des seconds. C’était même le premier souci des autorités politiques et médiatiques.
Aurions-nous perdu ce souci ces dernières semaines ? Car depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, nous sommes témoins, un peu partout, de réactions irrationnelles. Il ne s’agit plus seulement de combattre le régime de Vladimir Poutine et les oligarques qui le soutiennent, en multipliant les sanctions économiques et diplomatiques contre lui.
Artistes
Il s’agit, dans le monde occidental, de condamner les différentes expressions de la culture russe et de punir sur une base individuelle les Russes.
L’histoire du jeune pianiste Alexander Malofeev est fascinante. Il devait se produire avec l’OSM la semaine dernière, mais il a été déprogrammé parce qu’il est russe. Qu’importe que ce jeune prodige ait dénoncé Vladimir Poutine et l’invasion de l’Ukraine.
En Europe, cette décision absurde et un peu mesquine a fait beaucoup parler.
Il faut dire qu’on prend aussi sur le Vieux Continent des décisions du même genre, visant la culture russe. On y déprogramme films, concerts et autres activités culturelles.
Pire, comme nous l’apprenait Le Point, on s’en prend même aux morts.
À l’Université de Milan, on a voulu censurer un cours sur Dostoïevski, le grand écrivain.
L’Orchestre national de Slovaquie a supprimé une œuvre de Prokofiev. À Varsovie, en Pologne, on s’est permis une outrance semblable.
Comment expliquer cette frénésie punitive qui pratique l’amalgame entre des individus qui n’ont rien fait de mal et un régime condamnable engagé dans une guerre déjà condamnée par l’histoire ?
On y verra un effet de l’emballement politico-idéologique entraîné par les médias sociaux et la mondialisation de l’information.
Nous vivons à temps plein au rythme de la planète.
Et de manière tout à fait compréhensible, nous nous demandons ce que nous pouvons faire pour marquer notre révolte et notre désapprobation devant cette guerre.
C’est alors, hélas, que nous basculons dans la logique du bouc émissaire. Le Russe, quel que soit son visage, devient l’ennemi sur lequel cogner.
Et les organisations culturelles s’y mettent aussi, en se convertissant à la logique de la purge. Elles disent s’en désoler, mais ajoutent que les sanctions, pour être efficaces, doivent toucher les Russes au quotidien.
Question : est-il encore permis d’aimer la culture russe tout en dénonçant l’autocrate de Moscou et sa guerre d’agression ?
Culture
Qu’on me permette quand même de faire preuve de mauvais esprit. Pourquoi se permet-on de telles sanctions contre les individus d’origine russe, sans que ne se lèvent les militants de la lutte antidiscriminatoire ?
Est-ce parce que nous pensons que les discriminations ne peuvent toucher que des populations qui ne sont pas d’origine européenne ?
Peut-être est-ce là leur privilège russe, ou leur privilège blanc. Ici, tous les amalgames sont permis.
Adieu à la poutine ?
La maison de la poutine, à Paris, a cru nécessaire de faire un communiqué : elle condamne l’invasion de l’Ukraine. Bien évidemment, dirons-nous, mais pourquoi tant de zèle ? Vous l’aurez compris : à cause de son nom ! Le restaurant recevait des menaces ! Passe encore, dira-t-on, puisque nous sommes en France et que la référence à la poutine n’y est pas familière. Ce besoin de clarification en dit néanmoins beaucoup sur l’hystérisation des temps présents.
Adieu à la poutine (2) !
Parlons encore de la poutine. Certains ahuris de chez nous croient que nous devons débaptiser notre plat national. Est-ce une manière de préserver la réputation de la poutine contre l’autocrate moscovite ? Seigneur Dieu ! On trouve même des professeurs d’université pour nous expliquer que la chose mérite un débat. Les réfugiés ukrainiens ne risquent-ils pas d’être traumatisés par sa présence sur la carte des restaurants ? 2022, année de la bêtise triomphante !
La présidentielle Moins d’un mois
La présidentielle se rapproche. Emmanuel Macron domine les sondages. La guerre l’avantage politiquement. Même si une surprise est toujours possible, car les électeurs aiment de temps en temps déjouer les pronostics, sa réélection semble très probable. La vraie bataille change : qui l’affrontera ? Qui aura le privilège de le défier ? Marine Le Pen, Éric Zemmour, Valérie Pécresse... ou Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la gauche radicale, qui pourrait se faufiler entre eux ?