«On est champion pour la vie»
Jacques Villeneuve aurait tellement voulu gagner à Montréal... comme son père


Louis Butcher
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AUSTIN, Texas | Jacques Villeneuve fait rire bon nombre d’intervenants français impliqués en Formule 1 quand il répond aux questions du représentant du Journal avec l’accent québécois.
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C’est arrivé une nouvelle fois en fin de semaine, dans les paddocks du Circuit des Amériques, à l’occasion du Grand Prix des États-Unis de Formule 1. Mais, contrairement à ce que plusieurs pensent, il répète, à qui veut l’entendre, qu’il se sent encore Québécois et Canadien.
Il a d’ailleurs toujours défendu les couleurs de son pays d’origine sur les circuits de course. Encore récemment quand il a participé aux 500 Milles de Daytona en Série NASCAR, où l’unifolié était visible sur sa combinaison de course.
L’hymne national du Canada a retenti chaque fois sur le podium quand il a remporté ses 11 victoires en Formule 1 en 1996 et en 1997.

Comme si c’était une langue différente
Villeneuve a beau avoir élu domicile en Europe [il habite en banlieue de Milan, en Italie, depuis quelques années], il ne reniera jamais ses origines.
« Mes souches sont québécoises et canadiennes. Ça ne changera jamais, prétend-il sans retenue. À la maison, quand on habitait à Monaco, on gardait notre accent. Je le reprends comme si c’était une langue différente. Par contre, je ne parlerai pas en québécois à un Français. »
Les abonnés au réseau Canal +, qui détient les droits de diffusion des Grands Prix de F1 en France, ont bien remarqué que Villeneuve s’exprimait avec un accent français dans son rôle d’analyste.
Un ambassadeur pour son pays
Pendant notre conversation, Villeneuve a reconnu qu’à l’époque où il était l’un des grands animateurs de la F1, il a toujours senti l’appui de son public.
Dans ses bonnes années, il a été un ambassadeur hors pair pour son pays et la personnalité canadienne la plus connue sur la planète, comme l’avait été son père, Gilles, avant son décès tragique en 1982.
« Je me suis rendu compte de cette popularité quand j’ai été honoré au Centre Molson à deux reprises après la conquête de mon titre. Ces ovations resteront à jamais gravées dans ma mémoire. C’était génial », exprime-t-il.
En 1997, c’est tout un exploit qu’il a réussi en devenant le premier pilote canadien à être couronné champion du monde en F1. On se demande, encore aujourd’hui, si un de ses compatriotes réussira à suivre ses traces un jour.
Certains prétendent qu’il a profité de la meilleure voiture du plateau (Williams) pour obtenir cette consécration en 1997. C’est vrai, mais, à sa défense, d’autres pilotes ont obtenu ce même privilège au fil des ans et ils n’ont jamais été champions.
Par ailleurs, Villeneuve déteste se faire traiter... d’ex-champion, comme il est décrit fréquemment.
« On est champion pour la vie, comme le sont Ayrton Senna et tous les autres. Je suis un... ex-pilote de F1 », rétorque-t-il.
Gagner comme son père

Si c’était à refaire, Villeneuve ne changerait rien à son parcours qui l’a mené vers la gloire. Mais il avoue avoir souhaité remporter le Grand Prix du Canada à Montréal, ce que son père a accompli en 1978 sur l’île Notre-Dame.
« C’est certain que j’aurais voulu gagner sur le circuit qui porte le nom de Gilles, mais la chance n’était pas de mon côté. En 1996 et 1997, j’avais la voiture et la motivation pour aller jusqu’au bout. J’aurais tellement souhaité faire plaisir à tous les amateurs qui m’ont supporté.
« Je comprends encore plus aujourd’hui pourquoi les gens ont été déçus, car j’ai eu plus de temps pour réfléchir sur l’impact d’une victoire à Montréal. »
En fait, la seule véritable occasion où il aurait pu accéder à la plus haute marche du podium, c’est à son année recrue en 1996, où il s’est classé au deuxième rang, quatre secondes derrière son coéquipier Damon Hill.
Le fameux mur du Québec

Du reste, sa feuille de route est plutôt désastreuse à Montréal avec sept abandons en dix départs.
Parmi ses abandons, on retiendra deux accidents dans le dernier virage de la piste bordé du mur de protection qui portait l’inscription « Bonjour Québec ».

D’abord en 1997, mais aussi deux ans plus tard où, cette fois, il n’a pas été le seul à être piégé parce que Michael Schumacher et Damon Hill, tous deux titrés en F1, ont eux aussi vu leur course se terminer dans le même mur.
Si bien qu’on l’avait symboliquement renommé le « mur des champions ».