N’écoutez pas Victoria Kult: la crème solaire et l'huile de canola ou de tournesol ne donnent pas le cancer


Andrea Lubeck
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Est-ce que les aliments que l’on mange influencent réellement la réaction du corps au Soleil, comme l’affirment des adeptes d’un mouvement proscrivant les huiles de graines et la crème solaire? La réponse est non.
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Selon l’influenceuse Victoria Kult, il y aurait un lien entre la consommation d’huiles de graines, comme le tournesol, le canola, le lin, en Amérique du Nord et la hausse du nombre de cas de cancer de la peau. Les éliminer de notre diète suffirait à prévenir la maladie, affirme-t-elle.
«Les huiles végétales oxydent notre peau et, avec les rayons UVA, brûlent littéralement notre épiderme», écrit-elle dans une publication Instagram, où elle compte 151 000 abonnés.
La crème solaire serait aussi inutile pour une personne qui ne mange pas d’aliments transformés, avance celle qui se décrit comme naturopathe.
Enfin, les écrans solaires contiendraient des «ingrédients qui sont toxiques et nocifs pour la santé, qui ne viennent pas seulement perturber nos hormones» et le système endocrinien, mais qui auraient aussi pour effet d’oxyder la peau, dit-elle dans la vidéo.
Victoria Kult n’est pas la seule à promouvoir cette théorie. Cette dernière serait liée à une rumeur de 2018 voulant que l’Union européenne ait banni l’huile de canola parce qu’elle serait cancérigène. De nombreux influenceurs «bien-être» (wellness), des adeptes de la diète carnivore et des membres de la droite politique ont extrapolé la rumeur et la présentent comme un fait, a expliqué le co-auteur d’un livre sur les façons dont les théories de la conspiration sont une menace pour la santé, Derek Beres, en entrevue avec le magazine Rolling Stone.
Que dit la science?
À peu près rien de ce que l’influenceuse avance n’est soutenu par la science.
Mythe: les huiles végétales oxydent la peau et la font brûler au soleil
Aucune étude crédible ne semble corroborer la thèse que les huiles de graines ou végétales dans notre alimentation feraient brûler l’épiderme sous les rayons ultraviolets (UV) et augmenteraient les marqueurs inflammatoires.
C'est même tout le contraire: les huiles de graines contiennent des oméga-6, des acides gras polyinsaturés qui n’ont pas pour effet d’augmenter les dommages cellulaires comme l’inflammation, constate-t-on dans une étude publiée en 2018. Dans certains cas, les oméga-6 contribuent même à les diminuer.
Mythe: l’alimentation change notre réaction au soleil
Une étude de 2017 réalisée sur des souris indique que de manger à des heures anormales peut favoriser la production d’une enzyme rendant la peau plus vulnérable aux coups de soleil et aux effets à long terme d’une exposition aux rayons UV.
Les chercheurs admettent cependant que d'autres recherches sont nécessaires. «À ce stade, il est difficile de transposer ces résultats aux humains», a déclaré le Dr Bogi Andersen, co-auteur de l’étude et professeur de chimie biologique à l’Université de Californie, lors de la publication du rapport.
D'autre part, rien n’indique que le type d’aliments consommés – transformés ou pas – aurait un effet quelconque sur la capacité de la surface de la peau et de l’épiderme de brûler.
Des études démontrent également que les aliments riches en polyphénols et en caroténoïdes – des antioxydants contenus dans le thé, les carottes et les baies – peuvent «aider à combattre les radicaux libres et à prévenir les dommages [...] qui peuvent causer le cancer de la peau», peut-on lire dans un article paru en 2017 dans le journal de la Fondation du cancer de la peau.
Mais contrairement à ce que prétend Victoria Kult, les antioxydants contenus dans certains aliments ne peuvent pas protéger à eux seuls la peau des rayons nocifs du Soleil. D’autres mesures de protection demeurent primordiales pour prévenir le cancer de la peau, note la Fondation.
Mythe: la crème solaire est nocive pour la santé
Les études démontrent clairement que la crème solaire est l’un des moyens les plus efficaces pour se protéger des UV, hormis les protections physiques comme porter des vêtements couvrants ou rester à l’ombre.
Certaines personnes affirment toutefois qu’un ingrédient de la crème solaire, l’oxybenzone, serait nocif pour la santé humaine. C’est parce qu’une étude, dans le cadre de laquelle des rats ont mangé de l’oxybenzone, a démontré des perturbations sur le système hormonal des rongeurs.
Il faudrait toutefois l’équivalent de 277 années d’absorption de crème solaire par la peau pour reproduire les mêmes effets chez l’humain, selon une étude parue dans le Journal of the American Academy of Dermatology.
Dans tous les cas, les experts conseillent d’appliquer (et de réappliquer) une cuillère à thé d’écran solaire sur chaque bras, chaque jambe et sur le visage. Ils recommandent également d’opter pour un facteur de protection solaire (FPS) à large spectre d’au moins 30.
Le cancer de la peau se développe lorsque la peau est exposée à une trop grande quantité de rayons UV provenant du Soleil, ce qui peut endommager l’ADN des cellules de la peau et provoquer un cancer, précise un centre de recherche sur le cancer au Royaume-Uni.
Au Canada, le cancer de la peau est la forme la plus courante de la maladie: il représente plus du tiers des nouveaux cas de cancer au pays.
Et il prend du galon. Le nombre de cas s’est élevé à 20,75 par 100 000 personnes entre 2011 et 2017, une hausse de 0,5 par rapport à la période de 1992 à 2010, selon une étude de l’Université McGill publiée en 2022. Heureusement, son taux de mortalité diminue.
Pas les seuls conseils dangereux
Ce n’est pas la première fois que Victoria Kult publie des conseils dangereux pour la santé. Elle fait la promotion et vend des séances de Kambo, un rituel de «désintoxication» utilisant du poison d’une grenouille d’Amazonie.
L’application de la substance toxique et cireuse sur la peau provoque des vomissements, ce que les adeptes du rituel voient comme une «purge».
Mais la pratique n’est pas sans conséquence, a indiqué le Dr Guillaume Lacombe, toxicologue et urgentologue, en entrevue au Journal.
«Certaines personnes ont tellement vomi qu’ils ont eu une perforation de leur estomac et de leur œsophage», a-t-il expliqué.
«Dans plus de 50% des cas, les patients qui se présentent dans les hôpitaux ont développé des troubles de gestion de leur sodium, ce qui peut amener des complications sévères telles que des troubles neurologiques, pouvant même entraîner le décès», a ajouté le Dr Lacombe.