Un Québécois à sa troisième demande pour faire venir sa sœur du Liban à temps pour l’arrivée de son enfant en septembre se bute à un mur de messages in English d’Immigration Canada.
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« Qu’est-ce que je suis ? Une machine pour faire des enfants et payer des impôts ? Je suis un être humain. J’ai le droit de recevoir de la visite de personnes qui respectent les lois », soupire au bout du fil Mazen Hotait, un gestionnaire du milieu de l’éducation, qui habite en Outaouais.
Ces dernières années, l’homme a tenté à trois reprises de faire venir sa sœur du Liban en visite, mais chaque fois, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) lui a répondu que son dossier était incomplet.
Demande d’accès
Mazen Hotait a beau avoir fourni chèques de paie, titres de propriété, comptes de banque garnis... rien n’y fait, mais ce qui le choque le plus, c’est lorsque l’on correspond avec lui dans la langue de Shakespeare.
En plus de se faire répondre en anglais, Mazen Hotait a découvert, grâce à une demande d’accès à l’information, que même l’agent qui avait écouté son histoire au téléphone avait pris 35 pages de notes... en anglais.
« Si tu reçois un dossier en français, pourquoi tu n’es pas capable de rédiger deux lignes en français ? Comment fais-tu pour comprendre la documentation ? Ça prend quelqu’un qui a un excellent niveau en français », dénonce-t-il.
« Je soupçonne que l’agent ne maîtrisait pas le français ou que le dossier n’a pas été analysé », va jusqu’à dire l’homme à bout de patience.
Or, si l’on se fie au Commissariat aux langues officielles, le cas de Mazen Hotait est loin d’être isolé. En 2021-2022, plus de 68 plaintes ont été déposées au Commissariat aux langues officielles contre Immigration Canada, soit 13 fois plus que les cinq de 2020-2021. Pour la même période, le nombre d’enquêtes a triplé, de 4 à 12.
« Il y a quelque chose qui ne marche pas avec la gestion du ministère de l’Immigration, c’est vraiment fou », dénonce Mazen Hotait, qui n’exclut plus de quitter le Canada, même s’il se dit fier de vivre en français au Québec.
Ministre unilingue
Au sommet d’Immigration Canada, son ministre, Sean Fraser, peine toujours à s’exprimer en français. Après une annonce en anglais de janvier dernier, plus de 54 plaintes ont été reçues au Commissariat aux langues officielles.
Joint par Le Journal, hier, son cabinet a répété que le ministre continue « de prendre des cours de français chaque semaine ».
« La langue de la demande n’a aucune incidence sur les délais de traitement », a assuré son attaché, Aidan Strickland, dans une déclaration écrite.
« Le temps d’attente varie d’une demande à l’autre selon plusieurs facteurs, comme si la demande est complète, et si l’agent doit demander des informations supplémentaires, ainsi que la complexité de la demande », a-t-il conclu.
— Avec la collaboration de Nicolas Brasseur
Nombre de plaintes et enquêtes contre Immigration Canada
| Année | Plaintes recevables | Enquêtes créées |
| 2019-2020 | 8 | 6 |
| 2020-2021 | 5 | 4 |
| 2021-2022* | 68 | 12 |
* En date du 17 mars 2022
Source : Commissariat aux langues officielles, au 17 mars 2022
Des avocats québécois en ont assez !
Des avocats excédés par les délais d’attente des 18 000 dossiers de résidence en retard viennent de déposer une poursuite contre Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) pour forcer Ottawa à bouger.
« Il n’y a aucun dollar demandé. On veut juste une procédure normale, régulière, et que l’on règle les dossiers. On est prêt à discuter. On a une main tendue », explique Guillaume Cliche-Rivard, qui porte le dossier pour l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI).
Hier, l’avocat en immigration a confirmé en entrevue avec Le Journal l’information d’abord dévoilée par Radio-Canada.
Après avoir mis en demeure IRCC le mois dernier, l’association a demandé à la cour de forcer Ottawa à régler les dossiers dans des délais raisonnables.
« La goutte qui a fait déborder le vase, c’est qu’IRCC s’est mis à traiter des dossiers de 2021 au Québec, alors qu’il n’avait même pas fini ceux de 2018 et 2019 », se désole Guillaume Cliche-Rivard.
Retards au Québec
Alors que plus de 80 % des dossiers au pays sont traités en moins de six mois, les demandes du Québec peuvent prendre jusqu’à trois ans avant de l’être, selon l’avocat.
D’après Guillaume Cliche-Rivard, jusqu’en janvier 2020, les retards venaient surtout du provincial, mais depuis deux ans, le problème est à Ottawa.
Au Journal, l’avocat précise : pas question de se lancer dans une guerre à plus finir avec le gouvernement, l’objectif est plutôt de régler la pile de dossiers.
« On demande que les dossiers déposés en 2018 soient réglés ces trois prochains mois et que les 2019 le soient dans les six prochains mois », a-t-il dit pour conclure.
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