Ne le froissez surtout pas: le CH a déniché un espoir avec un méchant caractère


Nicolas Cloutier
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C’est un défenseur avec un méchant caractère que le CH semble avoir repêché en Bryce Pickford au troisième tour (81e rang au total) du dernier encan de la LNH.
Personne ne peut prédire si Pickford deviendra un défenseur du Canadien, mais vous ne voulez pas être celui qui a douté de son potentiel. Ultracompétitif, le droitier avec un tir canon a une dent contre tous ceux qui n’ont pas cru en lui. Et il n’oublie pas.
«Il n’est pas comme les autres joueurs. Il a une mentalité différente», prévient au bout du fil Willie Desjardins, son entraîneur avec les Tigers de Medicine Hat dans la WHL.
Si vous l’avez de votre bord, vous obtiendrez cependant un dévouement de tous les instants.
«Incroyablement loyal, souligne le pilote des Tigers. Quand tu l’as de ton côté, il est all in.»
En réclamant Pickford à sa deuxième année d’admissibilité, le CH s’est assuré de l’avoir de son côté. Pour ce qui est des 31 autres clubs, c’est une autre histoire.
Non aux Red Wings
Parlez-en aux Red Wings de Detroit. Ils avaient invité Pickford à leur camp de perfectionnement après l’avoir ignoré au repêchage en 2024.
«J’étais fâché. J’avais déjà prévu passer la semaine au camp de Darryl Belfry, le meilleur entraîneur d’habiletés au monde. Je leur ai répondu: “Vous ne m’avez pas repêché. Vous ne me voulez pas tant que ça. Alors je ne viens pas”», raconte Pickford en riant au téléphone.
Il est encore fier de son coup. «Ils n’ont jamais répondu à mon texto. Je pense qu’ils étaient aigris», suggère le principal intéressé.
Ceux qui ont visionné la fameuse série Netflix The Last Dance sauront exactement à quoi on fait allusion: Pickford fait partie de ces athlètes qui se nourrissent des critiques ou des désaveux. Il est propulsé par ce petit côté susceptible et revanchard. C’est limite viscéral.
«J’ai utilisé [cet épisode avec les Red Wings] comme source de motivation, mentionne Pickford. Cet été-là, je l’ai passé à tirer des rondelles sans interruption. Je lançais des rondelles pendant des heures à l’aréna jusqu’à ce qu’il fasse noir.»
Il n’a pas oublié non plus la façon dont il a été utilisé par les Thunderbirds de Seattle au début de son parcours dans le junior.
«Ils ne m’ont pas donné une vraie chance de montrer ce que j’ai, plaide Pickford. J’étais confiné à un rôle défensif et ils ne voulaient pas que je déploie mes aptitudes à l’attaque. Si je faisais un revirement quand je me portais à l’attaque, ils se fâchaient. Ils m’ont échangé à Medicine Hat et, eux, ils voulaient que j’appuie l’attaque.»
Un boulet
Le tir de Pickford est devenu mortel dans l’Ouest canadien. Lors des dernières séries, il a établi le record de l’ère moderne de la WHL pour un défenseur avec 13 buts.
En 19 matchs cette saison, Pickford a récolté déjà 11 buts et 10 aides pour 21 points.
«J’ai tiré une tonne de rondelles dehors en grandissant sur la ferme familiale», raconte le jeune homme qui, comme l’espoir des Predators Brady Martin, continue de s’occuper d’animaux durant la saison morte.
Pickford vient de Chauvin, en Alberta, minuscule village de quelque 300 âmes. Rien à voir avec Montréal, où il a mis les pieds au mois de juillet.
«C’était incroyable, s’emballe-t-il. Les fans sont fous. Je n’ai jamais vu des partisans aussi intenses.»
Il n’a rien vu encore.
Du chien
Au moment de s’entretenir avec Pickord, les Tigers de Medicine Hat traversaient une séquence de quatre défaites.
Le défenseur avait été expulsé à la fin d’un match contre les Wheat Kings de Brandon. Fâché, il s’en était pris à Max Lavoie après un sifflet.
«Il a un côté sombre si tu le picosses trop», nous avait d’ailleurs prévenus Martin Lapointe l’été dernier au terme du camp de perfectionnement du CH.
«Ça, c’était lui qui n’aimait pas perdre, justifie Desjardins. Il est extrêmement compétitif. Il est intempestif et c’est quelque chose qu’il faut gérer. On adore ça, mais on veut le garder sur la glace. Il est en train d’apprendre.»
«J’ai grandi avec des frères, explique candidement Pickford. On se chamaillait tout le temps. J’ai fait cinq ans de boxe, quatre ans de lutte et du MMA et jiu-jitsu.»
Ce côté hargneux et cette attitude, voilà des traits distinctifs qui ont charmé le CH.
«Il s’entraîne tellement fort à l’extérieur de la glace. Je veux dire, incroyablement fort, insiste son entraîneur. Vous savez, on jouait à l’étranger à un moment et il nous manquait des gars. Il était vraiment malade sur le banc. Et c’est lui qui a marqué le but gagnant. Il n’y a absolument rien de mou dans ce jeune homme.»
Et c’est pourquoi le Tricolore a peut-être en Pickford un défenseur de la Ligue nationale de hockey.
«Il est ultracompétitif et si tu n’as pas ça, il n’y a aucun espoir d’avoir un joueur de hockey», constate bien franchement Desjardins.