On disait que mon fils plafonnait... à 9 ans

Jean-Charles Lajoie
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Seulement 0,03% des gamins qui jouent au hockey mineur au Québec joueront au moins un match, u n jour, dans la Ligue nationale de hockey.
Ça veut dire : un «kid» sur plus de 300. La stat n’est pas de moi... elle est de mon collègue Alex Picard, qui signe aujourd’hui une lettre de cœur, une lettre personnelle et éloquente... une lettre appuyée, documentée, assise sur des faits irrévocables, incontestables.
Une lettre au constat brutal : le hockey mineur québécois est presque incurable. Ce que j’aime particulièrement de ce cri du cœur du «Pic», c’est que tous ceux et celles qui le connaissent savent que c’est un gars plutôt modéré, assurément pondéré. Un gars calme et réservé, mais aussi un gars brillant.
Ce que j’aime aussi, c’est qu’on parle ici d’un gars qui appartient à la statistique de 0,03%. Il en a joué 253 dans le «show»...
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est que sa carrière l’a mené en Suisse et en Allemagne où il a pu faire vivre une formidable expérience à sa famille et aussi constater les nuances affolantes entre le hockey mineur européen et le hockey mineur québécois. Le fils du «Pic» a donné ses premiers coups de patin sur le Vieux Continent au hockey organisé.
Justement : le hockey organisé. Une expression galvaudée, mais consacrée et qui prend hélas tout son sens au Québec... organisé comme dans, organisé avec le gars des vues. Les preuves irréfutables illustrées par Alex dans sa lettre coup de poing en sont une démonstration indiscutable.
Le «Pic» illustre le temps d’utilisation de tous les «kid» élite de l’équipe pour laquelle il a donné de son temps bénévolement comme coach des défenseurs, et ce, dans un match crucial de la coupe Chevrolet, emblème de la suprématie provinciale au hockey mineur.
Suprématie... match crucial. Je choisis mes mots pour ajouter à ce que c’est : une raison de vivre et sévir pour une trop forte majorité de pôpa bénévoles qui s’en donnent à cœur joie avec un seul objectif : la victoire.
Sans égard au développement des «kid»; dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, notamment, le fils d’Alexandre Picard, qui a souffert d’un temps d’utilisation très restreint au cours de sa saison et des championnats provinciaux.
Imaginez, un coach et un de ses adjoints ont sciemment coupé leur banc, laissant en plan le fils de leur autre adjoint, incidemment un ancien pro qui a joué pour le Canadien, accessoirement un analyste chevronné ici à TVA Sports.
Si au vu et au su ces gars-là ont agi ainsi avec Alex Picard, combien d’autres coach dans le hockey mineur québécois agissent au mieux de la même façon, mais souvent de manière encore plus abusive avec les fils de dentistes, de plombiers, d’enseignants ou de chômeurs?! Poser la question, c’est voir la réponse nous crever les yeux... et c’est carrément abject.
Un jour, un livre sortira sous ma plume. Le titre : dans un aréna près de chez vous, car j’ai moi aussi, en plus de 25 ans dans les arénas du Québec, tout documenté.
Un exemple, un coach imbu et intense qui, atome «BB», ce qui était le plus haut niveau atome de l’époque, me dit d’un de mes fils qu’il a plafonné pour expliquer son faible temps d’utilisation.
Mon fils avait... neuf ans! Comment peux-tu convenir d’un enfant de neuf ans qu’il a plafonné et qu’il ne jouera sans doute plus jamais au niveau élite dès la saison suivante?
Mon fils a fait son chemin. Il est aujourd’hui très heureux dans sa carrière d’acteur et de mannequin. Il a disputé une saison de très bon niveau en Alsace en ligue minime, a joué quelques matchs en Magnus division 1 avec l’étoile noire de Strasbourg comme réserviste provenant de l’équipe minime... il avait 15 ans.
L’été suivant, de retour au Québec, il a été confirmé Midget AAA et a rétorqué au coach qu’il le remerciait de sa confiance, mais qu’il s’autocoupait du camp, car son but était seulement que son père puisse voir ses deux fils jouer un match midget AAA ensemble.
Puis il est parti voir le monde, vivre «sa» vie. Il a fait le tour du monde, a travaillé avec de grands réalisateurs, de Gus Van Sant à Xavier Dolan. Il a fait l’éditorial du magazine «GQ», l’édition «style» britannique.
Il a accessoirement gagné un championnat provincial junior «AA». Il joue encore deux fois par semaine dans les ligues de garage à Montréal.
Pas pire pour un «kid» qui à 9 ans avait supposément plafonné. Un jour, je vous raconterai l’histoire de mon autre fils et comment il est compliqué pour des enfants de personnalités publiques de ne pas subir les injustices des imbéciles qui règnent en rois et maîtres en assouvissant leur soif de pouvoir et d’affranchissement sur le dos de nos enfants.
D’ici là, il faut lire et partager la lettre d’Alex Picard. Il ne faut surtout pas se laisser aveugler par les championnats canadiens midget AAA et junior majeur.
La vérité est que le Québec fait juste mieux que le reste du Canada, ce qui en soi est de moins en moins assez face à la montée en popularité et en qualité du hockey mondial.