Olympiques: réintégrer la Russie ou bannir les États-Unis?

Jean-Charles Lajoie
Partager
J’aime beaucoup Luc Tardif, président de la Fédération internationale de hockey sur glace. À l’instar de son prédécesseur René Fasel, le Québécois né à Trois-Rivières est accessible et généreux dans ses propos. Peu importe les questions qu’on lui pose, il ne nous rabroue pas pour avoir fait notre travail : éclairer le public.
Dans moins d’un mois, les pros de la Ligue nationale disputeront le tournoi de hockey masculin aux Jeux d’hiver pour la première fois depuis Sotchi en 2014. Mais sans les Russes ni les Bélarusses, toujours exclus en raison de l’invasion de l’Ukraine en 2022. Une prise hostile qui a poussé le Comité international olympique (CIO) et l’IIHF à réagir fermement.
Cette chronique pose la question: faut-il maintenir la suspension des équipes russes et bélarusses des grands rendez-vous internationaux?
Deux poids, deux mesures?
Les institutions sportives mondiales doivent cesser de parler des deux côtés de la bouche. Si les troupes de Poutine ne peuvent plus rivaliser avec les meilleurs au monde sur la glace olympique, pourquoi les États-Unis de Donald Trump auraient-ils le droit de participer au tournoi en Italie ?
Certes, il y a peu de comparaison entre la prise hostile du Venezuela par Trump et celle de l’Ukraine par Poutine. Mais sur le fond, les Américains ont eux aussi saisi un territoire unilatéralement, bafouant les règles élémentaires de diplomatie internationale.
Précision: je condamne le régime autoritaire de Nicolas Maduro au Venezuela. Mais je condamne tout autant Trump qui s’auto-proclame gardien du bien contre le mal, prétendant lutter contre les cartels de drogue alors que le véritable motif est l’or noir: le pétrole. Une stratégie pour contrer la montée du BRICS et ses alliés économiques.
Un débat fondamental
Je ne vais pas m’égarer davantage sur le climat politique mondial. Mais je ne me priverai pas de dénoncer les décisions du CIO et de l’IIHF concernant les délégations russes et bélarusses.
Rappelons que le documentaire Icarus, paru en 2017, a exposé le dopage systémique des Russes à Sotchi. Des suspensions ont suivi, à raison. Mais une question demeure: permettre ou non aux athlètes de se doper? Un débat fondamental qui doit réunir le CIO et les fédérations sportives.
En attendant, le CIO doit continuer de livrer bataille aux tricheurs. Mais lorsqu’il entre dans le débat politique pour régir ses compétitions, il s’expose à un retour de boomerang.
Une solution : réintégrer la Russie
Si le CIO et l’IIHF persistent à bannir les Russes et les Bélarusses, qu’ils soient équitables: qu’ils suspendent aussi les États-Unis. Évidemment, ça n’arrivera pas. Los Angeles doit accueillir les Jeux d’été de 2028. Et que dirait la LNH si ses joueurs américains ne pouvaient pas participer?
Il reste donc une seule solution: réintégrer la Russie et le Bélarus, permettre à leurs équipes nationales de porter leurs couleurs et de défier les meilleurs.
Avec le Venezuela en banque et son ambition de prendre le Groenland aux Danois, Trump repousse les grands organismes sportifs dans leurs retranchements. Une curiosité malsaine peut-être, mais j’aimerais entendre le président des États-Unis commenter la suspension de ses équipes nationales en vue des Jeux olympiques.