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Nordiques à Montréal: le Canadien a manqué d'audace

Photo portrait de Jean-Charles Lajoie

Jean-Charles Lajoie

2026-01-30T23:07:37Z

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Ce n’était pas une soirée parfaite, mais on n’en était vraiment pas loin. Il a suffi d’apercevoir ce bleu si particulier des Nordiques pour sentir les genoux ramollir, comme si un pan de mémoire collective revenait d’un coup.   

Dans les gradins du Centre Bell, ils étaient étonnamment nombreux hier, ces partisans des Nordiques. Bien plus que ce à quoi on pouvait s’attendre. Et fait rarissime depuis le départ du club vers Denver : un visiteur a reçu des cris de joie quand il a marqué à Montréal. Quand Brock Nelson a fait bouger les cordages, ça a résonné dans la cathédrale du hockey.

Parmi eux, Kevin — auditeur fidèle, ancien farouche partisan des Bleus devenu allié du CH avec les années. Lui s’était payé la totale : la chic section CIBC, celle qui donne ces fameuses images télé de sièges vides parce que les détenteurs prolongent leur verre sous les gradins. Et bien sûr, son chandail fétiche : le numéro 11 d’Owen Nolan.

Quand Nelson — lui aussi numéro 11 — a compté, il a souri. Mais au final, il a surtout eu ce qu’il souhaitait : une victoire du Canadien, désormais son équipe.

«Le Canadien a manqué le bateau» 

Kevin, entrepreneur prospère de Sherbrooke, introverti, self-made-man, père aimant, maniaque fini de hockey, m’a écrit un long message ce matin. À la réflexion, il trouve que le Canadien n’a pas saisi l’occasion.

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Selon lui, le CH aurait pu — et dû — en faire au moins autant que l’Avalanche en novembre dernier, quand le club du Colorado avait recréé à fond l’ambiance d’un duel Canadiens–Nordiques.

Il se demande pourquoi on n’a pas chanté uniquement l’hymne canadien, et entièrement en français. Pourquoi Michel Lacroix n’a pas utilisé exclusivement la langue première et majoritaire ici, comme au vieux Colisée de Limoilou.

Pourquoi les pauses n’ont pas été garnies de clips de moments marquants de cette rivalité mythique. Pourquoi il n’y avait pas davantage d’anciens Nordiques invités par le CH.

Il note aussi que le Tricolore soulignait hier la soirée du Nouvel An chinois — une initiative tout à fait louable — mais il rappelle que c’était surtout la soirée des Nordiques.

Il aurait aimé voir des mini-Nordiques affronter des mini-Canadiens aux entractes Tim Hortons. Bref, il trouve que le CH en a fait bien peu pour honorer ce qui fut la plus grande rivalité sportive de l’histoire du Québec.

Pas de complot, juste un manque d’audace 

Kevin n’accuse personne. Il ne croit pas non plus que le Canadien se soit soumis à une quelconque pression en demandant la permission à la LNH pour organiser cet affrontement rouges-contre-bleus.

Mais il se demande : si le CH avait joué le jeu aussi fort que l’Avalanche, serait-il reparti du Centre Bell avec un petit pincement, celui d’être privé de ses Nordiques depuis trop longtemps? Aurait-il appelé à Bonsoir les sportifs pour réclamer que Geoff Molson mette la pression sur Gary Bettman afin de ramener une équipe à Québec?

On ne le saura jamais. Et rendu où on en est, ça n’a peut-être plus tellement d’importance. L’imaginaire collectif croit maintenant que la LNH boudera Québec pour toujours.

Kevin encourage le Canadien. Comme une écrasante majorité d’amateurs de hockey de Québec — sauf une poignée d’irréductibles devenus partisans des Bruins — il a fait le saut dans le bandwagon des Glorieux.

Même mon chum d’enfance Steve Brochu, Nordiques jusqu’au fond de l’os, a regardé le match hier avec son vieux numéro 32 de Dale Hunter... tout en bondissant chaque fois que la Flanelle marquait.

Comme depuis 30 ans, et probablement pour toujours, au Québec, c’est le Canadien et son monopole qui gagnent. Tout le temps.

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