Nous sommes les Coyotes de l'Arizona de la MLS

Jean-Charles Lajoie
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Mercredi soir, je suis allé au parc. Le parc, c’est le stade Saputo. Pour moi, aller à ce stade, à l’ombre du stade qui n’en est plus vraiment un, équivaut à aller au parc.
Je l’aime beaucoup, moi, le parc Saputo. Je le trouve accueillant et hostile, juste ce qu’il faut. Quand le soleil descend et qu’il éclaire naturellement la section des gradins au sud... puis qu’il laisse place à un ciel de nuit étoilé décoré d’une lune éblouissante...
Quand les projecteurs permettent de voir la sueur voler en éclats depuis le front et le chandail des joueurs...
Quand les Ultras ou les 1642 rivalisent de leurs chants rassembleurs...
Quand Choinière enfile pour justifier des demandes salariales légitimes...
Quand tout le monde se lève d’un bond et hurle son délire...
Quand la toune de but s’enchaine, provoquant un pas de danse rythmé des partisans à l’unisson, tandis que l’étoile du nord, la mythique cloche, sonne et résonne...
Quand l’annonceur maison Robert Tanguay s’exécute à bout de poumons : «Le but du CF Montréal, son premier de la saison, marqué par le numéro 29... Mathieu...» et que la foule enchaine avec un retentissant Choinière...
Quand Robert en rajoute : «Mathieu»... et que la foule rétorque encore : «Choinière»... et que Robert trouve le moyen de rouler un «r» dans le nom de Mathieu, qu’il hurle une troisième fois en l’étirant au bout de son souffle et que la foule hystérise le dernier Choinière...
Bref, quand ça va bien, un après-midi ou une soirée au parc est toujours un moment des plus agréables à passer. Mercredi soir a été un de ces agréables moments. Hélas, pas pour les motifs habituels de partisanerie de mon club, le CF Montréal.
Mercredi soir au parc, je suis allé voir les deux gars qui pour moi incarnaient un possible championnat de la MLS pour la petite Montréal que j’aime et qui fête son 382e anniversaire de fondation aujourd’hui même. Facile à retenir, suffit de voir résonner la cloche des... 1642.
Bref, mercredi soir, j’ai vu deux de mes favoris, Wilfrid Nancy coacher contre mon camp, coacher contre son camp... car Wilfrid Nancy, c’est Montréal. Son départ est une catastrophe que le CF aurait facilement pu éviter.
Et mercredi soir au parc, j’ai aussi vu mon directeur sportif favori, Olivier Renard, assister au match de son club dans la peau d’un simple partisan, à l’aide de ses propres droits de sièges de saison dûment payés.
Une soirée formidable, une vraie soirée de début d’été, le mois de mai dans ce qu’il a de plus beau à offrir, tant pis pour les allergies. Mais une défaite de mes favoris... une autre en fait, car des défaites, ce club aime les accumuler.
Le CF rivalise avec lui-même. L’administration semble toujours vouloir subir plus de défaites que l’équipe sur le terrain.
Wilfried Nancy et Olivier Renard auraient assurément conduit le CF Montréal en championnat MLS avec un minimum d’ambition de la part du propriétaire Joey Saputo. Un minimum d’ambition se traduisant par une injection de capitaux et une réserve élémentaire quant aux interventions intempestives à la suite d’une défaite du club.
On ne saura jamais vraiment jusqu’où Olivier Renard aurait pu conduire le CF avec les moyens de ses ambitions, mais tous ces gens dans les cercles renseignés du soccer en Amérique, mais aussi en Europe, savent que Montréal est passé à côté de joueurs qui auraient eu un impact au moins aussi grand qu’a eu le roi Drogba il y a quelques années.
On ne saura probablement jamais comment une acquisition n’a pu se faire, faute d’approbation du propriétaire. Comme si Kent Hughes disait à Geoff Molson : Geoff, je peux mettre sous contrat Sam Reinhart pour 7 ans et 72 millions $ et que Geoff Molson disait : «Non merci, je ne dépense pas cet argent-là...» Imaginez le délire dans la métropole...
Alors que nous reste-t-il? Il nous reste un président, Gabriel Gervais, qui semble, hélas, n’être que le porteur du message, le «poster boy» loin de l’homme fier et assuré qui a été nommé en recevant un accueil enthousiaste il y a quelques années.
Il nous reste un coach, Laurent Courtois, qui a de l’étoffe, mais qui déchante assurément devant le roman savon dans lequel il baigne. Et il nous reste un propriétaire qui s’envole de Bologne à Miami et, quelques fois ici à Montréal, le temps de régler ce qui reste à régler.
Le CF Montréal, c’est les Coyotes de l’Arizona de la MLS... sauf qu’au moins en Arizona et maintenant en Utah, on comprend la valeur d’un coach et on veut s’assurer de garder André Tourigny longtemps.
Comment devant tout ce carnage ne pas croire que Joey Saputo ne veuille vendre l’équipe à des intérêts américains qui, soutenus par le facilitateur Don Garber, patron de la MLS, pourrait déménager le CF quelque part aux États-Unis...
Et alors, on ne reverra plus jamais un club de la plus prestigieuse ligue en Amérique ici à Montréal.