Notre sport est malade rare

Jean-Charles Lajoie
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Clarifions une affaire d’emblée, le projet de loi du gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) visant à faire du hockey le sport national des Québécoises et des Québécois est sur le fond une bonne nouvelle. Dire le contraire serait équivalent à ne pas aimer le hockey ou à être tout simplement contre la vertu.
Mais en même temps, voir un gouvernement contraint de rappeler par décret à ses citoyens que le hockey est le sport numéro un de la nation équivaut à faire vœu que ledit sport est malade rare.
À moins bien entendu que cette loi s’accompagne d’une série de mesures visant à redorer le blason entaché du hockey amateur québécois au fil des décennies.
Le Canada a décrété le hockey comme sport national d’hiver en 1994. Le Québec est ainsi en retard de 30 ans sur le rest of Canada.
Le projet que semblent mener le ministre de la Culture et des Communications Mathieu Lacombe et la ministre du Sport, du Loisir et du Plein air Isabelle Charest émane du dépôt du rapport déposé par le Comité québécois sur le développement du hockey en avril 2022. Vous vous rappelez ce comité formé à toute hâte selon le bon vouloir de M. Legault avec à sa tête l’analyste Marc Denis. Un éléphant lancé sur la glace pour y accoucher d’une toute petite souris, faute de temps.
Il fallait faire vite, comme si on venait de mettre un thermomètre dans le derrière de notre hockey pour constater qu’il faisait 103 de fièvre et que la glace menaçait de fondre à jamais. Ça prenait deux Tylenol, mais, finalement, on dirait qu’il en restait juste la moitié d’une dans le gobelet.
Le rapport intitulé Le hockey, notre passion n’a eu le temps de contenir que neuf recommandations dont la plus naturelle et évidente à honorer était de hisser le hockey au rang de sport national du Québec.
Je vous rappelle que le rapport a été déposé en avril 2022, il y a 32 mois! Et on commence à peine à parler d’un projet de loi en ce sens.
Le rapport suggérait aussi de prioriser le hockey féminin. Jocelyn Thibault l’avait bien compris avant de quitter abruptement son poste de haut dirigeant de Hockey Québec.
Le hockey féminin continue son ascension et fort heureusement d’ailleurs, sans quoi le soccer aurait tout lieu de lever la main en s’autoproclamant sport national du Québec.
Les jeunes filles sauvent la mise du hockey amateur en s’inscrivant en grand nombre depuis quelques années. Rien à voir toutefois avec le rapport du comité Denis, sauf mon respect. Tout à voir avec Marie-Philip Poulin, une légende inspirante à qui plusieurs jeunes filles veulent ressembler. Comme une génération de gardiens de but, dont Marc Denis, a un jour voulu être Patrick Roy. Ç’a fait du Québec une nation dominante à cette position pendant 25 ans sur l’échiquier mondial.
Dans le même rapport, on réclamait des investissements massifs en infrastructures. Où en est le gouvernement avec cette recommandation sinon dans un cul-de-sac?
Enfin, comment le gouvernement va réussir à réduire d’au moins 60% la facture actuelle de chacune et chacun des inscrits au hockey mineur? Parce que le grand dérapage a commencé avec l’enflure de la facture. C’est une fracture que les familles moyennes choisissent souvent de ne plus s’infliger, et je peux les comprendre.
Rendre le hockey accessible à toutes et à tous serait la plus grande réalisation suivant le rapport Denis; permettre aux moins bien nantis d’avoir accès à un équipement et du temps de glace de qualité, comme au temps des paroisses.
Les enfants de la nation qui n’ont pas la chance de naître dans la ouate méritent au moins la chance de réaliser leur grand rêve de jouer au hockey.