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Nos Québécois aux Olympiques de Paris: il a surmonté les doutes de certains de ses proches

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo portrait de Richard Boutin

Richard Boutin

2024-07-18T04:00:00Z

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À l’aube des Jeux de Paris, Le Journal vous propose une série de reportages sur les athlètes d’ici qui vivront leur rêve dans la Ville Lumière. Derrière tout le talent, la grâce et la puissance de ces machines se retrouvent aussi une vie de sacrifices, de choix difficiles et de travail acharné pour aller au bout de leur passion.

 


Charles Philibert-Thiboutot a réussi un exploit dont peu d’athlètes peuvent se targuer. Olympien à Rio en 2016 et incapable de se qualifier pour Tokyo en 2021, le coureur de demi-fond a rebondi et réussi contre vents et marées son standard olympique pour Paris.

Si Philibert-Thiboutot assure q’il a toujours gardé espoir de retrouver son meilleur niveau après avoir été ennuyé par des blessures importantes et raté sa qualification pour Tokyo, certains de ses proches ont toutefois perdu la foi au cours de ses années difficiles.

«Certaines personnes de mon entourage ne croyaient plus à mes chances de revenir, confie-t-il. Ma conjointe de l’époque, ma physiothérapeute (Marilou Lamy), ma mère, Félix-Antoine (Lapointe) et mon père, eux, n’ont toutefois jamais douté, peu importe les bas que j’atteignais.»

Philibert-Thiboutot a immédiatement pensé à ces personnes qui ont joué un rôle important dans sa carrière quand il s’est hissé sur la plus haute marche du podium aux Jeux panaméricains, en octobre dernier, à Santiago au Chili.

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«Quand j’ai entendu l’hymne national résonner pour la première fois de ma carrière, c’est à eux que j’ai pensé. Ça faisait 13 ou 14 ans que je me battais pour un titre et mon rêve s’est réalisé. Une partie de ma médaille d’or leur revient.»

«J’ai rarement vu Charles aussi émotif, de renchérir Lapointe. Ce fut l’un de ses plus hauts faits d’armes en carrière.»

La mère du coureur de 33 ans a toujours gardé espoir.

«Charles a toujours fait preuve d’une grande franchise et il n’aurait pas continué s’il n’y avait pas crû, raconte Hélène Philibert. Il savait qu’il n’avait pas été au bout et qu’il était en mesure d’en donner plus. Moi aussi je le savais.»

«On est très près et je récolte le bonheur de l’avoir accompagné depuis ses tout débuts, de poursuivre la mère de trois enfants. À chaque fois qu’il se présente à la ligne de départ, je suis dans sa poche arrière. Je suis fière de sa grande détermination et de sa force intérieure.»

Une version améliorée

Philibert-Thiboutot estime qu’il est meilleur qu’à ses premiers Jeux où il avait atteint la ronde demi-finale. 

«Je suis un meilleur athlète, affirme-t-il. À l’époque, je m’entraînais comme un débile. C’est ce qui me permettait de connaître du succès et je m’attendais à réaliser des choses extraordinaires à 24-25 ans. J’ai maintenant une nouvelle approche de l’entraînement et je connais mieux mon corps.»

Le coureur du club d’athlétisme de l’Université Laval a aussi adopté une nouvelle philosophie.

«Après ces épreuves, je suis plus mature et je vois la vie différemment, explique-t-il. Je ne tiens rien pour acquis. À Paris, j’ai une dernière chance d’aller au bout de mes rêves et de découvrir jusqu’où je peux aller. À chaque fois que je vais dans un gros stade, je profite du moment et j’imprime l’expérience dans mon cerveau.»

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Après sa qualification pour Rio, le spécialiste du 1500 m croyait dur comme fer qu’il allait poursuivre sur sa lancée et enchaîner les succès.

Charles Philibert-Thiboutot lors du point de presse des Essais olympiques et paralympiques Bell 2024 du 27 au 30 juin au complexe sportif Claude-Robillard. Montréal, 26 juin 2024. PIERRE-PAUL POULIN/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI
Charles Philibert-Thiboutot lors du point de presse des Essais olympiques et paralympiques Bell 2024 du 27 au 30 juin au complexe sportif Claude-Robillard. Montréal, 26 juin 2024. PIERRE-PAUL POULIN/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI Photo Pierre-Paul Poulin

«J’étais naïf à l’époque et je me croyais invincible, reconnaît-il. Après les Jeux et deux étapes de la Ligue de diamant, j’avais le vent dans les voiles, j’étais convaincu que mes succès allaient se poursuivre et que j’allais devenir riche.»

Un entraîneur impressionné

Félix-Antoine Lapointe est impressionné par le retour en force de son protégé. «Je suis vraiment fier de Charles, exprime l’entraîneur. C’est rare dans notre sport qu’un athlète participe à ses deuxièmes Jeux huit ans plus tard. À tout près de 30 ans, Charles aurait pu tourner la page en raison des embûches, mais il n’a jamais abandonné.»

«Malgré la déception, il a toujours continué de croire en lui et il ne voulait pas arrêter sur cette note, de poursuivre Lapointe qui travaille avec Philibert-Thiboutot depuis toujours. Il va poursuivre jusqu’au championnat mondial de 2025 à Tokyo et pourra quitter en ayant tout fait pour être le meilleur de lui-même.»

«Après que Charles eut raté sa qualification pour Tokyo, je n’ai jamais eu l’impression qu’il voulait arrêter, de poursuivre Lapointe. Il croyait en lui malgré la déception et il ne voulait pas arrêter sur cette note. Il a réussi son standard pour le Mondial peu de temps après les Jeux et, après une pause, il a débuté la préparation pour Paris.»

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En santé comme jamais

Grâce à une rencontre inattendue qui a relancé sa carrière, le coureur de demi-fond Charles Philibert-Thiboutot est en santé comme jamais et il sera à la ligne de départ à Paris pour ses deuxièmes Jeux.

La physiothérapeute Marilou Lamy a joué un grand rôle dans le retour en force de Charles Philibert-Thiboutot. À l'occasion des Essais olympiques à Montréal, elle prodigue des soins à son protégé. Montréal, 26 juin 2024. PIERRE-PAUL POULIN/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI Pour Cahier Olympique
La physiothérapeute Marilou Lamy a joué un grand rôle dans le retour en force de Charles Philibert-Thiboutot. À l'occasion des Essais olympiques à Montréal, elle prodigue des soins à son protégé. Montréal, 26 juin 2024. PIERRE-PAUL POULIN/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI Pour Cahier Olympique

«Sans Marilou [Lamy], je ne serais pas aux Jeux olympiques, affirme-t-il. Je lui dois ma carrière athlétique. J’ai été en mesure de retourner à mon meilleur niveau. J’ai eu quelques blessures mineures, mais rien d’aussi grave que pendant le cycle de Tokyo.»

Peu de temps avant les Jeux olympiques de 2016, Philibert-Thiboutot avait profité une première fois de l’expertise de la physiothérapeute qui l’avait remis en selle.

«Par l’entremise d’un partenaire d’entraînement qui m’avait parlé de Marilou qui traitait plusieurs coureurs à Vancouver, je l’ai rencontrée une première fois, raconte le spécialiste du 1500 m. Elle a réglé mon problème chronique de dos sinon je n’aurais pas été mesure de participer aux Jeux.»

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Miné par plusieurs blessures dans le cycle olympique menant à Tokyo, Philibert-Thiboutot n’a pas été en mesure de se qualifier pour ses deuxièmes Jeux, vivant l’une des plus grandes déceptions de sa vie.

Nouveau départ

Dans l’espoir de regagner sa forme des beaux jours et de rester loin de l’infirmerie, il a remis les compteurs à zéro de concert avec sa physiothérapeute et son entraîneur Félix-Antoine Lapointe.

«Nous avons d’abord changé ma mécanique de course qui était mauvaise et j’ai travaillé beaucoup en gymnase. Félix a misé sur une approche plus graduelle. J’ai continué de faire de gros entraînements, mais en les séparant davantage et en m’accordant plus de repos.»

Philibert-Thiboutot a aussi décidé de passer plus de temps à Vancouver.

«Je vis dans une valise alternant entre Vancouver, Québec, Flagstaff en Arizona et la route pour les compétitions, mais c’était un sacrifice que je devais faire. Je passe beaucoup plus de temps à Vancouver où Marielou peut assurer un suivi et travailler en prévention au lieu d’être en réaction après une blessure. À chaque fois que je retournais à Québec, je me blessais de nouveau.»

Travail d’équipe

Joueuse d’équipe, la physiothérapeute, qui travaille avec les médaillés olympiques Mohammed Ahmed et Evan Dunfee ainsi que le champion du monde Marco Arop, partage le crédit du retour en force du médaillé d’or des Jeux panaméricains.

«Ce n’est pas un travail qui se fait seule. L’entraîneur a joué un rôle majeur en misant sur une bonne planification. Son préparateur physique [Charles Castonguay] avec qui je suis en contact et son préparateur mental ont aussi contribué au succès de Charles.»

«Je lève mon chapeau à Charles qui a travaillé fort à la clinique, mais aussi au gym et à la maison », de poursuivre Lemay. Je n’ai été qu’un guide. La collaboration est essentielle entre les différents intervenants. Pour une question d’ego, ce n’est pas toujours le cas.»

Au-delà de la qualité des soins, Philibert-Thiboutot louange l’implication de Lamy. «Elle a le même état d’esprit qu’un Olympien. Elle ne voit pas de limites à sa contribution.» Lamay confirme. «Je veux leur succès autant qu’eux autres.»

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