Tous les résultats
Publicité

«Si on arrête de travailler, les gens meurent»: on a passé une nuit avec des paramédics du Québec

Photo portrait de Alice  Fournier

Alice Fournier

2026-01-28T12:01:19Z

Partager

EXPÉRIENCE — Les paramédics du Québec sont au bout du rouleau. Sans contrat de travail depuis 2023, ils sont en grève de tâches. 24 heures a passé une nuit avec ceux qui sauvent des vies en première ligne pour comprendre leur quotidien.

• À lire aussi: Voici pourquoi TikTok est accusée de censurer les critiques de Donald Trump

• À lire aussi: Tinder et Grindr utilisées pour dénoncer des agents de l'ICE... et traquer des migrants

«Il est 20h15, on commence notre quart de travail et on finit à 6h15 demain matin, en espérant finir à l’heure», lance la paramédic de 23 ans Alexia avant de grimper dans l’ambulance.

C’est parti pour un quart de travail de dix heures avec elle et sa collègue de 25 ans Laurie.

Cette dernière est paramédic depuis trois ans, tandis qu’Alexia pratique le métier depuis deux ans.

Aujourd’hui, leurs tâches vont au-delà du simple transport de patient vers l’hôpital. Mais leur rémunération, elle, ne suit pas la même évolution.

«On a plusieurs formations par année pour changer nos protocoles, on s’ajuste pour offrir des soins plus adaptés aux patients. Ce sont toutes des choses nouvelles qui nous donnent plus de responsabilités et le salaire ne suit pas l’avancement de notre métier», détaille Alexia.

Publicité

Premier appel de la nuit

La console de l’ambulance sonne deux minutes à peine après notre départ. Nous partons vers une priorité 1, un appel qui nécessite une intervention immédiate.

Les paramédics partent immédiatement les gyrophares. L’ambulance se trouve à quelques minutes de route seulement des lieux.

Sur place, la patiente nous attend déjà, au pied des portes d’un dépanneur.

Elle présente une grosse réaction allergique. Laurie et Alexia lui posent une série de questions pour tenter de trouver la cause des symptômes.

Alexia finit par lui administrer de l'épinéphrine directement dans l’ambulance, tandis que Laurie saute à l’avant pour l’amener à l’hôpital le plus proche.

Au total, nous ferons six interventions dans la nuit.

Laurie et Alexia s'occupent d'une patiente dans l'ambulance.
Laurie et Alexia s'occupent d'une patiente dans l'ambulance. Alice Fournier, 24 heures

Des conditions de travail difficiles

Leur convention collective est échue depuis avril 2023, et la dernière n’a été valide que 8 mois. Ça fait plus de deux ans et demi que les paramédics du Québec sont en négociations. Selon le Syndicat, le gouvernement propose une baisse de salaire de près de 10%.

«C’est pas normal qu'à chaque quart de travail, ce soit notre routine de pas pouvoir manger, de pas avoir de pause dîner, de pas pouvoir finir à l’heure», déplore Laurie.

À côté d’elle, Alexia mange son lunch en route vers une intervention. Il est passé minuit, et la pause du dîner a été décalée par un appel.

Publicité

«En gros, nos moyens de pression c’est de diminuer nos tâches administratives. C’est difficile parce qu'on est vraiment limité sur ce qu’on peut faire», m’explique-t-elle entre deux bouchées.

La profession de paramédic est considérée comme un service essentiel: ils ne sont donc pas autorisés à arrêter de travailler lorsqu’ils sont en grève. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’ils doivent travailler plus d’une dizaine d’heures d’affilée.

«Souvent nos patients ne savent même pas qu’on est en grève, parce que pour eux, être en grève, c’est arrêter de travailler. Mais nous, si on arrête de travailler, il y a des gens qui meurent tous les jours», tranche Alexia.

Laurie s’occupe de la musique quand nous roulons. Dans mon corps des Trois Accords résonne dans l’ambulance, et nous chantons à tue-tête, gyrophares allumés, en nous rendant à notre prochaine intervention. Ce sont ces petits moments partagés entre partenaires de quart qui rendent les nuits moins longues.

Laurie écoute la respiration d'un patient chez lui.
Laurie écoute la respiration d'un patient chez lui. Alice Fournier, 24 heures

«Une chance que vous êtes là»

Après quatre interventions, nous sommes affectées aux petites heures du matin chez une personne âgée présentant des difficultés respiratoires.

Dans la maison, l’homme de 70 ans souffre beaucoup. Alexia et Laurie doivent le transporter à l’hôpital, mais la tâche n’est pas aisée.

Il pèse lourd, et les filles doivent le porter sur une chaise roulante, descendre les escaliers de la maison, le mettre sur la civière et le faire rouler dans la neige jusqu’au camion.

«Une chance que vous êtes là», souffle le patient.

«Être paramédic, c’est magnifique, car tu entres dans le quotidien et la vulnérabilité des gens quand ils s’y attendent le moins, et tu fais une différence dans leur vie», confie Alexia.

Les jeunes songent à quitter

Laurie et Alexia sont épuisées, et elles ne sont pas les seules. «Dans notre entourage, on voit de jeunes paramédics qui songent déjà à quitter la profession, ça fait même pas cinq ans qu’ils sont dedans», me racontent-elles.

Nous rentrons à la caserne exceptionnellement tôt, il est 5h45. En nettoyant le camion, les filles jasent du quotidien. Je leur demande comment elles font pour tenir, je suis épuisée par la nuit.

«Le fait de jamais avoir de routine, d’aider les gens avec tes partenaires qui deviennent tes amis malgré les difficultés. Il faut se raccrocher à ça, sinon, il n’y a pas grand-chose, malheureusement», lâche Laurie, un sourire aux lèvres.

Publicité
Publicité