«Nous avons été autorisés à être massacrés»: des appels de l’armée russe interceptés


Claudie Arseneault
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Des appels entre des soldats du Kremlin et leurs proches, interceptés par des Ukrainiens, ont révélé la sévérité des conditions et la difficile position dans laquelle vivent les forces russes.
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Le média britannique The Guardian a publié les bandes audio de ces conversations perturbantes.
Le 8 novembre dernier, à 15h10, un militaire russe en poste sur la ligne de front, nommé Andrey, a ignoré les ordres de ses supérieurs pour appeler sa mère avec un téléphone portable non autorisé.
«Personne ne nous donne à manger, maman», s’est-il plaint. «Notre approvisionnement est de la merde, pour être honnête. Nous puisons et filtrons de l’eau dans des flaques de pluie pour boire.»

Près de Lyman, dans l’est de l’Ukraine, les forces russes étaient en retrait depuis plusieurs semaines. La ville, capturée depuis mai 2022, a été libérée par l’armée ukrainienne en octobre.
Deux jours avant l’appel de Andrey, les forces russes avaient «enfin» commencé à tirer sur les troupes ukrainiennes, mais avec des bombes en phosphore, faute de munitions, a-t-il dit à sa mère.

«Où sont les missiles dont Poutine se vantait?» dit-il au téléphone. «Il y a un grand immeuble devant nous. Nos soldats ne peuvent pas le toucher. Nous avons besoin d’un missile et c’est tout.»
Il a par la suite rassuré sa mère, qui vit à Kostroma, une ville à 500 kilomètres au nord-est de Moscou, qu’il allait bien malgré tout. «Je récite toujours des prières, maman. Tous les matins.»
Le contenu de la conversation durant 5 minutes et 26 secondes entre le soldat russe et sa mère peut être entendu par l’entremise du Guardian, car l’armée ukrainienne l’a transmis au journal.
Dans une autre interception datant du 26 octobre, un soldat de la région de Donetsk raconte à sa femme comment il a fui avec trois personnes et qu’il envisageait de se rendre.
«Je suis dans un sac de couchage, tout mouillé, toussant, bref, je suis généralement mort», a-t-il déclaré au téléphone. «Nous avons été autorisés à être abattus.»

Communication et sécurité restreintes
Les services de renseignement ukrainiens ont écouté des milliers d’appels entre soldats dans les tranchées ou avec leurs proches, communications examinées à des fins stratégiques, pour ensuite être rendues publiques aux médias.
Au début de la guerre, les conversations de stratégie entre militaires étaient captées, même par des amateurs, à travers les fréquences radio ouvertes. Preuve de la basse sécurité des communications.
Puis, une série d’articles de presse fondés sur des interprétations d’appels relatant des violations de droits à Bucha, ville au nord de Kyïv où des civils auraient été abattus, et témoignant du bas moral de l’armée russe, ont conduit l’armée russe à serrer la vis à leurs soldats.

Encore aujourd’hui, un grand nombre de soldats vont au front munis de leur téléphone portable, pour pouvoir discuter avec leurs familles, mais dont les échanges sont interceptés par les fournisseurs de télécommunication.
Bien qu’un portrait de la stratégie russe soit difficile à dessiner, l'énorme quantité d'appels passés par les soldats peut cependant mettre en lumière les faiblesses de l'armée russe, a rapporté The Guardian.