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Oakland: le stade le plus laid des majeures est mon préféré

J’ai visité 18 stades de baseball des Ligues majeures dans ma vie, et mon préféré, facilement, est celui des A’s d’Oakland

Photo JEAN-NICOLAS BLANCHET
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-09-24T03:55:00Z

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OAKLAND | J’ai visité 18 stades de baseball des Ligues majeures dans ma vie. Mon préféré, facilement, est celui des A’s d’Oakland.

Je parle ici de mon expérience comme partisan, pas comme journaliste. Tous ces stades, je les ai visités comme un fan, dans les estrades. À Oakland, j’y suis allé il y a une dizaine d’années, puis j’y suis retourné dimanche, comme représentant d’un média.

Mais j’ai passé seulement deux manches sur la galerie de presse. Je me suis promené partout ailleurs durant le reste du match.

Le stade, c’est le Oakland Coliseum. Il a été construit en 1966. C’est le quatrième plus vieux de la ligue.

C’est tellement dégueulasse comme endroit. C’est le stade le plus laid de la ligue. Il n’y a aucun débat.

Il est situé dans un quartier horrible. Il est fortement déconseillé de se promener dans ce coin-là seul, en soirée. Oakland est une des villes les plus dangereuses des États-Unis et le stade est situé dans un des quartiers les plus dangereux d’Oakland.

Il n’y a rien autour du stade. Pas de bar, de resto, de parc ou d’arbre. Ce n’est que de l’asphalte qui entoure ce gros bloc de béton hideux qu’est le Oakland Coliseum.

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Les vidanges

Au coin de la rue, c’est la station de métro. Directement sur le bord de cette station, on peut voir une montagne de déchets. À quelques mètres, vous avez une énorme cour à scrap. Puis, plus loin, une autre. Et ainsi de suite durant 1 km.

Photo JEAN-NICOLAS BLANCHET
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On y voit des tentes à travers. Visiblement, des gens vivent là. «Oui, malheureusement», me dit mon chauffeur de taxi.

Ce quartier, c’est aussi le paradis des centres d’entreposage. C’est tellement laid.

Puis, on arrive un peu plus loin, encore assez près du stade, et là, c’est le quartier des VR abandonnés. Encore une fois, plein de monde y habite.

Plusieurs maisons sont abritées avec des morceaux de taule. Il y a des déchets partout sur le bord des routes.

Mon chauffeur doit faire attention sur l’autoroute, car un homme intoxiqué a décidé de prendre une marche sur une des voies.

Mon hôtel n’est pas très loin du stade. À quelques mètres de ma chambre, des sans-abri dorment dans des tentes.

Je suis allé souper au centre-ville d’Oakland dimanche soir, après le match. C’est environ à 5 km au nord du stade. C’était mort. Presque tout était fermé. J’ai croisé 6 personnes en 30 minutes de marche. J’ai vu un beau parc pour enfants entouré, encore une fois, de tentes.

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Photo JEAN-NICOLAS BLANCHET
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Pas le luxe au stade

Au stade, ce n’est pas si triste, mais ce n’est pas chic. Les urinoirs, ce sont les mêmes qu’à mon école primaire il y a 30 ans. Ça pue.

La galerie de presse ressemble à une salle d’attente dans une clinique de dentiste des années 80. Il manque deux roues à ma chaise. L’ascenseur me fout la chienne.

Photo JEAN-NICOLAS BLANCHET
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Le stade est énorme et c’est un labyrinthe. On doit monter dans des tunnels interminables, entourés de béton fissuré, pour grimper d’un niveau. À moins de prendre un des trois ascenseurs épeurants.

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Les allées où on passe pour aller s’acheter un hot-dog, c’est minuscule. On voit la tuyauterie et les fils électriques partout autour de nous. On craint d’attraper un choc en s’accotant à la mauvaise place.

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Mais je l’aime pareil

Mais je vous le rappelle, c’est mon stade préféré. Parce qu’il n’y a pas une plus belle expérience qu’un match à Oakland.

Quand je suis venu il y a 10 ans, j’étais allé voir une rencontre aux Giants de San Francisco une journée et aux A’s le lendemain (c’est à 20 minutes).

Les Giants ont un des plus beaux stades au monde. C’est luxueux, c’est sur le bord de l’eau et en plein centre-ville. C’est toujours plein au bouchon. C’est magnifique. San Francisco, c’est la si belle ville, de l’autre côté de la rive de l’affreuse Oakland.

Mais la foule aux Giants, je n’avais pas l’impression qu’elle venait voir du baseball. J’avais l’impression qu’elle venait passer du bon temps à une partie de baseball. Les gens sont chics, se prennent en photo et paient 80$ en moyenne par billet (2024).

À Oakland, il y avait environ 20 000 personnes. Les trois quarts avaient leur chemise de l’équipe. Le quart marquait le match sur une feuille. Ça connaît son baseball. Ça ne va pas aux toilettes quand deux coureurs sont en position de marquer.

Rien n’avait changé dimanche. Ça coûtait moins de 20$, avoir son billet.

Une fois assis dans les gradins, c’est comme partout ailleurs. C’est même très joli: le gazon naturel, le soleil californien, les vieux vendeurs d’arachides et les meilleurs joueurs au monde.

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Ça sent le baseball et le popcorn à Oakland. Ça ne sent pas le fric ou le martini.

Et c’est ça, le baseball. C’est censé être le sport le plus abordable, le plus accessible, le plus familial...

C’est censé accueillir tout le monde. Toutes les classes sociales peuvent en profiter sans se ruiner. Ce ne sont pas seulement ceux qui peuvent payer 200$ pour un billet qui aiment le baseball.

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C’est ce qui a toujours rendu l’atmosphère si splendide à Oakland. C’est juste ça, des fans. C’était bourré de jeunes familles dimanche. Deux pères en larmes me disaient que c’était une des seules petites folies qu’ils pouvaient se permettre avec leur garçon quelques fois par été.

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L’argent mène le baseball, comme dans tout. Il n’y a rien d’étonnant. Mais le sport professionnel devient de plus en plus impitoyable et inaccessible pour une bonne partie de ses plus fidèles partisans.

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