«Non à la guerre»: le premier ministre espagnol Pedro Sánchez décidé à tenir tête à Trump
AFP
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Revendiquant son choix de dire « non à la guerre », le premier ministre espagnol Pedro Sánchez tient tête à Donald Trump, irrité par son refus de laisser les États-Unis utiliser des bases pour attaquer l’Iran, un nouvel épisode dans les relations tendues entre les deux dirigeants.
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Dans une allocution prononcée mercredi, Pedro Sánchez a promis que son pays ne serait « pas complice » des attaques américano-israéliennes menées en Iran « par peur des représailles de certains », une référence directe au dirigeant américain.
Le premier ministre espagnol a également dénoncé les objectifs « pas clairs » des armées américaine et israélienne contre Téhéran, jugeant « inacceptable » que « des dirigeants (...) utilisent l’écran de fumée de la guerre pour dissimuler leur échec ».

Cette prise de parole tranche avec le ton beaucoup plus prudent employé ces derniers jours à Paris, Londres ou Berlin, et vient alimenter le bras de fer verbal entre le chef de gouvernement espagnol et le président américain.
Depuis plusieurs mois, Donald Trump s’en prenait déjà régulièrement au dirigeant espagnol depuis que Madrid s’est opposé à l’augmentation de ses dépenses de défense à 5 % de son PIB comme le veut le nouvel objectif de l’OTAN.
« L’Espagne a été terrible »
Mardi, Donald Trump a cette fois-ci vertement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l’aviation américaine l’accès à des bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l’Iran entamée samedi.
Au cœur de cette polémique, la base navale de Rota et de celle aérienne de Morón, dont l’utilisation est définie par un accord signé en 1953 entre les États-Unis et l’Espagne, à l’époque dirigée par Franco.
« L’Espagne a été terrible », a cinglé le locataire de la Maison-Blanche, menaçant directement Madrid de « cesser » les relations commerciales entre les deux pays.
Face à ces déclarations, la Commission européenne a pris mercredi la défense de l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, assurant dans un communiqué être « prête à réagir » pour « défendre (ses) intérêts ».
Mais mardi, le chancelier allemand Friedrich Merz, assis aux côtés de Donald Trump, était, lui, resté silencieux en public, ce qui a « surpris » les autorités espagnoles, a reconnu mercredi le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares.
Jusque-là, « la réaction de l’UE aux attaques contre l’Iran n’a pas été très cohérente », analyse Ángel Saz Carranza, directeur du centre d’analyse espagnol EsadeGeo.
L’Espagne, elle, appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit.
« C’est cela être +du bon côté+ de l’histoire ? », l’avait interpelé lundi le ministre israélien des Affaires étrangères sur X, après le satisfecit exprimé par Téhéran au sujet de la position de Madrid.
Resserrer son électorat
En Espagne, la prise de position de Pedro Sánchez est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son électorat autour d’une thématique qui fait consensus au sein de la gauche espagnole.
Entre défaites dans des scrutins régionaux, affaires judiciaires visant des proches et accusations de harcèlement sexuel au sein de son Parti socialiste (PSOE), le moment politique est en effet délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives.
Sur X, le patron du Parti populaire (droite), principal parti d’oppostion, Alberto Núñez Feijóo, a exhorté Donald Trump à « respecter » l’Espagne, tout en accusant Pedro Sánchez d’utiliser la politique étrangère à des fins « partisanes ».
Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sánchez mercredi matin, avant son intervention, en lui suggérant « d’éviter la tentation (...) d’utiliser l’immense animosité qui existe à l’égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité ».
Le slogan pacifiste « Non à la guerre » avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l’intervention militaire des États-Unis en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées un temps, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors très aligné sur les positions américaines.
Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue à Madrid avaient dans ce contexte été attribués par de nombreux Espagnols à cette intervention en Irak, et la gauche avait remporté les législatives organisées trois jours plus tard.