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Nick Suzuki n'a jamais été le premier choix de personne: même l'Ontario l'a ignoré à 15 ans

Le capitaine du CH n'a jamais été respecté. Il commence à peine à l'être.

Photo portrait de Nicolas Cloutier

Nicolas Cloutier

2025-11-10T05:00:00Z

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C'est normal que nos surdoués du hockey puissent faire la grosse tête: ils ont passé leur vie à être vénérés, à se faire dire qu'il sont beaux et fins. Pas Nick Suzuki. Lui, il n’a jamais été le premier choix de personne.

Pas du Canadien. Pas de l’équipe qui l’a choisi au premier tour, les Golden Knights. Pas même d’Owen Sound, son équipe dans le junior.

Même pas de l’Ontario aux Jeux d’hiver du Canada quand il avait 15 ans. Il a fallu qu’un attaquant se casse une jambe pour que Suzuki soit intégré à la formation de départ de la délégation ontarienne. On l'avait inscrit sur la liste comme premier remplaçant. 

Même s’il dominait le minor midget avec les junior Knights de London, on avait préféré à Suzuki une vingtaine de jeunes de sa province et de son groupe d’âge. Parce qu'il était petit et ne patinait pas comme le vent. 

Méchante claque au visage.

Les frères Benedetti s’en souviennent très bien. Ils ont dirigé Suzuki quand il était loin de peser 200 livres et ne disait presque pas un mot. La décision des bonzes de l’Ontario avait «choqué» Steve. «Ç’a toujours été le négligé», m’a confié Greg, frère de l’autre. «Il jouait avec Isaac Ratcliffe et tout le monde pensait qu’Isaac allait être meilleur.»

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Ratcliffe, pour la petite histoire, a été choisi au deuxième tour par les Flyers. Il joue à Milwaukee dans la Ligue américaine aujourd’hui. 

L’entraîneur de l’Ontario pour les Jeux d'hiver, c’était Drew Bannister, celui qui a dirigé les Blues l’an passé. Je lui ai passé un coup de fil pour comprendre ce qui s'est passé.

«Oui, Nick était un extra dans notre équipe au départ, m'a-t-il avoué Je l’avais vu pas mal avec les junior Knights, mais, honnêtement, il ne jouait pas bien quand je le regardais. Je l’ai mis à l’aile. On est arrivés au tournoi et j’ai découvert un joueur totalement différent. Il était incroyable.»

Pas assez incroyable pour être le premier choix de l’Attack d’Owen Sound au repêchage de la OHL, par contre. Au neuvième rang, l’Attack a choisi le défenseur Markus Phillips.

Le DG Dale DeGray avait deux choix de premier tour cette année-là, puisque Victor Mete lui avait fait un pied de nez pour rejoindre les Knights de London. Avec son deuxième, il a pris Suzuki au 13e rang.

Photo AFP
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«Nick n’a même pas été mon premier choix, m’a confié brutalement DeGray, qui est encore DG d’Owen Sound. On pensait que les autres équipes ne l’aimaient pas assez et qu’on pourrait attendre.»

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Au moment de repêcher Suzuki, Bannister était dans le personnel d’entraîneurs de l’Attack. «C’était entre lui et Ratcliffe au 13e rang», a-t-il témoigné. Ratcliffe est sorti tout juste après, réclamé par Guelph.

Le DG DeGray a vite eu l’air d’un génie. Dès sa deuxième saison, celle de son repêchage dans la LNH, Suzuki détruisait la OHL avec 96 points en 65 matchs.

Et devinez quoi. Les équipes de la LNH n’y croyaient pas tant que ça. Les Golden Knights ont pris une chance parce qu’ils avaient trois choix de premier tour cette année-là.

Mais les Golden Knights n’étaient pas sûrs, eux non plus.

«Toutes les équipes m’appelaient et me posaient des questions sur son coup de patin, s’est souvenu le DG d’Owen Sound. J’essayais de leur dire que son coup de patin était correct et que son cerveau était hallucinant.

«Même Vegas était préoccupé par son patin.»

Bergevin voulait d'autres joueurs

Vous pouvez appeler Suzuki un premier choix dans la LNH si ça vous chante. C’est faux.

Suzuki est un choix de premier tour. Soit. Mais c’était le deuxième choix de Vegas après Cody Glass.

Erik Brannstrom a été le troisième choix des Golden Knights deux rangs plus tard, mais ça n’a pas été trop long avant qu’il dépasse Suzuki dans la hiérarchie.

AFP
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Saviez-vous que ce sont Glass et Brannstrom que le CH voulait en retour de Max Pacioretty?

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Voici comment ça s’est passé. Marc Bergevin a demandé Glass à George McPhee. McPhee a dit non.

Bergevin est revenu à la charge avec Brannstrom.

McPhee a dit non.

Bergevin a ravalé son orgueil et s’est «contenté» de Suzuki.

McPhee souriait à pleines dents. Il obtenait un marqueur de 30 buts et plus contre son troisième espoir.

Nick Suzuki était le deuxième choix de Vegas. Pour ensuite devenir le troisième choix du Canadien. 

Entre le moment où Suzuki est débarqué et celui où on s'est rendu à l'évidence que c'était lui, le premier centre, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. On a déjà pensé que c'était Jesperi Kotkaniemi, l'heureux élu. Ou Kirby Dach (oui, oui, c'était un sujet chaud quand Dach cartonnait à sa première année ici).

Il s'en trouve même qui voulaient l'échanger contre Wayne Simmonds, qui ne joue même plus au hockey.

Le Canada va peut-être s'en priver

On a fini par comprendre que Suzuki est une supervedette, mais on verra si Hockey Canada a appris la leçon qu'on a pu tirer.

«Je suis peut-être biaisé en raison de ce que j’ai vu, mais comment ne le mets-tu pas dans cette équipe?», s’interroge Steve Benedetti, qui a vu Suzuki remporter des matchs à lui seul par pur désir de vaincre.

Si le Canada ignore Suzuki aux JO, rien ne va changer, au final. Il va continuer de faire sa petite affaire avec le Canadien.

Il jouera avec son superordinateur, son processeur plus développé que les autres. Il découpera la glace mieux que tout le monde et fera mentir tout le monde.

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Photo Martin Chevalier
Photo Martin Chevalier

Comme il l’a fait après avoir été boudé pour le tournoi des 4 Nations. On vous laisse deviner qui est le meilleur pointeur de la LNH, ex aequo avec David Pastrnak, depuis que le Canada a remporté la finale à Boston.

Suzuki ne doit même pas le savoir. Peut-être que son bon ami Caufied lui a fait remarquer que depuis, il a empilé 57 points en 41 matchs.

Personne ne manquera d’argent dans l’entourage de Suzuki. Il est multimillionnaire. Mais son père pratique encore comme dentiste à London. Il vient de ce genre de famille.

«Il y a beaucoup de bons joueurs de hockey qui vont avoir, disons, une très bonne opinion d’eux-mêmes, a souligné Bannister. C’est correct. Mais ce n’est pas Nick.»

«J’ai rencontré des gars qui ont joué 10 matchs dans la LNH et ils vont se présenter comme un ex-joueur de la LNH, a confié Greg Benedetti. Mais si par hasard, tu te trouves à jouer au golf avec Suzuki, tu ne devinerais probablement jamais à qui tu as affaire.»

On n'a pas été entièrement honnête. Suzuki a été le premier choix du CH.

Mais par la nouvelle administration seulement. C’est elle qui en a fait son capitaine.

Là, c'était unanime.

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