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Olympiens dans l'incertitude: nos athlètes angoissent

Richard Boutin | Journal de Montréal

2021-03-06T23:01:12Z

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À moins de cinq mois des Jeux olympiques de Tokyo, dont le coup d’envoi est prévu le 23 juillet, l’incertitude est toujours aussi grande et les athlètes ne savent pas sur quel pied danser. 

Déjà que l’entraînement a été dramatiquement modifié et que le calendrier de compétitions a été bouleversé dans certains cas et placé carrément sur pause dans d’autres disciplines, les athlètes sont continuellement en mode adaptation. L’article du Times de Londres en janvier qui affirmait que la décision d’annuler les Jeux était déjà prise a ajouté une bonne couche d’appréhensions, même si le CIO et le comité organisateur ont rapidement nié la nouvelle.

Aujourd’hui et demain, 10 olympiens nous confient leurs états d’âme en ces temps difficiles.

Blanchie en janvier 2020 pour un test positif au ligandrol subi en août 2019 qui avait mené à une suspension provisoire, Laurence Vincent Lapointe ne regarde pas trop loin, elle qui vise la médaille olympique en C-1 alors que le canoë féminin fera sa rentrée aux Jeux olympiques de Tokyo. « J’essaie de ne pas me projeter trop loin parce que c’est inutile, souligne-t-elle. Je prends les journées une à la fois. »

Meaghan Benfeito abonde dans le même sens. « Devant l’incertitude, je ne vous le cacherai pas, c’est difficile, indique la plongeuse de 31 ans qui compte trois médailles olympiques à son palmarès en trois participations et dont les Jeux de 2021 seront les derniers. Il faut y aller un jour à la fois. »

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Partenaire de Benfeito dans l’épreuve du 10 m synchronisé, Caeli McKay souhaite vivre ses premiers Jeux en compagnie de son idole de jeunesse. « Pour moi, ça serait mes premiers Jeux à Tokyo, mais ce serait les derniers de Meaghan. C’est donc notre dernière occasion de vivre les Jeux olympiques ensemble. »

Moments difficiles

Coéquipière de Benfeito au sein de l’équipe nationale, Jennifer Abel vit elle aussi des moments difficiles. « C’est certain que c’est difficile de garder la motivation, reconnaît celle qui a remporté le bronze au 3 m synchronisé aux Jeux de Londres en 2012 et terminé en 4e position à deux reprises en 2016 à Rio. Le plus difficile, ce n’est pas l’incertitude par rapport à la présentation des Jeux, mais c’est plutôt le fait qu’il n’y a rien devant nous. Il n’y a pas de compétition. Il n’y a vraiment rien. »

Doutes

Membre du K-4 500 m, le kayakiste Pierre-Luc Poulin a reçu un choc quand il a été mis au parfum de l’annulation possible des Jeux. « Je n’ai pas l’habitude de me baser sur des rumeurs, mais ce ne fut pas facile de m’endormir après la nouvelle du Times. Ç’a créé des doutes. Ça peut être lourd comme situation parce que notre entraînement des dernières années pourrait s’envoler en fumée, mais il y aura des raisons valables si jamais l’annulation est la seule solution. »

Qualifié pour Tokyo depuis octobre 2019, le gymnaste René Cournoyer ne cache pas son stress. « C’est stressant et il y a beaucoup de bruit autour de ça qu’on essaie d’ignorer, mais ça crée de l’angoisse dans la préparation. On se demande si on pourra avoir la préparation optimale pour les Jeux. »

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« C’EST UNE GUERRE PSYCHOLOGIQUE »        

Avec toute l’incertitude entourant les Jeux olympiques de Tokyo, la présente situation apporte son lot de défis pour les athlètes. Plus que jamais, ceux qui pourraient réussir à grimper sur le podium, cet été, auront démontré une force mentale particulière.  

« C’est une guerre psychologique, vient résumer Jean-François Ménard, spécialiste en préparation mentale, qui travaille avec Derek Drouin (saut en hauteur), Antoine Valois-Fortier (judo), Laurence Vincent Lapointe (canoë) et Damian Warner (décathlon), entre autres. Ceux qui gagnent cette guerre psychologique, il va leur arriver des bonnes choses. »  

Pour aider les athlètes dans leur préparation, Ménard mise notamment sur un concept entourant le regret. 

« Je travaille beaucoup avec le concept du regret et du non-regret, précise-t-il. Si les athlètes enlèvent le pied de la pédale, ils vont le regretter advenant le cas où il y a des Jeux olympiques. Il faut plutôt s’assurer de n’avoir aucun regret. Peu importe ce qui va se passer, si tu travailles, tu vas regarder derrière toi et tu vas être fier. »  

Noir ou blanc  

Dans cette veine, les athlètes doivent faire fi des nombreuses rumeurs, même si ce n’est pas toujours évident.  

« Il y a beaucoup de spéculation et on parle alors d’une zone grise, explique Ménard, qui est également l’auteur du livre L’olympien au bureau. Moi, je travaille avec le noir et le blanc. Si tu écoutes les rumeurs, ça ne te permet pas de travailler adéquatement. En ce moment, il y a des Jeux olympiques. C’est ce que dit le Comité olympique canadien. Je ne dis pas que c’est facile de s’entraîner dans ce contexte-là, mais c’est plus simple de s’en tenir au fait qu’il y a des Jeux prévus actuellement. »  

Gérer la certitude  

Un autre conseil aux athlètes : voir à court terme. 

« Tu dois te concentrer sur le travail au quotidien, complète le spécialiste en préparation mentale. Présentement, prévoir sept jours à l’avance, c’est une planification à long terme. Ce n’est pas facile, car les athlètes sont des bibittes d’anticipation. Ils travaillent pour atteindre leur sommet au bon moment. Plusieurs ne savent même pas quand auront lieu leurs prochaines compétitions. Mais la meilleure façon de gérer l’incertitude, c’est de gérer la certitude, et ta seule certitude, c’est ce que tu fais à l’entraînement. » 

-Avec la collaboration de Mathieu Boulay, Dave Lévesque, Benoît Rioux et Julie Roy

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