«On s'est fait tirer dessus», dit un marin du détroit d'Ormuz

AFP
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« On s’est fait tirer dessus »: bloqués dans le détroit d’Ormuz depuis presque trois semaines après le début des frappes israélo-américaines sur l’Iran, des marins évoquent leurs périlleuses tentatives de passage dans des messages consultés vendredi par l’AFP.
Ces échanges en mandarin, publiés dans des groupes privés sur l’application de messagerie chinoise WeChat, montrent également la camaraderie qui règne à bord de ces navires de marchandises, maillon essentiel de l’économie mondiale.
Ces conversations entre des marins bloqués dans le Golfe persique tournent notamment autour d’un vraquier battant pavillon barbadien, l’Ocean Pretty, visiblement pris pour cible jeudi lors d’une tentative de traversée du détroit.
« On s’est fait tirer dessus », indique dans ces échanges en ligne un marin présent à bord du navire en question. « Heureusement, aucun membre d’équipage n’a été blessé », écrit-il. Son identité n’est pas révélée par l’AFP pour préserver son anonymat.
Des marins présents sur d’autres navires bloqués sont prompts à réagir : « Vous êtes vraiment des têtes de mule » à vouloir traverser le détroit, souligne l’un d’eux.
« C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de blessés », note un autre.
« Ouais, on est des durs », plaisante le marin à bord de l’Ocean Pretty.
Intelligence artificielle
Selon lui, le navire a essuyé jeudi des tirs de fusil d’assaut AK-47 et de « roquettes », sans « aucun avertissement préalable ».
Endommagé, l’Ocean Pretty est actuellement « bloqué » et « en attente d’inspection » près de Bandar Abbas, grand port du sud de l’Iran sur le détroit, affirme-t-il.
L’impossibilité pour les navires de traverser le détroit et de quitter cette région riche en pétrole a ébranlé les marchés mondiaux. Elle alimente les craintes d’une flambée durable des prix de l’énergie.
« Vous avez des infos sur quand le détroit va rouvrir ? », demande l’un des marins dans le groupe.
« Franchement, c’est quoi cette question... Qui peut savoir ça ? », répond un autre. « Demande à l’intelligence artificielle », ironise un troisième, dans la bonne humeur.
Parmi les rares navires à avoir traversé le détroit ces derniers jours, 10 % appartiennent à des armateurs chinois ou battent pavillon chinois, selon Bridget Diakun, analyste chez Lloyd’s List Intelligence.
« Tu tentes ? »
Le marin du vraquier frappé par des tirs affirme que l’équipage avait hissé trois drapeaux chinois lors de sa tentative de passage.
« Mais ne croyez pas à ces trucs à la Wu Jing, avec le drapeau national », écrit-il, en référence à une scène d’un célèbre film d’action chinois, où le héros traverse une zone de guerre sans être inquiété grâce à un drapeau chinois brandi en signe de protection.
« Franchement, si ce n’est pas totalement sûr, ne tentez pas la traversée », conseille un autre membre du groupe.
Ailleurs dans la conversation, les marins évaluent les risques d’une potentielle traversée sans autorisation des autorités iraniennes.
« Si la boîte te donne 500 000, tu tentes ? », demande un autre, sans préciser la devise.
« Mec, pour pouvoir dépenser cet argent, faut-il déjà s’assurer de rester en vie ! », se voit-il répondre.
« Ceux qui sont assez téméraires pour tenter la traversée, c’est franchement qu’ils ont un souci », conclut un troisième.
En temps de paix, environ un cinquième du pétrole brut mondial et du gaz naturel liquéfié transite par le détroit d’Ormuz, aujourd’hui quasiment paralysé par la guerre au Moyen-Orient.
Le conflit a éclaté le 28 février, avec l’attaque lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a riposté par des frappes dans la région et des restrictions d’accès au détroit.
Le trafic maritime y a chuté de 95 % depuis le 1er mars, d’après la société d’analyse Kpler.
Quelque 20 000 marins et au moins 3200 navires sont bloqués dans la région, ainsi que des passagers de navires de croisière, des travailleurs portuaires et des équipes extraterritoriales, selon l’Organisation maritime internationale.