Depuis près de 30 ans, Nick Suzuki est le joueur qui a remporté le trophée Selke en jouant le moins souvent en désavantage numérique.
La définition exacte de la LNH pour ce trophée est : « À l’attaquant qui excelle le mieux dans les aspects défensifs du jeu ».
Depuis 1998 (je n’ai pas réussi à remonter avant ça), tous les gagnants de ce trophée étaient des attaquants qui évoluaient en désavantage numérique.
Ce n’était pas le cas de Suzuki cette saison, sauf en cas de blessure. Le capitaine du Canadien a joué en moyenne 42 secondes par match en infériorité numérique.
La moyenne des gagnants est de plus de 2 minutes par rencontre. Rod Brind’Amour, lauréat en 2005, passait en moyenne 4 minutes 21 secondes par match à court d’un homme.

La seule exception avec Suzuki, c’est Pavel Datsyuk, avec 44 secondes, en 2010.
Illogique
J’ai un peu de misère à comprendre comment celui qui a été « l’attaquant qui a excellé le mieux dans les aspects défensifs du jeu » n’a pas participé au jeu quand c’était un désavantage numérique. C’est illogique, à mon avis.
Ce sont les journalistes qui votent pour ça. Ils sont 151 sur 198 à avoir choisi Suzuki. Il y en a un maudit paquet dans tout ça qui connaît le hockey mieux que moi. Mais sur ce point, j’ai de la misère à être d’accord.
En fait, je ne suis pas le premier, mais je me demande à quoi ça rime, ce trophée Selke. Je me demande si ce n’est pas devenu un peu un trophée en chocolat ou un titre de noblesse.
On s’entend. Si tu le gagnes, ça signifie que tu es trop fort et très bon dans les deux sens de la glace. Mais ça ne veut pas dire que tu étais ce que le trophée récompense, soit le meilleur attaquant sur le plan défensif.
Et ce n’est pas facile à analyser, car un joueur excellent en défensive peut tellement être horrible en offensive que la rondelle revient toujours dans sa zone après qu’il l’a dompée dans le fond.
Également, tout le monde n’a pas le temps d’analyser à la loupe le jeu défensif de chaque joueur dans la ligue.
Nick Suzuki est excellent défensivement. Dans toutes les statistiques inimaginables à ce chapitre, sauf les mises en jeu, il est parmi la crème de la ligue.

Moi, je trouve ça bien parfait qu’il ne joue pas en désavantage numérique. Je suis de l’école qui croit que ton gars de 100 points ne doit pas manger un tir frappé sur la cheville en jouant à 4 contre 5.
Malgré tout, je crois que le gars qui gagne le Selke doit jouer en désavantage numérique. Ce n’est pas son cas. Donc, j’en aurais pris un autre, tout simplement.
Il reste quoi pour la défensive ?
Sur les 10 trophées individuels remis par la LNH, il y a seulement ceux pour les gardiens qui honorent encore autre chose que l’attaque. Ne me parlez pas du trophée Norris. Depuis qu’Erik Karlsson l’a gagné en 2023 avec les Sharks, je me dis que la défensive n’a plus de lien avec ce trophée. Là, pour le Selke, si le nombre élevé de points de Suzuki a fortement pesé dans la balance de ceux qui ont voté, ce trophée n’a plus une grande valeur, à mon avis, à moins que l’on change sa définition.
En passant, les deux nommés avec Suzuki étaient Brock Nelson et Anthony Cirelli. Ils étaient des joueurs importants de leur équipe en désavantage numérique, surtout Cirelli. J’aurais considéré Ryan McLeod aussi, et je l’aurais regretté après les séries.
Bref, ceci étant dit, c’est quand même génial pour Suzuki. Les bonnes choses arrivent aux bonnes personnes. C’est pour ça qu’on donne du chocolat à la Saint-Valentin à ceux qu’on aime.
*Avec la collaboration de Charles Mathieu

