On commence à avoir l’air bougon


Jean-Nicolas Blanchet
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On commence à ne plus avoir l’air sortable. Comme si nous devenions le bonhomme sept heures toujours prêt à se révolter contre les subventions dans le méchant sport d’élite.
La F1, beurk! Le golf, c’est la calamité! Le hockey, c’est toxique! Et imaginez maintenant si on parlait de construire un stade de baseball avec de l’argent public, là, ça mériterait la chaise électrique.
Dans un reportage bien ficelé, La Presse révélait vendredi que le gouvernement Legault avait octroyé une subvention de 480 000$ pour la tenue de la Confrontation des 4 nations en février prochain. C’est la nouvelle bébelle de Gary Bettman qui remplacera le match des étoiles qui devenait tellement insignifiant.
Tourisme Montréal explique dans l’article que cette subvention était importante pour damer le pion à Toronto. À moins que ce ne soient des salades, cette subvention est donc géniale.
Allez faire ça en Saskatchewan!
Non, il n’y aura pas des retombées de 56 trillions de dollars. Mais il y en aura. Et ce sera un bel événement. C’est super que ce soit chez nous.
On pourrait aussi ne rien donner et peut-être ne pas le tenir.
On pourrait aussi ne plus mettre une cenne dans le Grand Prix de F1 et ne plus le tenir.
Pourquoi avoir donné 500 000$ pour la présentation des Championnats du monde de patinage artistique en mars dernier à Montréal? On aurait très bien pu ne rien donner et on n’aurait jamais été forcé de présenter ce prestigieux événement qui a été un succès et qui fut un spectacle extraordinaire.
Pourquoi aider Rimouski à tenir la Coupe Memorial cette année avec 750 000$? Ils ont juste à aller faire ça en Saskatchewan.
Pourquoi verser 6,5 M$ à la PGA pour la tenue de la Coupe des Présidents? À part la NFL et le football collégial, ça risque d’être l’événement sportif le plus écouté dans le monde cette fin de semaine. On aurait pu laisser ça à l’Ontario et ne pas verser une cenne.
Des dépenses qui aident
J’entends bien des Québécois se révolter, dénoncer qu’ici, ça prend toujours des subventions. Que c’est au privé de gérer ça! Que notre argent n’a pas à servir à ça!
Premier point: on est tous d’accord. On veut tous que l’argent qu’on donne au gouvernement serve à nous soigner et à réparer nos routes. Mais il y a des dépenses qui peuvent aussi indirectement nous aider... comme les grands événements sportifs.
Il doit y avoir des bénéfices, c’est clair. Le 5 à 7 M$ pour les Kings à Québec, par exemple, sous prétexte que c’est pour convaincre la LNH qu’on veut encore une équipe, c’est ridicule.
Est-ce que les retombées vont justifier ces millions? Je ne crois pas. Mais les Kings seront toute la semaine à Québec et feront plusieurs activités avec le public. Ce n’est pas seulement de l’argent jeté aux ordures. On a juste hâte qu’une équipe veuille faire la même chose sans qu’on leur donne de l’argent.
Des milliards dans un État pauvre
Mon deuxième point: croyez-vous vraiment qu’ailleurs on ne finance pas le sport? Croyez-vous qu’aux États-Unis, ils n’ont pas besoin de subventions?
Pour le stade flambant neuf des Raiders à Las Vegas, le public a déboursé 750 M$*.
Les Titans du Tennessee sont en train de se faire construire un nouveau stade. Le public paiera 1,2 G$. Et je rappelle que tout ça arrive dans un des États les plus pauvres des États-Unis. Le taux de pauvreté est deux fois plus élevé qu’au Québec.
À Buffalo, les citoyens paieront 800 M$ pour le nouveau stade des Bills.
On n’est pas plus brillant ou plus niaiseux que les autres, au Québec. On finance publiquement le sport d’élite ou professionnel, car c’est comme ça que ça marche. Point.
On pourrait aussi laisser faire. Je suis encore à Oakland. C’est pas mal ça qui est arrivé. Les propriétaires des équipes sportives ne voulaient pas sortir leur argent. La Ville ne voulait pas sortir son argent.
En quatre ans, la NFL, la NBA et la MLB ont sacré leur camp. Oakland, qui a déjà été une ville pas si pire, pas si pauvre, s’est mise à décliner. Il n’y a plus rien.
Source: L’économie des subventions dans les stades, John Charles Bradbury, Dennis Coates et Brad R. Humphreys. Université de Kennesaw, Maryland-Baltimore et Virginie occidentale.