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Natation artistique: ce qui se passe sous l’eau est insoutenable

Ça n'a aucun sens ce qui se passe sous l’eau en natation artistique. C’est terrible de faire vivre ça à du monde

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Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-08-07T21:30:00Z

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PARIS | Ça n'a aucun sens ce qui se passe sous l’eau en natation artistique. C’est terrible de faire vivre ça à du monde.

Il n’y a rien de plus difficile à faire que ça aux Olympiques, à mon avis.

Même si l’on est pourris, on est tous un peu capables de botter un ballon, frapper une balle de tennis, courir, sauter, nager, plonger, ramer, jouer au ping-pong, faire un mouvement de breakdance, tirer avec un fusil, se battre avec une épée ou frapper un moineau. Mais presque personne n’est capable de faire de la natation artistique. Oubliez ça.

C’est peut-être impossible de faire de la gymnastique comme Simone Biles. Mais mon point, c’est que de la gymnastique, c’est faisable. C’est impensable de jouer au golf comme Scottie Scheffler, mais le pire joueur au monde peut réussir un coup roulé comme lui. Mais pour la natation artistique, ça ne marche pas comme ça. C’est juste trop difficile.

  • Écoutez l'entrevue avec Jean-Nicolas Blanchet, adjoint au Directeur des Sports au Journal de Montréal / Journal de Québec au micro d’Alexandre Moranville via QUB :

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J’ai assisté à la finale en équipe mercredi au Centre Aquatique, seul équipement sportif construit de façon permanente pour les Jeux (vous pouvez lire mon résumé en cliquant ici). Le format en duo sera présenté vendredi et samedi. Ce sera l’occasion de voir en action la jeune prodige Audrey Lamothe, 19 ans, et la vétérane Jacqueline Simoneau, 27 ans.

Quand on les regarde, ça n’a pas l’air facile, mais ça n’a pas l’air si compliqué non plus. On se dit qu’on a déjà fait aussi une chandelle dans l’eau. Mais avez-vous déjà essayé de faire une chandelle dans votre piscine sans toucher au fond et sans caler, même pas d’un pouce. C’est de ça qu’il est question.

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Pour nous aider à comprendre

Pour m’aider à vous expliquer tout ça, j’ai contacté l’ancienne olympienne Valérie Welsh. Celle qui est maintenant maman et vétérinaire était aux Jeux de Londres, en équipe. Le Canada avait terminé 4e. Valérie fait partie d’un nombre incalculable d’athlètes olympiques qui sont passés par le programme sports-étude de natation artistique de l’école Cardinal-Roy, dans la magnifique ville de Québec. C’est là que sont allées aussi Raphaëlle Plante et Florence Tremblay, qui font partie de l’équipe à Paris.

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En passant, j’écris «natation artistique». Mais c’est parce que c’est presque rendu un crime de dire «nage synchronisée». Bref, c’est la même chose. Il faut aussi comprendre qu’on assiste à une révolution dans ce sport, car les juges avaient auparavant plus de pouvoir que Louis XIV. C’était surtout noté sur l’appréciation générale. Ça faisait donc en sorte que les juges appréciaient pas mal toujours les mêmes pays. Et que les classements étaient très prévisibles, à moins d’une grande surprise, du genre une athlète qui décide de faire son programme avec des flotteurs de Pat’Patrouille. Sommairement, maintenant, tu fais un geste x et tu obtiens un nombre de points. Tu fais une gaffe x et tu perds des points. Jambe de ballet, flamant rose, grue, verticale, héron, voiliers: voilà le nom de quelques figures.

C’est impossible!

C’était un méchant spectacle. Je ne comprends toujours pas comment c’est possible qu’une fille soit projetée à plusieurs mètres dans les airs alors qu’elle est poussée par ses coéquipières qui ne peuvent pas toucher au fond. Je ne comprends toujours pas non plus comment une nageuse peut se tenir debout sur une autre nageuse sans que cette dernière coule au fond de l’eau.

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Et c’est tellement dangereux. Une Italienne est tombée directement sur sa coéquipière, face première. Elles se lancent les unes sur les autres et tombent le nez sur la tête de l’autre dès que tout n’est pas parfait.

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Mais à part ça, elles font tout comme si ça avait l’air facile, en toute élégance. Et c’est ce qui rend ça encore plus dur, m’a expliqué Valérie. Physiquement, c’est fou, mais il faut que «ça ait l’air facile».

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Elle m’a donné quelques exemples pour comprendre.

C’est comme si tu demandais à quelqu’un de pratiquer son sport, mais sans respirer pendant 45 secondes, respirer 10 secondes, arrêter durant 50 secondes et comme ça pendant plusieurs minutes.

Les nageuses sont capables de rester sous l’eau jusqu’à deux minutes. Il faut être en forme et pas à peu près pour en arriver là. Elles pratiquent ça en faisant du tapis roulant sans respirer, notamment.

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Rien voir aussi

En plus de ne pas respirer, les nageuses doivent tourner dans tous les sens, sur elles-mêmes, la tête à l’extérieur de l’eau tout comme dans l’eau. Et elles font ça «en ne voyant absolument rien», me rappelle Valérie. Vous voyez bien qu’elles n’ont pas de lunettes. Elles voient des ombres. En dessous de l’eau, ça vire en coup de pied dans la face, en coup de coude dans le ventre et en grafigne. C’est insoutenable ce qui se passe sous l’eau.

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Et évidemment, vous le savez sûrement, mais elles nagent dans une piscine d’au moins trois mètres de profondeur. Elles ne touchent donc pas au fond. Si ça arrive, elles sont éliminées ou c’est tout comme. Il y a des caméras qui surveillent tout ça.

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Ainsi, quand vous les voyez aller, essayez d’imaginer la force physique pour réussir à se tenir en dehors de l’eau. Tous les muscles y goûtent, m’explique Dre Welsh. «La trachée goûte le sang parce qu’on hyperventile un peu». Il faut juste voir à quel point les athlètes sont démolies après leur programme pour comprendre que ça fait mal. Mais elles le font avec le grand sourire, car ça reste artistique.

Ce qu’on ne voit pas à la télé

  • Les nageuses entendent la musique encore mieux sous l’eau qu’à l’extérieur de celle-ci grâce à des haut-parleurs sous-marins.
  • Si leurs cheveux tiennent autant, oui, c’est parce qu’elles y appliquent de la gélatine, du jello transparent qui est séché sur leur tête. «Ça sent le diable», rigole Valérie.
  • Les nageuses «ne sont rien sans leur pince-nez», explique-t-elle aussi. Leur plus grande crainte, c’est de le perdre durant leur performance. C’est pourquoi elles en cachent toujours quelques-uns dans leur maillot.
  • Ce qui vaut le plus de points en équipe dans cette discipline, c’est une sorte de poussée acrobatique qui a été créée en 2012 justement par l’équipe canadienne avec l’aide de l’entraîneur de sauts à ski Luc Belhumeur, qui a notamment travaillé avec les sœurs Dufour-Lapointe. Tous les pays essaient maintenant de répliquer cette manœuvre.
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