On honore une sommité mondiale en oncologie pédiatrique ou Don Cherry?
Essayons d’imaginer à quoi ressembleraient les débats pour trancher s’il a sa place ou non à l’Ordre du Canada

Jean-Nicolas Blanchet
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Dans quelques semaines, les fonctionnaires de l’Ordre du Canada pourraient se réunir à Ottawa dans leurs bureaux pour décider si Don Cherry doit recevoir leur médaille. Car un député conservateur a mis en nomination l’ancienne vedette de la CBC.
Essayons d’imaginer à quoi pourrait ressembler cette discussion.
Le chef de la réunion commence.
« Bon, pour commencer la réunion, je voudrais souligner à quel point nos nominations à l’Ordre, l’an dernier, ont été bien reçues. C’était unanime. »
« Je pense à la Montréalaise Anne-Marie Mes-Masson. Sa réputation n’était plus à faire dans le monde pour l’oncologie moléculaire, poursuit-il. Ses découvertes importantes sur les cancers de l’ovaire et de la prostate peuvent sauver des vies. »
Il continue : « Il y a la juge et professeure à Harvard Rosalie Abella, née dans un camp de personnes déplacées et survivantes de l’Holocauste. Elle a siégé à la Cour suprême et fait évoluer les droits de la personne partout dans le monde. »
« Et Zulfiqar Bhutta, une sommité mondiale en santé infantile. Ses recherches ont permis de réduire la mortalité des enfants dans le monde entier. Donc, bravo à tous ! Maintenant, qui honore-t-on cette année ? »
Des héros et Cherry
Son collègue prend la parole.
« On a une autre sommité mondiale en oncologie pédiatrique qui a sauvé 6000 enfants, un chercheur qui transforme le plastique en eau potable, un scientifique qui peut multiplier les pains et un philanthrope qui a donné 12 G$ pour lutter contre la faim au Soudan. » (OK, j’exagère un peu avec mes derniers exemples fictifs)
Le chef de la réunion réplique.
« Wow ! Encore une fois, ce sont des candidatures d’exception. Ça fait du bien. Il faut faire attention pour ne pas se faire avoir comme lorsqu’on avait honoré Conrad Black [fraude], l’ancien agent de joueurs Alan Eagleson [fraude] ou le chef autochtone David Akhenakew, qui avait dit que les Juifs étaient une maladie. »
Quelqu’un dans le coin de salle chuchote quelque chose.
« Il y aurait Donald Cherry aussi. »
Trois fonctionnaires renchérissent. « Oui, ça c’est un homme qui reflète bien le Canadien idéal. »
C’est une blague ?
Michel, un vieux fonctionnaire, part à rire. Il est Québécois. « Vous me niaisez la gang ? »
Il se fait répondre rapidement : « De quoi tu parles Michel ? Il n’y a rien de drôle. Cherry a coaché durant 6 ans dans la LNH et a été l’analyste hockey le plus aimé durant plus de 30 ans au Canada. Les téléspectateurs de la CBC l’ont déjà nommé septième plus grand Canadien de tous les temps ».
« C’est le Canada anglais ça, répond Michel. Pas le Canada ».
Michel ne s’arrête pas là : « Voyons ! Il a déjà dit qu’il y avait des bons gars parmi les nazis pour justifier qu’un Européen pouvait être robuste au hockey. Il a défendu Eric Lindros qui ne pouvait vouloir jouer à Québec, car on ne parle pas anglais. »
« Il était fâché que Jean-Luc Brassard soit le porte-drapeau à Nagano, disant que personne ne le connaissait. Il a passé sa carrière à vomir sur les Québécois. Il a été mis dehors après des commentaires qui n’avaient pas leur place concernant les nouveaux arrivants. »
« Et vous voulez l’honorer aux côtés de nos plus grands esprits qui changent le monde ? Aux côtés de Terry Fox ? »
Le chef de la réunion conclut.
« Bon, Michel, on va dîner. Tu n’es pas le même quand tu as faim. Je pense que tu ne comprends pas. Ce n’est pas que Don Cherry n’aimait pas le Québec, les immigrants ou les Européens. C’est qu’il était authentique et indépendant d’esprit. »
« C’est différent. Et il a lancé une fondation pour venir en aide aux animaux abandonnés. Ce n’est pas rien ! »
Michel n’a pas voulu suivre ses collègues, qui désiraient aller manger au Don Cherry’s Sports grill à Ottawa. De toute façon, le resto a fermé ses portes.