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«On pense que c’est le premier au total»: le joueur exceptionnel qu’on a oublié

Courtoisie Spirit de Saginaw
Photo portrait de Nicolas Cloutier

Nicolas Cloutier

2024-12-12T05:00:00Z

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Michael Misa est un joueur exceptionnel. C’est ce qu’a conclu Hockey Canada en 2022 après qu’il eut fracassé le record de Connor McDavid à la OHL Cup, prestigieux tournoi mettant aux prises les 20 meilleures équipes de moins de 16 ans de l’Ontario et des États-Unis.

Il n’a pas perdu de temps à donner raison aux décideurs de la fédération: sa moyenne de 1,24 point par match à 15 ans dans la Ligue junior de l’Ontario fut supérieure à celle de McDavid au même âge.

Puis, après une deuxième saison très bonne, mais pas «exceptionnelle» dans le junior majeur ontarien, quelque chose a changé. Misa n’avait plus la même aura. Dans les listes préliminaires l’été dernier en vue du repêchage de 2025, on le retrouvait souvent vers la fin du top 5. Parfois, il en était même exclu.

Mais Misa a amorcé cette saison charnière en lançant un message fort aux recruteurs: ne m’oubliez pas trop vite. Le directeur général du Spirit de Saginaw, Dave Drinkill, ne se gêne pas pour le remettre dans la face de ceux qui se sont trompés.

«On pense qu’il est le premier choix au total, déclare-t-il sans une once d’hésitation dans la voix. Il faut lui donner tout le crédit pour ça: tu regardais où il était placé dans ces prétendues listes au début de l’année, et il a réagi avec fierté. Maintenant, il est de retour dans la course pour le premier rang. Mais ç’aurait dû être le cas depuis le début, si tu veux mon avis.»

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Eric Young/Dream Bigger Media
Eric Young/Dream Bigger Media

Pour ceux qui l’ont suivi de près, il était prévisible de voir Misa jouer à nouveau comme un «exceptionnel». Cette saison, le jeune homme évolue enfin à sa position naturelle, au centre, où il se gave de multiples touches de rondelle lui permettant d’exploiter son immense talent sur toute la largeur de la patinoire.

«L’an passé, on a fait le plein pour gagner la Coupe Memorial, explique Drinkill. Avec Owen Beck, Matyas Sapovaliv et Hunter Haight, on avait trois joueurs de centre de 19 ans qui ont fait ce boulot pendant des années. On n’utilisait pas nécessairement Misa dans toutes les situations.»

«Mon rôle était sensiblement différent l’an dernier, corrobore Misa. J’étais sur le troisième trio, je n’obtenais pas autant de minutes. La priorité, c’était de gagner. Les succès collectifs avant les accomplissements individuels. C’est cette mentalité qui nous a permis de gagner le championnat.»

L’aide d’une pionnière

Dave Drinkill a compris que Misa s’apprêtait à faire des ravages quand leurs chemins se sont recroisés à une soirée de célébration de la conquête de la Coupe Memorial au cours de l’été.

«Ça faisait quelques mois que je ne l’avais pas vu, et il était manifestement plus imposant, se souvient-il. Il a eu une poussée de croissance et il faisait [désormais] 6 pi 1 po et 185 lb. Tu le voyais dans ses jambes.»

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Propulsé par des enjambées plus puissantes, plus franches, ce Misa amélioré a pris d’assaut la OHL. Humble, le jeune homme a voulu souligner l’apport d’une quintuple championne canadienne de patinage artistique devenue une sommité dans le domaine du power skating au hockey.

«J’ai travaillé avec une dame du nom de Barbara Underhill, une spécialiste du patinage qui est à l’emploi du Lightning de Tampa Bay, révèle Misa, qui a aussi suivi le strict programme d’entraînement de l’agence Wasserman, qui le représente. Elle a grandement amélioré la vitesse de mes trois premières poussées sur la glace.

«Je lui donne beaucoup de crédit, car je me sens beaucoup plus vif.»

Barbara Underhill qui travaille avec Jonathan Drouin à l'époque où ce dernier jouait avec le Lightning
Barbara Underhill qui travaille avec Jonathan Drouin à l'époque où ce dernier jouait avec le Lightning Lightning de Tampa Bay

Bref, il faut vraiment mettre aux poubelles ce que Misa a accompli statistiquement l’an dernier. Ses 55 points, dont 27 buts, en 27 rencontres parlent d’eux-mêmes cette saison.

Et il réalise ces exploits avec la pression d’un pays sur les épaules depuis l’âge de 15 ans. Personne ne veut devenir le prochain Sean Day, c’est-à-dire le prochain constat d’échec du programme exceptionnel de Hockey Canada.

«J’ai côtoyé un autre exceptionnel, Aaron Ekblad, à l’époque où je travaillais pour les Colts de Barrie, raconte Drinkill. Il y a une constante dans la façon dont ces garçons ont été élevés. Ils sont tous très humbles.

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«Il ne faut pas oublier que, dès l’âge de 15 ans, des gens faisaient la file pour être photographiés avec Michael. Il a tellement bien géré toute cette attention. On donne un tel statut à ces jeunes, car ils sont matures à l’extérieur de la patinoire.»

C’est aussi l’impression que donne Misa à l’auteur de ces lignes lors de l’entretien. Au lieu de répondre machinalement à chaque question pour rapidement retourner vaquer à ses occupations, le jeune homme prend bien soin de réfléchir et s’assure d’offrir des réponses songées.

Courtoisie Spirit de Saginaw
Courtoisie Spirit de Saginaw
Une semaine difficile

Même quand les questions sont moins agréables à entendre... parce que la dernière semaine a été très difficile pour Misa.

D’abord: ignoré par Équipe Canada junior, qui ne l’a pas invité à son camp de sélection. Invitation qui a été tendue à son ami et rival dans la course au premier rang du repêchage Porter Martone.

«Ça va», assure-t-il.

On se doute bien au fond qu’il ne pète pas le feu. Mais il prend la nouvelle comme un champion.

«Oui, c’était une semaine difficile, reconnaît-il. La seule chose qui me reste à faire est de trouver comment je peux améliorer mon jeu.»

Misa n’a même pas eu le temps de digérer la décision des bonzes de l’équipe canadienne qu’il s’est retrouvé au cœur d’un épisode franchement bizarre. Il a été suspendu par la OHL non pas pour un geste sauvage ni pour s’être battu, mais pour avoir, hum, lancé des ours en peluche.

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C’était le traditionnel match du lancer du toutou à Sarnia. Irrité par un but du Sting qui a provoqué une avalanche d’oursons sur la glace, Misa a utilisé son bâton pour en retourner quelques-uns dans les estrades.

Au téléphone, Misa paraissait extrêmement repentant de ce geste qui, sans être le plus honorable, demeure relativement banal.

«Je ne savais pas que c’était un règlement, s’empresse-t-il de justifier, embarrassé. Je n’avais aucune idée. Ce n’est vraiment pas mon genre de faire ça. C’est arrivé dans le feu de l’action. Je regrette. Je vais apprendre de cette expérience. Ça ne se reproduira plus, c’est certain.»

Si ce geste prouve quoi que ce soit, c’est que Misa a horreur de perdre.

«L’équipe qui va me repêcher va obtenir un joueur qui déteste encore plus perdre qu’il aime gagner, mentionnait-il plus tôt dans l’entrevue. En gros, je vais tout faire pour gagner.»

Eric Young/Dream Bigger Media
Eric Young/Dream Bigger Media
Un fan des Maple Leafs

On se doute bien que Misa a porté une affection particulière aux Maple Leafs de Toronto durant son enfance. Il est né à Oakville, en Ontario, après tout. Cette fibre partisane est toujours bien présente.

«Je suis encore un fan des Leafs, précise celui qui dit s’inspirer de Mitch Marner, mais aussi de Nikita Kucherov et de Kirill Kaprizov. J’aimerais qu’ils se rendent loin en séries cette année.»

Il ne trouvera rien de négatif à dire sur les Canadiens de Montréal, toutefois. Il connaît le marché. Un joueur exceptionnel sait comment ça fonctionne.

Par ailleurs, l’effet du retour au jeu de Patrik Laine sur le Tricolore a capté son attention.

«Les Canadiens sont en reconstruction depuis quelques années, mais ils continuent d’ajouter des morceaux, dont Laine, qui est revenu récemment. Ils ont déjà de bonnes fondations. Je crois qu’ils formeront une bonne équipe.»

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